Édition internationale

LA REDACTION A AIME - Dernier train pour Istanbul d'Ayşe Kulin

Écrit par Lepetitjournal Istanbul
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 14 novembre 2012

L'édition du petitjournal.com d'Istanbul s'associe avec la librairie EFY, pour vous proposer chaque mois une chronique littéraire d'un roman, d'un essai, d'une biographie ayant un rapport direct ou indirect avec la Turquie, les Turcs ou la langue turque. Les ouvrages que la rédaction choisit sont disponibles à la librairie EFY. Ces livres que nous allons vous présenter au fil de l'année peuvent être des nouveautés, mais peuvent aussi être des classiques que nous souhaitons faire (re)découvrir à nos lecteurs. Ce mois-ci à l'honneur, le roman d'Ayse Kulin intitulé "Dernier train pour Istanbul", un roman captivant qui parle d'amour et de fuite, avec en toile de fond, la description des heures les plus tragiques de la seconde guerre mondiale

 

 

Couverture du livre d'Ay?e Kulin édité aux éditions Ramsay (photo MD)

Quand Selva, fille d'un Pacha tombe amoureuse de Rafael, jeune homme voué à un bel avenir mais juif, dans l'Istanbul des années 30, un scandale familial éclate. Le diktat de la religion sur les m?urs fait encore loi même dans les familles de la haute société se revendiquant modernes et dont les filles ont été éduquées en Occident. On tente alors d'éloigner Selva de Rafael, on lui demande de renoncer à lui et finalement après ces vaines tentatives, on invite Rafael à se convertir. Devant le refus non pas du jeune homme mais de Selva elle-même, le Pacha tente de mettre fin à son humiliation. Selva et Rafael décident alors de fuir la condamnation de leur amour et la négation de la légitimité de leur union en France, à Paris. Mais ils vont être rattrapés par la deuxième guerre mondiale et l'occupation nazie, les obligeant à déménager à Marseille, en zone libre. Commence alors l'histoire de destins qui se croisent, se suivent et s'influencent entre Istanbul, Paris, Ankara et Marseille. Le sort de Selva et Rafael est lié à leurs connexions avec les diplomates turcs initiées par la s?ur de Selva, Sabiha, mariée à un haut fonctionnaire du Ministère des Affaires étrangères et liée d'amitié au jeune Tarik justement muté à Paris. Il assure alors la protection de Selva et de sa famille par tous les moyens et avec toutes les ressources dont il dispose personnellement et à l'ambassade. Il a même le projet fou d'affréter un train traversant toute l'Europe en direction de la Turquie : le dernier train vers Istanbul, pour secourir tous ceux qui peuvent encore l'être.


Kulin nous apprend - ou nous rappelle - ainsi comment les diplomates turcs en poste dans l'Europe occupée ont ?uvré pour sauver leurs compatriotes juifs mais également des individus de nationalités et de fois différentes, mettant ainsi la neutralité de leur pays en danger, avec la complicité de certains groupes de résistants français et étrangers. En mêlant à son histoire politique internationale, relations amoureuses, solidarité et résistance, l'auteur parvient à maintenir le suspense tout au long du roman. Elle nous plonge dans les discussions au sommet et les atermoiements d' Inönü.  Elle montre la Résistance sous un autre jour : celui de la solidarité internationale. Et l'épreuve de la guerre à laquelle chacun est confronté transforme profondément et inexorablement tous ses personnages. Certains en ressortent plus forts, remettant parfois en cause leurs choix, la nature de l'amour qu'ils se portent et bouleversant presque toujours l'équilibre initial de la famille et du couple.


Ay?e Kulin témoigne avec émotion du courage et de la détermination de ces hommes et de ces femmes prêts à tout pour aider les autres, même aux pires moments de l'Histoire et lorsqu'il faut mettre en péril leur propre vie, car ils s'efforcent toujours de penser juste et de s'engager pour défendre leurs valeurs. A l'image du consul de Marseille qui s'accroche à un wagon de Juifs venus d'être raflés, sans hésiter une seule seconde, sans réfléchir à ce qui pourrait lui advenir. "Nazim Kender et Halim, l'huissier, échangèrent un regard incrédule. Dans quoi s'étaient-ils fourrés ? Pourquoi avaient-ils eu cette réaction ? Quelles en seraient les conséquences ? Il  n'y avait pas de réponse [?] Maintenant que le train accélérait et s'éloignait de la gare Saint-Charles, il comprenait la gravité de la situation et ressentit pour la première fois une certaine appréhension. En tout état de cause, il n'avait pas le choix : il lui fallait achever ce qu'il avait commencé. Il se battrait jusqu'au bout. [?] Il resterait avec eux jusqu'à la fin. "

Un livre qui fait réfléchir sur l'Histoire européenne et le rôle que la Turquie a pu y jouer ; mais aussi, à travers l'histoire personnelle des personnages, sur la fuite et le pardon.  

Audrey Scarbel (www.lepetitjournal.com/istanbul) vendredi 21 octobre 2011

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Publié le 21 octobre 2011, mis à jour le 14 novembre 2012
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