Jeudi 29 octobre 2020

MUSÉE DU LOUVRE – Ces céramiques que la Turquie réclame

Par Lepetitjournal Istanbul | Publié le 05/11/2012 à 00:03 | Mis à jour le 21/11/2012 à 15:29

 

Le ministère turc de la Culture accuse le musée du Louvre d'exposer dans son nouveau département des Arts de l'Islam des céramiques ?volées? à l'Empire ottoman, ancêtre de l'actuelle Turquie. Le musée parisien dément toute irrégularité dans l'acquisition des ?uvres

?Elles sont toutes à nous?, clame le quotidien Radikal dans son supplément culture du 28 octobre. ?Elles?, de superbes céramiques exposées sur le mur du fond du deuxième niveau (sous-sol) de ce nouveau département des Arts de l'Islam. Sublimés par l'éclairage, leurs motifs floraux rouges, bleus et vert émeraude accrochent l'?il dès l'entrée dans la pièce (photo AA).

Or le ministère turc de la Culture et du Tourisme affirme que ces trois panneaux devraient aujourd'hui se trouver dans la mosquée Piyale Pa?a, achevée en 1573 et située à Istanbul dans le quartier de Kas?mpa?a. ?Des photos prises par deux fonctionnaires du ministère (?) envoyés secrètement à l'exposition ont permis d'identifier des tympans de céramiques dérobés dans la mosquée (?) à la fin du 19ème siècle?, précise le quotidien. Les trois panneaux présentés au Louvre feraient partie d'une série de huit. Quatre autres exemplaires seraient conservés dans des musées de Berlin, Boston, Vienne et Lisbonne. Deux autres sont portés disparus.

Le journaliste de Radikal, Ömer Erbil, affirme avoir ?remonté la piste? d'autres céramiques exposées au Louvre, citant des carreaux ?volés dans les mausolées de Selim II, Murat III et Eyüp Sultan, ainsi que dans la bibliothèque de Mahmud Ier? à Sainte-Sophie.

Détails de carreaux ottomans, à l'apogée de leur production (photo AA)

Leur origine ?reste un mystère?
Le ministre turc de la Culture, Ertu?rul Günay, a entamé une procédure pour récupérer ce chef-d'?uvre, annonce le quotidien. Interrogé vendredi par l'AFP, le Louvre assure pourtant n'avoir reçu ?aucune demande officielle des autorités turques? au sujet de ces céramiques.

Dans la description de l'?uvre proposée aux visiteurs, le musée indique que ?ces carreaux proviennent d'achats faits par les musées du Louvre et des Arts décoratifs ainsi que de nombreux dons et legs à ces deux institutions? entre 1871 et 1940. Le Louvre ne précise par l'origine des panneaux réclamés par Ankara et pour cause : celle-ci resterait ?un mystère?.

Le musée rappelle bien, à titre d'exemple, que ?dans certains édifices religieux, seule la zone du mihrab se pare de céramique ainsi que les dessins de fenêtres et de portes, tels ceux de la mosquée Piyale Pashâ? mais il fait aussi remarquer, dans son catalogue, que des recherches dans cette mosquée n'auraient pas permis de déterminer l'emplacement d'origine des tympans.

"Et si la porte de Brandebourg était exposée à Pergame??
Pour les autorités turques et le journaliste de Radikal, l'origine des céramiques ne fait aucun doute. ?Il faut qu'elles reviennent sur leur terre d'origine?, soutient Ömer Erbil au petitjournal.com d'Istanbul. Le journaliste publie régulièrement des articles sur le patrimoine culturel réclamé par son pays. Il est l'auteur d'une série documentaire diffusée ces dernières semaines sur la chaine publique TRT. Le premier épisode de la série, programmé fin juillet, était justement consacré aux céramiques ottomanes du Louvre.

?Imaginez que la porte de Brandebourg soit exposée à Bergama (Pergame), vous ne pensez pas que les Allemands la réclameraient ?? interroge Ömer Erbil. L'exemple n'est pas choisi au hasard : la Turquie réclame la restitution du Grand autel de Pergame conservé à Berlin? et de centaines d'autres chefs-d'?uvre figurant dans les collections des plus grands musées du monde.

Le carré s'impose pour les céramiques après 1550. (photo AA)

Chantage et succès
?Au début de ma carrière, dans les années 90, j'écrivais des articles sur l'état lamentable des dépôts de nos musées ou encore sur les sites antiques transformés en décharges à ciel ouvert. La situation actuelle n'a absolument rien à voir. Le gouvernement turc est de plus en plus sensible sur ces sujets,?
observe Ömer Erbil.

Pour obtenir satisfaction, Ankara n'hésite plus à recourir au chantage. Le pays refuse, en cas de litige, de prêter ses ?uvres aux musées qui les demandent, quitte à risquer l'annulation d'expositions prévues de longue date. Pour convaincre l'Allemagne de retourner le Sphinx d'Hattusha, exposé au musée de Pergame, le ministre de la Culture a menacé de retirer aux archéologues allemands leurs permis de fouilles en Turquie. L'ultimatum a fonctionné. Le Sphinx est rentré en grande pompe sur sa terre natale, de même que ?L'Héraclès fatigué" conservé pendant des années à Boston. Des succès qui, sans doute, encouragent la Turquie à persévérer dans cette voie.

Anne Andlauer (http://www.lepetitjournal.com/istanbul.html) lundi 5 novembre 2012

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