

L'exposition ?40 ans de photojournalisme, génération SIPA?, inspirée du livre de Michel Setboun et Sylvie Dauvillier, a ouvert ses portes à l'Institut français d'Istanbul. Son vernissage s'est déroulé hier en présence de la consule générale de France à Istanbul, Muriel Domenach, des auteurs du livre et de représentants de l'agence SIPA.
Dans un discours inaugural en hommage à Gök?in Sipahio?lu, fondateur de l'agence SIPA, Muriel Domenach a salué les auteurs ainsi que l'agence pour ses 40 années d'histoire.
Michel Setboun est revenu sur les origines de son projet : à la mort de Gök?in Sipahio?lu, en octobre 2011, photographes et reporters de l'agence se sont entendus pour lui rendre hommage.
Ainsi est né ?40 ans de photojournalisme, génération SIPA ?, qu'il considère comme ?la grande Histoire du photojournalisme?.
Les deux auteurs vous attendent ce soir à l'Institut français pour une conférence*.
Lepetitjournal.com d'Istanbul : Qui est ?la génération SIPA? ? Est-ce celle de l'époque de Gök?in Sipahio?lu?
Michel Setboun : ?Génération SIPA?, c'est un état d'esprit. Un état d'esprit insufflé par Gök?in Sipahio?lu : faire avec ce qu'on a et apporter cette espèce de passion au travers de nos photos. Lorsqu'on a travaillé à SIPA, on se reconnait dans cet état d'esprit. La génération a changé. Aujourd'hui il n'y pas d'argent, pas de journaux, pas de support, mais l'état d'esprit est toujours là.
Sylvie Dauvillier : Et puis c'est aussi une audace, un esprit d'aventure, il faut y aller de toute façon, quoi qu'il arrive, avec ou sans argent, avec ou sans traducteur, être toujours les premiers sur les lieux. La génération a changé, puisque la presse a changé, mais l'esprit reste le même. Avant, les journaux avaient les moyens d'acheter ces photos, ce n'est plus le cas.
M.S. (photo LL): Ca ne marche bien pour personne aujourd'hui, mais SIPA essaie de s'en sortir. L'agence a été rachetée plusieurs fois et depuis peu, il y a un nouvel investisseur. On espère que ça va marcher mais globalement, le marché est très mauvais.
S.D. : Parmi les agences photo, SIPA s'en sort plutôt bien.
Quel est le principal objectif de votre livre ? Pourquoi avoir voulu retranscrire 40 ans de photojournalisme ?
M.S. : Pour moi, c'est presque un devoir de mémoire.
S.M. : Michel fait partie de cette génération, il a eu envie de transmettre cette façon de travailler, cet esprit d'aventure aux futures générations qui vont être amenées à travailler dans des conditions différentes. C'est une histoire de transmission.
Vous avez notamment écrit la génération SYGMA, et vous préparez la génération GAMMA. Pourquoi vouloir faire ce que vous avez déjà fait avec SIPA ? N'y a-t-il pas un lien avec SIPA que vous n'avez pas avec les deux autres agences ?
MS : J'avais déjà ce projet en tête parce que les trois agences ont partagé la même histoire. Quand j'étais sur le terrain, il y avait toujours un photographe de GAMMA et un autre de SYGMA avec moi. Ces trois agences réunies, c'est 40 ans de mémoire qui n'existent pas ailleurs. L'idée, c'est de tout rassembler et de retracer l'histoire avec un grand ?H?. Nous avons tous vécu ensemble, mais dans des familles différentes. C'est comme si on avait des parents différents mais qu'au fond, on était dans le même bac à sable. J'ai décidé d'écrire l'histoire de ce bac-à-sable.
Ce soir doit avoir lieu votre conférence* sur le thème, ?L'évolution des médias après la révolution digitale?. Considérez-vous l'évolution digitale, l'essor d'internet et les prises de vue d'amateurs comme les facteurs explicatifs du déclin tant annoncé du photojournalisme ?
M.S. : Beaucoup d'autres choses ont contribué au déclin du photojournalisme. Le terme ?photojournalisme? est d'ailleurs usurpé aujourd'hui. Pour autant, il a encore un avenir. Seulement, on n'appellera plus cela du photojournalisme. Les journaux ne seront plus les donneurs d'ordres. A leur place, ce sera des expos, des galeries, des banques? C'est ça l'enjeu, et c'est de ça dont on parlera demain.
S.D. : C'est un des aspects, mais on ne peut pas réduire le déclin du photojournalisme à cela. Il y a une autre manière de travailler. Dorénavant, il y aura d'un côté des photos de citoyens-reporters et de l'autre des photos extrêmement pointues, fortes. Il y aura du très haut de gamme et du tout-venant.
Découvrez tout de suite un avant-goût de l'exposition, inaugurée en présence de la consule générale de France à Istanbul, Muriel Domenach ; du commissaire de l'exposition, Mesut Tufan, et de la directrice de l'Institut français, Bérénice Gulmann (photos AA):
Laura Lavenne (http://www.lepetitjournal.com/istanbul) vendredi 27 septembre 2013
* 27 sept. / 19:00 - Istanbul: L'ÉVOLUTION DES MÉDIAS APRÈS LA RÉVOLUTION DIGITALE
L'Institut français propose une série de rencontres-débats à l'occasion de l'exposition photographique organisée à partir du livre de Michel Setboun et de Sylvie Dauvillier. Lors de cette première rencontre, Michel Setboun (photographe, initiateur et co-auteur du livre) et Sylvie Dauvillier (co-auteur) évoqueront leurs expériences et réflexions autour de ces thèmes. Traduction simultanée / Entrée libre.





















