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LES RDV CULTURELS - Hélène Zajdela, recteur adjoint de l'université Galatasaray

Écrit par Lepetitjournal Istanbul
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 20 novembre 2012

Hélène Zajdela est le recteur adjoint de la prestigieuse université turque publique Galatasaray, créée en 1992. Son mandat, qui a duré 4 ans, s'achève à la fin de cette année universitaire. L'occasion donc pour lepetitjournal.com de se rendre à sa rencontre, afin d'évoquer les grands champs d'actions menés ces dernières années au sein de cette université de 5.000 étudiants

" La réforme de la francophonie fut l'énorme chantier de ces dernières années " (photo MD)

Lepetitjournal.com d'Istanbul : Quel a été votre parcours professionnel avant de devenir rectrice adjointe de l'université Galatasaray ?
Hélène Zajdela
: J'ai eu un parcours purement académique. J'ai passé un doctorat d'économie à l'université Paris 1, avant d'y obtenir un poste de maître de conférences. J'ai  ensuite été professeure d'économie à l'Université d' Angers puis à l'Université d'Evry-Val d'Essonne et enfin à Paris 13. J'ai mené des recherches sur les liens entre emploi et protection sociale et dirigé des thèses dans ce domaine. J'ai également exercé des responsabilités collectives, plus concrètes, en étant par exemple vice présidente du Conseil National des Universités.

En quoi consiste le poste de recteur adjoint de l'université, et depuis quand exercez-vous cette fonction ?
À l'université Galatasaray, le recteur adjoint veille au développement de la francophonie, s'occupe de la coopération avec les établissements d'enseignement supérieurs français, et gère l'équipe enseignante française présente sur place. Je suis arrivée à l'université Galatasaray en septembre 2007, d'abord en tant qu'expert technique international, en charge de la filière économie. Mais en mars 2008, le recteur adjoint alors en place est décédé tragiquement. L'ambassadeur m'a alors demandé d'assurer l'intérim. C'est en novembre 2008, que j'ai été nommée officiellement Recteur adjoint. Parallèlement, j'assure toujours quelques cours dans le département d'économie.

L'université Galatasaray est le seul établissement public d'enseignement supérieur entièrement francophone en Turquie. Avez-vous entrepris des démarches particulières afin d'entretenir et de développer au mieux la francophonie au sein de l'université ?
La réforme de la francophonie fut l'énorme chantier de ces dernières années. Désormais, depuis 2009, il n'y a plus qu'une seule année préparatoire au français prévue dans le cursus universitaire, commune à tous les étudiants. Auparavant, les élèves non issus d'un établissement secondaire francophone devaient suivre deux années de classe préparatoire, avant de poursuivre dans leurs filières respectives. Le système a donc été entièrement repensé. En classe préparatoire, le volume horaire a augmenté. En deuxième année, qui constitue en réalité la première année de licence au cours de laquelle les étudiants se spécialisent, des cours de français langue étrangère (FLE) continuent d'être dispensés. Il y a un lien plus fort entre l'équipe enseignante disciplinaire et l'équipe FLE, composée de 28 personnes. Nous avons augmenté le nombre de séjours linguistiques d'été, notamment entre l'année de préparation au français et la première année disciplinaire. L'espace francophone, qui organise de nombreux projets autour de la langue française, a été ré-ouvert, avec une personne qui lui est affiliée. Par ailleurs, un centre d'examen a été ouvert dans l'établissement pour permettre à nos élèves de passer le DELF (diplôme de  langue française), désormais exigé pour poursuivre des études en France après la Licence. Les étudiants sont donc sollicités pour se perfectionner en français durant tout leur cursus universitaire, ce qui était moins le cas auparavant.

Quelles ont été les autres grandes actions que vous avez menées durant votre mandat ?
Le consortium, un groupement d'établissements d'enseignement supérieur français qui appuient l'université Galatasaray dans ses projets, a été réformé. Une nouvelle convention, qui définit plus précisément les modes de coopération, a été signée en mars 2011 par 31 établissements. Des licences " bi-localisées " ont vu le jour dans certaines filières. Par un système d'équivalences, les élèves inscrits à Galatasaray en économie ou en mathématiques  obtiennent également la licence de MASS (mathématiques appliqués aux sciences sociales) de Lille 1, ceux qui sont inscrits en économie, celle de Paris 1. À la rentrée prochaine, les étudiants en philosophie pourront obtenir la licence de Paris 1, ceux de communication celle de Bordeaux 3. En 2013, une nouvelle licence devrait être montée dans  la filière LEA (langues étrangères appliquées) de l'université Aix Marseille. Une formule qui enchante les étudiants et les pousse vers une très bonne maîtrise du français, car ils doivent posséder le DELF de niveau B2 pour obtenir les diplômes français. Les universités partenaires envoient également d'avantage d'enseignants en délégation chez nous. Enfin, nous avons renforcé les liens de l'université avec les entreprises françaises en Turquie, sur l'initiative du  haut comité de parrainage Galatasaray, dont le flambeau a été repris par Alain Juppé depuis 2009. L'objectif est de favoriser l'insertion professionnelle de nos étudiants.

Quels conseils pourriez-vous donner à votre successeur ?
Il faut prendre le temps de connaître les gens autour de soi. Ici, cela ne fonctionne pas comme dans les universités françaises, où beaucoup de contacts s'entretiennent par échange de mails. En Turquie, il faut voir les gens, les comprendre, être présent. La communication est quelque chose de très important. Être à l'aise avec l'inter-culturalité est également essentiel.

Qu'est ce qui va le plus vous manquer ?
Les étudiants ! Ce fut un bonheur d'être à leurs côtés. Ils sont brillants, curieux et ont un grand esprit d'initiative. Ils sont beaucoup plus familiers avec vous, mais toujours respectueux. Ce sont vraiment des personnes attachantes.

Quels sont vos projets pour la suite ?
Je pars à Londres, où je suis nommée attachée de coopération universitaire pour l'ensemble du Royaume-Uni. Je suis très contente... même si je vais changer de climat !

Propos recueillis par Meriem Draman et Marie Tarteret (www.lepetitjournal.com/istanbul) jeudi 5 juillet 2012

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Publié le 5 juillet 2012, mis à jour le 20 novembre 2012
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