Édition internationale

CINEMA – Comment la réalisatrice Yesim Ustaoglu fait surgir les démons de la société turque

Écrit par Lepetitjournal Istanbul
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 13 novembre 2012

La ligne directrice de Yesim Ustaoglu, c'est de se faire le miroir de la société turque, de ses malaises, qu'il s'agisse de la question des minorités kurdes ou grecques ou encore des classes sociales comme dans son dernier film "La Boîte de Pandore". Alors qu'on peut avoir l'impression que son film le plus récent est aussi le plus personnel, retraçant le parcours de trois frères et s?urs de la quarantaine confrontés à la déchéance de leur mère atteinte de  la maladie d'Alzheimer, ce film est avant tout une critique acerbe de la société turque.

Article réalisé dans le cadre d'une série consacrée au cinéma turc pendant le Festival du film International IKSV

La Boîte de Pandore ou la dénonciation de la fracture sociale turque

Dans la Boîte de Pandore, Yesim dépeint l'égocentrisme des classes sociales aisées. Pour la réalisatrice,"ces cadres moyens et supérieurs, qui vivent dans des cités protégées du monde extérieur, envoient leurs enfants dans des écoles privées aux coûts prohibitifs et pratiquent un sport d'intérieur dans des salles de sport de luxe, vivent dans une bulle artificielle et ignorent toute une partie de la société ". A travers le personnage de Elda qui surprotège son fils et le coupe ainsi des réalités, Yesim met l'accent sur la fragilisation d'une société qui a du mal à assumer ses différences et ses contradictions.

Affiche du film " la Boîte de Pandore " en français ( photo Y Ustaoglu )

Un regard d'une grande lucidité

Le regard de la cinéaste est lourd, sans pitié pour ses personnages, renvoyant les personnages à leurs fêlures personnelles et à leur solitude. Le sentiment d'impuissance est extrêmement bien rendu par des images fortes : les cargos défilant sur le Bosphore, comme la vie qui semble filer entre les mains des protagonistes, les fenêtres ne laissant que peu d'espace à l'ouverture, les perspectives coupées par les tours. Comme dans "Aller vers le soleil" c'est finalement à la fin de la vie que l'espoir perce enfin. C'est en effet auprès de sa grand-mère mourante, jouée admirablement par l'actrice française, Tsilla Chilton, qui à l'âge de 87 ans a même appris le turc pour jouer ce personnage, que le fils d'Elda semble retrouver le sens de la vie et de la liberté.

Le prochain film de Yesim Ustaoglu sur les relations intergénérationnelles

Cette question des générations, Yesim a choisi de l'explorer plus profondément dans son prochain  film en se penchant sur la jeunesse turque. A la recherche des acteurs, quête difficile?, elle n'a pu nous livrer que le titre du film "Araf", purgatoire en français, encore traduit en anglais par "Somewhere in between" qu'on pourrait donc plus exactement traduire par "Au milieu de nulle part". Quand, curieux de savoir si c'est de la jeunesse stambouliote qu'elle allait traiter, nous lui avons demandé où le film serait tourné, elle nous a répondu évasive "somewhere in between?", décidément, nous voilà obligés d'attendre 2011?

NB : la Boîte de Pandore est disponible chez D&R, sous-titré en français

Marie-Eve Richet pour (www.lepetitjournal.com, Edition Istanbul). Lundi 12 avril 2010

lepetitjournal.com istanbul
Publié le 12 avril 2010, mis à jour le 13 novembre 2012
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