Édition internationale

LE FESTIVAL DE CANNES COMMENCE – Quid du cinéma français sur les écrans turcs ?

Écrit par Lepetitjournal Istanbul
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 14 mai 2013

Alors que le 66ème Festival de Cannes déroule ses tapis rouges à partir d'aujourd'hui, lepetitjournal.com d'Istanbul a voulu savoir comment le public turc percevait le septième art français, réputé pour son cinéma d'auteur, enrichi par ses comédies. Enquête auprès de spectateurs et de spécialistes.

Si les films turcs brillent par leur absence dans la sélection officielle de cette 66ème édition, les films français, en revanche, ont de beaux jours devant eux en Turquie. Ils ont en effet dépassé le million d'entrées en 2012 sur le territoire turc. D'après l'organisme de promotion du cinéma français dans le monde, UniFrance, les films de l'Hexagone ont rassemblé 1.156.447 spectateurs turcs en 2012, soit une augmentation de 130 % par rapport à l'année précédente.

Un public qui cherche à sourire

D'après Fanny Aubert-Malaurie (photo de gauche, LPM), attachée audiovisuel régional de l'Ambassade de France en Turquie, les bons chiffres de l'année passée s'expliquent par une augmentation du nombre de films français distribués dans le pays, 51 en 2012. ?C'est Astérix et Obélix au service de Sa Majesté qui a obtenu le plus d'entrées (130.000). Cela a été le soixantième film le plus vu en Turquie?, précise Cüneyt Cebenoyan, critique de cinéma pour le quotidien Birgün. Les films français qui ont connu le plus de succès en Turquie ces cinq dernières années partagent comme point commun d'être des comédies familiales.

Si la Turquie n'a pas été épargnée par les phénomènes Intouchables et The Artist, leur accueil a été moins enthousiaste que dans d'autres pays d'Europe. ?Près de 65.000 entrées pour Intouchables, c'est tout de même très bien pour une comédie française avec des acteurs qui ne sont pas connus?, relativise Fanny Aubert-Malaurie. ?Mais en Turquie, les films qui marchent sont souvent assez étonnants, que ce soit des films de genre ou des films fantastiques. Ce qui marche en Espagne ou en Allemagne ne peut pas se dupliquer en Turquie. Le spectateur se réfère à un certain mode de narration. Des comédies romantiques en revanche, comme L'amour dure trois ans ou La délicatesse, fonctionneront toujours.?

Ennuyeux, le cinéma d'auteur ?

Cüneyt Cebenoyan (photo de droite) rapporte la ?température? du grand public : ?Certains ont un préjugé négatif vis-à-vis du cinéma français. Du moins, j'ai entendu dire plusieurs fois que les films français étaient lents, ennuyeux, difficiles à comprendre? avec des exceptions comme Le fabuleux destin d'Amélie Poulain.? Un constat que ne partage pas Fanny Aubert-Malaurie. ?Le cinéma français est souvent perçu comme du cinéma d'auteur, mais il y a un grand public amoureux du cinéma d'auteur en Turquie.?, explique l'attachée audiovisuel régional, qui cite le bon accueil réservé à Camille Claudel. 1915 de Bruno Dumont ou Syngué Sabour-Pierre de patience d'Atiq Ramihi au Festival international du film d'Istanbul.

Les nombreux étudiants francophiles de Turquie sont plus que jamais attirés par les grands noms du cinéma français. Öykü Ya?mur Karadeniz, étudiante à l'université de Marmara, s'enthousiasme lorsqu'elle en parle. ?J'aime beaucoup l'époque de la Nouvelle Vague. Je la préfère aux films d'aujourd'hui. Mes films français préférés appartiennent donc plutôt à cette époque : Pierrot le fou, Baisers volés, À bout de souffle... Parmi mes acteurs préférés, il y a Jean-Paul Belmondo, Jean Reno, Eva Green, Vincent Cassel, Anna Karina? Ce qui m'intéresse, ce sont les caractéristiques des personnages : il est plus facile de se trouver des points communs avec les personnages dans le cinéma de la Nouvelle Vague.?

?La richesse du cinéma français, c'est sa diversité.?

?Ce que j'aime dans le cinéma français, c'est que plus le budget est petit, plus les histoires sont grandes?, affirme Öykü Ya?mur Karadeniz (photo personnelle). Fanny Aubert-Malaurie explique qu'en effet, les films distribués en Turquie sont pour la plupart des p

roductions à petit ou moyen budget. Le public ne se tournerait pas vers des réalisateurs connus, mais vers des thèmes universels. Les films présentés à l'étranger ne sont en général pas portés par le nom des réalisateurs, mais par le jeu des acteurs, comme cela a été le cas pour Intouchables.

Toujours selon Fanny Aubert-Malaurie, il ne s'agit pas nécessairement d'un public francophone, et il est relativement jeune, notamment dans les festivals. Intéressé aussi bien par les ?feel-good movie? comme Intouchables que par les films plus rares comme Holy Motors de Leos Carax, qui a fait salle comble au Festival du film indépendant, le public turc qui découvre les cinémas français n'est pas homogène. ?C'est la diversité du cinéma français qui a marqué les écrans turcs l'année dernière?, assure Fanny Aubert-Malaurie.

Laurène Perrussel-Morin (http://lepetitjournal.com/istanbul.html) mercredi 15 mai 2013

Pour découvrir le cinéma français en Turquie :

Vivre sa jeunesse: à l'occasion de la Fête Nationale de la jeunesse, Pera Film et l'Institut français organisent entre le 17 et le 26 mai un portrait d'une génération. Cette collaboration permet de présenter cinq films français sous-titrés en turc au musée Pera et en accès libre.

Festival du film d'Antalya: En octobre, la France sera associée aux cinquante ans du prestigieux festival international du film d'Antalya, dans le sud de la Turquie.

 

 

 

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Publié le 14 mai 2013, mis à jour le 14 mai 2013
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