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MÉTIERS D'HIER ET D'AUJOURD'HUI - Fort comme un Turc? Le portefaix ou "hammal"

Écrit par Lepetitjournal Istanbul
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 11 mai 2015

 

Chantal et Jacques Périn, infatigables voyageurs dans l'Istanbul d'hier et d'aujourd'hui, nous reviennent avec une nouvelle série de voyages dans le temps, quelque part entre Constantinople et Istanbul. Leur nouvelle proposition: une série consacrée aux anciens métiers, qu'ils poursuivent avec les fameux portefaix...

Portefaix - Hammal (hier)

Même si porter les fardeaux des autres contre rémunération date probablement de la nuit des temps, la création du métier de portefaix est liée au transport maritime qui, jusqu'au XXème siècle, représente la quasi-totalité des échanges internationaux de marchandises.

C'est au XIXème siècle que cette profession atteint son âge d'or et tous les ports connaissent cette activité qui s'organise en corporation afin de défendre ses droits et se protéger de la concurrence.

Photographe G. Berggren (circa 1880)

Les tarifs sont décidés par la corporation et, dans certains ports de la Méditerranée, comme à Marseille, la société des portefaix obtient le monopole des activités de manutention de toutes les marchandises.

Constantinople et son intense activité portuaire n'échappent pas à la règle ainsi les hammal se comptent par centaines, regroupés aux échelles, bien avant que les bateaux de marchandises ou de voyageurs soient à quai.

Dès lors, il n'est pas une charge qui ne trouve place sur l'un des dos qui proposent leurs services.

Lorsque le volume ou le poids du fardeau est trop important pour un seul homme, plusieurs portefaix s'unissent, parfois jusqu'à huit, et suspendent le chargement à de solides perches de bois qu'ils portent alors sur l'épaule.

Pas un écrivain de retour de Constantinople qui n'ait écrit au moins une ligne sur ces forçats du transport tant ils suscitent l'admiration...

Admiration mais aussi probable aigre jalousie comme on peut le lire dans ce texte extrait de l'ouvrage Nouveau voyage dans la Turquie d'Europe et d'Asie et en Arabie daté de 1812 et dont nous tairons, par discrétion, le nom des auteurs anglais:

?Quant aux portefaix, de Constantinople, si célèbres dans toute l'Europe par leur force prodigieuse de corps, je ne leur ai rien vu faire de supérieur à ce que font nos portefaix de Londres ? La force physique attribuée aux Turcs, est due à leur conformation ; elle paraît beaucoup plus forte qu'elle ne l'est réellement, à cause des vêtements extrêmement amples dont ils se couvrent. J'ai été très souvent surpris, dans les bains publics de la taille exigüe qu'avaient les Turcs tout nus ??

 

Portefaix - Hammal (aujourd'hui)

Peu de choses ont changé depuis le XIXème siècle si ce n'est le lieu de prise en charge des marchandises.

Les camions ont remplacé les bateaux et les hammal ne sont plus sur les quais mais dans la rue.

Photo J.P. (2014)

Le matériel de portage est toujours le même, une sorte de selle en forme de L maintenue sur le dos par deux bretelles larges, l'ensemble recouvert d'un rembourrage de cuir, de tissu et de morceaux de kilim. Et même si la nature des marchandises a changé, le geste et la pénibilité du travail sont toujours les mêmes.

Pliés en deux, avec pour horizon les quelques mètres de trottoir qui les précèdent, louant leur dos et leurs bras pour quelques lira, les hammal arpentent inlassablement les rues d'Istanbul, gravissent les escaliers des immeubles sans ascenseur, confirmant que l'expression "fort comme un Turc" n'a pas perdu toute sa signification.

Jacques et Chantal Périn (www.lepetitjournal.com/istanbul) mardi 12 mai 2015

lepetitjournal.com istanbul
Publié le 11 mai 2015, mis à jour le 11 mai 2015
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