

Avez-vous déjà entendu parler du jardin botanique Nezahat Gökyi?it (NGBB) ? Il existe depuis plus de dix ans au milieu de l'autoroute qui relie Ata?ehir à Istanbul et porte le slogan ?la nature malgré l'autoroute?. Il s'agit du ?meilleur jardin botanique des Balkans et du Moyen Orient? affirme le Prof. Adil Güner, son directeur
Adil Güner est un homme dévoué à son travail, d'un caractère agréable, productif, sérieux et dynamique. Le jour de notre rencontre, j'ai eu la chance de voir fleurir la fleur endémique ?Ak navruz?. On a donné ce beau nom à la fleur de Margaret Johnson. Retraitée des Jardins botaniques royaux de Kew à Londres, elle est conseillère du NGBB depuis 10 ans. Je l'ai rencontré le même jour que son ?Ak navruz?. A moi la chance de les photographier ensemble, pour la première fois (photo ci-contre, AGH).
J'avais lu l'article de Christopher Thacker, L'Histoire des Jardins, sur les plantes d'Istanbul. On y apprend que l'intérêt de l'Occident pour les plantes exotiques a commencé dès le 16ème siècle. Les articles sur les jardins ottomans du voyageur et scientifique Pierre Belon, écrits entre 1546 et 1548 pendant ses voyages à Istanbul, avaient été reçus avec grand intérêt.
Ogier Ghiselin de Busbecq, ambassadeur d'Autriche en Turquie dans les années 1554-1562, a fait connaître pour la première fois les tulipes de Turquie en Europe et a été le déclencheur de leur propagation de l'autre côté de la Méditerranée. De Busbecq avait envoyé de Turquie des bulbes de tulipes à son ami botaniste Charles de l'Ecluse. Ces bulbes à l'origine cueillies dans la nature ont été cultivées par de l'Ecluse et se sont répandues en Europe.
La tulipe n'est pas la seule fleur qui a voyagé de Turquie en Europe... Plusieurs plantes venant de Chine en Turquie par la route de la soie prouvent l'intérêt de l'époque pour la culture et le jardinage dans le monde musulman du 16ème siècle. On a découvert plusieurs sortes de plantes cultivées dans les jardins d'Istanbul, d'Edirne, de Bursa et de Manisa?
A?layan gelin, jacinthe, lys blanc, mü?kürüm, anémone, ?illet, kurtkula??, pivoine, lilas, jonquille, jasmin blanc? sont quelques-unes des fleurs qui ont voyagé de Turquie vers l'Occident dans les années 1600. De même que les baies noires, les noix, la rose trémière, châtaigne, perce-neige?
Mais retournons à Ata?ehir pour rencontrer le Prof. Adil Güner, directeur du jardin botanique NGBB. Jardin qui se développe et prospère de jour en jour en dépit et au milieu de l'autoroute.
Ay?e Gülay Hakyemez : Que signifie le mot ?endémique??
Adil Güner : Endémique veut dire ?propre à?, ?particulier?. Propre à une région, à un pays, un lieu. Une espèce est dite endémique si elle n'existe que dans une zone géographique particulière (espèces endémiques de Turquie, de la Mer Noire etc.)
Quel est le nombre de plantes endémiques en Turquie ?
On a recensé 3.035 espèces endémiques. Ce nombre était plus grand auparavant.
Pourquoi a-t-il baissé ?
Parce que certaines plantes qu'on a trouvées ont aussi été retrouvées ensuite dans d'autres pays. Elles ont alors été retirées du classement. Mais toutes ces plantes restent très précieuses pour nous.
Dans les chaînes de montagne de Toros, Amanos, dans le sud-est des Toros, dans le sud de Van, les montagnes de Cilo, dans les chaînes de montagnes de Kaçkar et en Anatolie centrale, autour du lac de sel.
Pourquoi plus spécifiquement dans les montagnes ?
Les conditions dans les montagnes sont extrêmes. Dans ces conditions difficiles, les plantes essayent de survivre. Elles se développent d'une façon singulière et deviennent propres à la région.
Yanardo?ner sous la neige... (photo AGH)
Combien il y a-t-il de plantes endémiques au jardin NGBB ?
Il y en a 181.
Quand a-t-on découvert la fleur Ak navruz ?
En 2010, on a vu les premiers exemples dans le village de Kadirli à Osmaniye. On en a prélevé quelques unes pour l'herbarium, pour la recherche. Et les autres, pour les cultiver dans notre jardin.
Depuis quand travaillez-vous pour le jardin ?
Avant, j'étais à Hacettepe. Ensuite j'ai travaillé à l'Université ?zzet Baysal à Abant. Pour pouvoir travailler dans le jardin NGGB, j'ai demandé ma retraite anticipée. Je travaille dans ce jardin depuis 2001.
Comment avez-vous rencontré Nihat Gökyi?it ?
Dans les années 90, j'ai commencé à travailler avec Hayrettin Karaca. C'est lui qui m'a présenté à Nihat Gökyi?it. En 1982, Nihat Gökyi?it voulait faire un parc à la mémoire de sa femme Nezahat. Les travaux ont commencé en 1995. Hayrettin Karaca a proposé à Nihat Gökyi?it que je gère ce jardin.
Cela doit être difficile de créer un parc depuis un espace vide?
On avait déjà commencé à travailler et à améliorer la terre. Sur une surface de 38 hectares, on avait planté 50.000 arbres et des buissons. Ils continuent de grandir. Il fallait bien commencer quelque part. Nous avons commencé les travaux pour en faire un jardin botanique. On a créé un jardin de roches, une piscine, un jardin de plantes à bulbes. C'est à partir de l'année 2003 que nous avons réellement pu commencer à le nommer ?jardin botanique?.
Est-ce que vous cherchez les plantes sauvages directement dans la nature ? Comment vivent-elles ensuite dans le jardin ?
On ne peut pas savoir à l'avance si elles vont pouvoir survivre. Il faut essayer. Nous faisons des essais et des projections. Certaines vivent parfaitement dans ce nouvel environnement, d'autres non.
Avez-vous la main verte ? Êtes-vous un bon jardinier ?
Je ne suis pas un bon jardinier et je n'ai pas la main verte. Je suis avant tout un scientifique et je travaille sur le système des plantes. Je les regarde avec un ?il scientifique, je les évalue et les classe en me concentrant sur leur nature et des indices.
J'attendais une réponse plus ?romantique?? (rires)
Un photographe se concentre sur la composition. Il regarde les plantes pour pouvoir mieux les saisir. Moi, je regarde les feuilles, le genre, les fleurs. Le jardinier regarde les plantes pour pouvoir comprendre si elles vont tenir ou non. C'est vrai que certaines personnes qui ont une bonne expérience de la culture des plantes développent des gestes instinctifs face aux plantes. En regardant, ils comprennent ce qu'elles veulent.
Quelle est la plus grande valeur ajoutée de ce jardin pour les travaux de botanique menés en Turquie ?
Notre objectif est de transmettre des informations sur les plantes à la population. C'est notre plus grande mission. Je peux très facilement dire que ce jardin botanique est le meilleur jardin botanique des Balkans et du Moyen-Orient.
Comment trouvez-vous le soutien financier ?
Le jardin NGBB est une initiative de la fondation Ali Nihat Gökyi?it.
Ay?e Gülay Hakyemez (http://www.lepetitjournal.com/istanbul.html) jeudi 7 mars 2013
Le site internet du jardin: http://www.ngbb.org.tr/tr/
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