

Cette année avait lieu le centenaire de la bataille des Dardanelles, également appelée campagne de Gallipoli, qui opposa entre le 25 avril 1915 et le 9 janvier 1916, les troupes franco-britanniques à celles de l'Empire ottoman. Pour l'occasion, le musée de la banque Türkiye ?? Bankas? organise depuis le 7 mars dernier une exposition intitulée Des profondeurs des tranchées : Dardanelles 1915. Elle retrace minutieusement les dix mois d'une bataille sanglante qui aura coûté la vie à des centaines de milliers d'hommes.
Il y a eu la bataille de la Marne, de Verdun, de la Somme, mais la Première Guerre mondiale s'est également déroulée ailleurs. Sur les rives de la mer Égée, à la frontière de l'Europe et de l'Asie, les belligérants se sont également affrontés. Venus de l'autre bout du monde, Français, Anglais, Canadiens, Néozélandais, Australiens et Écossais débarquent le 25 avril 1915 sur le littoral ottoman, espérant arracher aux Turcs, alors en guerre aux côtés de l'Allemagne et de l'Autriche, une presqu'île de la mer Egée : Gallipoli.
Convaincus qu'ils ne peuvent battre les Empires centraux à l'ouest, les Alliés ? coalition formée du Royaume-Uni, de la France et de la Russie ? tentent d'ouvrir un nouveau front de guerre, à l'est cette fois-ci. Une opération ?périphérique? vivement encouragée par Winston Churchill, encore premier lord de l'Amirauté à l'époque, devant permettre, d'une part, d'atteindre une ville millénaire chargée d'histoire, mais qu'ils ne prendront jamais ? Constantinople ? et de contrôler un détroit d'une centaine de mètres de long: les Dardanelles. Malgré les moyens déployés par les Alliés, l'armée turque, équipée et entrainée par l'Allemagne, tient bon.
Pour les Ottomans, qui viennent de perdre la Bulgarie, la Grèce, le Monténégro et la Serbie à la suite des guerres balkaniques de 1912, cette bataille est celle de la dernière chance pour un empire vacillant et sclérosé. Le Comité Union et Progrès (CUP), plus connu sous le nom de mouvement jeune-turc, refuse de céder d'autres morceaux de son territoire. Usant d'un nationalisme exacerbé, les Jeunes-Turcs ont pour ambition d'unifier l'Empire et de libérer les terres d'Asie centrale alors sous contrôle russe. La bataille des Dardanelles, qui s'inscrit dans un contexte de luttes nationales, s'est imposée dans l'imaginaire collectif turc comme le symbole de la résistance face à la puissance étrangère. Un mythe entretenu par celui qui fut à la tête de cette résistance : Mustafa Kemal Pasha, qui devint par la suite Atatürk, le père des Turcs.
Durant les dix mois qui se sont écoulés depuis le débarquement, la Triple Entente et l'Empire ottoman ont perdu respectivement 147.000 et 154.000 de leurs soldats. Sur le plan militaire, la campagne de Gallipoli s'est soldée par un flagrant échec. Un désastre tel que l'État-major britannique décide d'évacuer ses troupes dès octobre 1915 et de les rapatrier vers Salonique, en Grèce, où les combats perdurèrent jusqu'en 1918, aux derniers instants de la Grande Guerre.
Les Dardanelles, la redécouverte d'une bataille oubliée
Très exhaustive, l'exposition offre la possibilité d'explorer la campagne des Dardanelles, à travers les batailles navale et terrestre qui ont ponctué les affrontements pendant plus de dix mois. Comme son nom l'indique, elle propose aux visiteurs d'effectuer un voyage historique vers la péninsule de Gallipoli, dans les profondeurs des tranchées.
Dans la première section dédiée à la bataille navale, des répliques de torpilles tirées depuis les navires et les sous-marins alliés sont exposées et témoignent de l'intensité des combats. Des mines déposées par le très célèbre bateau Nusret à l'entrée du détroit des Dardanelles sont également reproduites. Grâce à lui, les Turcs parviennent à repousser les cuirassés de l'amiral français Émile Guépratte et du vice-amiral britannique de Robek, remportant ainsi leur première victoire le 18 mars 1915.
Les visiteurs ont par ailleurs l'occasion de découvrir un ensemble riche de cartes, de photographies sous-marine, de cartes et de films issus des archives turques, britanniques et australiennes, retraçant l'histoire des navires qui ont attaqué ou défendu le célèbre détroit.
L'exposition met en lumière les dates fondamentales de la bataille, à l'instar du 25 avril 1915, lorsque l'ennemi débarque sur les côtes turques, ou le 10 août de la même année, lorsqu'il fait face à une défaite retentissante pendant la bataille d'Anafartalar.
Dans la partie réservée à la bataille terrestre, une tranchée a entièrement été reconstituée. Les visiteurs y découvriront des ustensiles utilisés par les soldats à cette époque : des fourchettes, des cuillères, des boites de conserve ou encore des gramophones qu'ils ont directement importés de chez eux. Transportés 100 ans en arrière, vous pourrez admirer les pistolets, les baïonnettes, les épées et les cartouches utilisées par les soldats pour résister.
Au fil de l'exposition, vous pourrez découvrir de nombreuses citations de Mustafa Kemal Atatürk, commandant de la 19èmedivision et figure emblématique de la bataille des Dardanelles, parsemées sur les murs. ?Je ne vous demande pas d'attaquer. Je vous demande de mourir. Lorsqu'il sera temps pour nous de mourir, d'autres forces et commandants pourront venir et prendre notre place? peut-on lire sur place. Des paroles qui témoignent non seulement de la détermination du commandant mais également des sacrifices que les soldats sont prêts à accomplir pour protéger leur pays de la menace de l'invasion.
L'autre message fort du commandant Atatürk était dédié aux mères des soldats ennemis morts sur le sol turc. Dans une lettre, il s'était adressé à elles et commémorait les héros de la guerre et leur histoire avec respect et gratitude : "Les héros de la Grande-Bretagne, de la France, de la Nouvelle-Zélande et de l'Inde qui ont versé leur sang sur cette terre! Vous êtes maintenant couchés dans le sol d'un pays ami. Reposez en paix. Vous êtes maintenant couchés aux côtés des Mehmet. Vous, les mères, qui avez envoyé vos fils depuis des pays lointains! Essuyez vos larmes [?]. Après avoir perdu leur vie sur cette terre, ils sont devenus nos fils.?
Isma Maaz (www.lepetitjournal.com/Istanbul) jeudi 7 mai 2015
L'exposition sera ouverte au public jusqu'au 15 août 2015.
Türkiye ?? Bankas? Müzesi (Türkiye ?? Bank Museum)
Bankac?lar Caddesi No.2, Bahçekap?.
Ouvert tous les jours sauf le lundi de 10 à 18h
Entrée libre
Audioguides en anglais disponibles































