Le courant de la rivière Porsuk provient de la ville de Kütahya et coule vers plus de 430 km à l'est avant de rejoindre la rivière Sakarya. Il représente d'ailleurs le principal affluent de cette dernière. Mais la rivière Porsuk est bien plus qu'un simple cours d'eau : elle fait partie intégrante de la ville d'Eski?ehir. La vie des habitants s'anime et évolue au fil des siècles aux abords de cette rivière aux multiples facettes.
A la fin du XIXème siècle, la rivière Porsuk était le point de rencontre des citadins amateurs de pêche et ceci a perduré jusqu'au XXème siècle, jusque dans les années 60. Le développement des infrastructures, des commerces et l'aménagement d'espaces verts ont aussi marqué le XXème siècle. En effet, dès les prémices de la République de Turquie, des parcs, routes et ponts sont construits afin d'agrémenter le quotidien de la population. Deux ponts sont restaurés et six nouveaux sont bâtis. Dans les années 50, des théâtres ouverts bordent les deux cotés de la rivière. Flâner le long de l'eau tout en buvant du thé ou en mangeant du maïs, ou encore se balader à vélo, faisaient partie des principales distractions des habitants. Le vélo étant un moyen de transport indispensable jusque dans les années 60, des pistes cyclables se sont dessinées aux abords de la rivière Porsuk, dès les années 40.
De nos jours, la rivière n'a rien perdu de son charme. La plupart des passe-temps d'aujourd'hui sont les mêmes que ceux d'autrefois. Il n'est pas surprenant de voir quelques pêcheurs sur les ponts. Les balades sont toujours d'actualité et nombreux sont les touristes comme les locaux à se promener le long de la rivière bordée par des cafés, restaurants et commerces. Une nouvelle activité a fait son apparition : les tours en bateau ou, pour les plus romantiques, en gondole. Pour ceux souhaitant renouveler leurs v?ux, la gondole navigue jusqu'à l'Île de l'Amour (?ehr-i A?k). Les amoureux peuvent même immortaliser le moment en gravant leurs noms sur un bloc de bois.
Une rivière assainie aux berges embellies grâce au projet de développement urbain
Malheureusement, ce renouveau des rives n'a pas été sans conséquences. Avec le développement de la ville, la construction de logements et l'établissement de commerces, la pollution a affecté la rivière. Afin d'y remédier, la municipalité a mis en place un système d'égout et un système sanitaire de gestion des déchets.
En 2001, la municipalité a entrepris un projet de développement urbain afin d'assainir la rivière, de prévenir les risques d'inondation et de pollution et de renouveler les canaux d'irrigation. Avec ce projet de rénovation, la municipalité s'est attelée également à construire et améliorer les ponts (aujourd'hui au nombre de 24) afin qu'ils soient mieux adaptés à l'ensemble des habitants. Certains ponts n'étant pas aux normes ont ainsi été remplacés. En effet leur structure, bien qu'unique et originale en Turquie, n'était pas adaptée pour les handicapés ou les personnes âgées. De plus, par temps froid, les ponts gelant rapidement, les risques de chutes étaient accrus. Suite au tremblement de terre de 1999, des ponts ont également été reconstruits afin de résister aux secousses.
L'accès aux deux rives a également été grandement facilité par la construction de ces ponts. Certains sont réservés aux piétons, d'autres aux véhicules motorisés afin de rendre la circulation plus fluide. En plus de leur praticité et de leur conformité aux normes, leur esthétique et leur conception ont été revues. Chaque pont possède une architecture différente inspirée de l'architecture européenne. Certains ponts sont ornés de statues de lions ou de pêcheurs devant lesquelles les touristes n'hésitent pas à prendre la pose.
Omniprésente, la rivière Porsuk peut difficilement être ignorée tant elle habite la ville paisiblement et humblement. Nombreuses sont les villes surnommées les ?Venise? de leur pays ou de leur région car comportant de nombreux points d'eau tels que fleuves et/ou canaux. Avec la rivière Porsuk traversant son centre-ville, Eski?ehir, sans prétendre lui ressembler, prend toutefois de faux airs de la Sérénissime.
Déborah Uyanusta (www.lepetitjournal.com/istanbul) vendredi 15 août 2014





























