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CE N’EST QU’UN AU REVOIR – Ghetto Istanbul : une page de sept ans se tourne

Écrit par Lepetitjournal Istanbul
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 27 novembre 2013

Ghetto Istanbul, salle de concerts qui a ouvert ses portes il y a sept ans à la musique du monde, au centre du quartier de Beyo?lu, les refermera définitivement (ou presque) après une dernière soirée samedi. On se souviendra de cet immense bâtiment qui, sur quatre étages, accueillait à la nuit tombée d'enivrantes soirées stambouliotes. Tantôt boîte de nuit, tantôt salle de concerts, Ghetto ne sera bientôt plus. Pourquoi ?

Lepetitjournal.com d'Istanbul a rencontré l'un des quatre membres fondateurs de ce centre musical et culturel, Can Ar?nel. Il nous explique les raisons de cette fermeture après sept ans d'existence.

Lepetitjournal.com d'Istanbul :Qu'est-ce-que Ghetto vous évoque ? Quelle est l'histoire de ce lieu culturel ?

Can Arinel (photo LL): L'histoire de Ghetto a débuté avec l'immeuble qui l'abrite et que nous possédions, mes associés et moi. Au commencement, cet immeuble était au centre d'un chaos, ou du moins, d'un lieu culturel chaotique. Si vous regardez sa localisation, Ghetto est entouré par le lycée Galatasaray, le consulat britannique, les tavernes d'Istanbul, un foisonnement de petits restaurants, Bal?k Pazar?, Meyhane Nevizade, Meyhane Cumhuriyet et toutes les petites rues pavées de Beyo?lu. Il faut l'avouer, c'est quand même très éclectique. C'est pour cette raison que nous lui avons donné le nom de Ghetto. Nous avons créé un espace pour les échanges de cultures de toutes sortes, fermé à la musique populaire qui l'entoure, et où seule la musique du monde pouvait entrer. Pas essentiellement de la musique d'ailleurs puisque Ghetto était également un espace où se jouaient des pièces de théâtre et où se tenaient des showrooms. Mais notre mission essentielle était d'offrir à notre public un accès à la musique du monde et jamais notre but n'a été de faire de la musique populaire.

Pourquoi alors fermer un lieu qui visiblement vous tient à c?ur ?

Il y a plusieurs raisons. D'abord Ghetto n'est pas notre affaire principale à mes associés et à moi, c'est donc une équipe de professionnels qui gère l'entreprise, ce qui avec le temps coûte cher. De plus, la musique que l'on présente à Ghetto, la musique live, nécessite un gros budget. Elle ne peut exister qu'avec des sponsors, des partenaires. Quand Ghetto a ouvert ses portes, nous avions de nombreux sponsors qui ont permis la réalisation de notre projet et la naissance de Ghetto. Avec la crise économique mondialisée, cela a commencé à changer, les entreprises ont diminué la part qu'elles allouaient au sponsoring et nous avons perdu des financements. Les politiques du gouvernement actuel sur l'alcool n'ont rien arrangé. Désormais, les boîtes de nuit vendant de l'alcool ne peuvent plus être rattachées, comme partenaires, à des événements. A cause de cette loi, Ghetto a perdu une petite partie de son budget.

Tout est histoire de sponsoring, donc ?

Sans sponsor, on ne peut pas avoir de grand projet en matière de musique car ce n'est pas la billetterie qui vous permet de vivre. Seuls les sponsors vous permettent d'inviter des artistes lorsque vous faites des concerts basés sur la musique et la culture du monde. Bien sûr, si on fait de la culture turque, qu'on invite des musiciens turcs, ça coûte moins cher. Et puis, ils ont déjà, ici en Turquie, un public qui les suit. Alors que nous, nous avons fait le pari de faire connaître à un public turc de la musique étrangère et évidemment non populaire au sens de non commercial. Avec XXF Very very french, par exemple, la plupart des artistes n'étaient pas connus des Turcs. Ça a marché mais seulement parce qu'il y avait des partenaires, des sponsors, de la publicité, parce que tout un réseau de relations publiques a été mis en place pour diffuser le projet. Le problème est toujours le même, tout cela nécessite un budget que Ghetto ne peut plus se permettre.

Si les raisons financières sont la cause principale, pourquoi fermer aujourd'hui et pas plus tôt ?

La dernière raison, c'est que nous avons eu une offre concernant l'immeuble. Etant donné les difficultés de Ghetto, garder le grand bâtiment n'était pas faisable.

Doit-on parler de fermeture définitive ?

Nous fermons le lieu, nous ne fermons pas l'idée. Seule la location ferme ses portes. Ghetto va continuer, pas dans ce bâtiment certes, mais peut-être ailleurs. La marque Ghetto n'est pas morte, elle prend un nouveau départ et va évoluer vers d'autres horizons. En ce moment, nous cherchons, rien n'est clairement défini. Nous ne savons pas vraiment si nous allons rouvrir quelque chose, peut-être... Peut-être même que Ghetto sera consacré désormais uniquement à l'organisation de concerts dans des salles plus petites ou bien dans des grands espaces ouverts. Mais les conditions pour une future réouverture sont les mêmes que celles qui sont à l'origine de sa fermeture. Une réouverture suppose que l'on trouve des sponsors afin de posséder le budget suffisant pour mettre en place une équipe de professionnels. La billetterie à elle seule ne couvre pas ces frais-là. C'est en suspens. Tout ce que nous savons, c'est que nos prochains évènements intéresseront le public fidèle de Ghetto car ils seront à l'image de sa marque.

Photo Ghetto

Pourquoi se focaliser seulement sur les concerts ? C'est ce qui marchait le mieux à Ghetto ?

On ne peut pas dire ça. Si vous avez un DJ et que vous faites des soirées, les profits seront plus importants qu'avec un concert. C'est plus facile, le bar, les entrées s'occupent de la quasi-totalité des gains. Ça ne coûte pas aussi cher qu'un concert, qui nécessite un budget de production. Les concerts ne sont pas financièrement rentables pour Ghetto mais ils sont sa raison d'être. C'est l'idée à l'origine de Ghetto, ouvrir un espace d'échange musical pour les cultures du monde. La musique live est au c?ur de ce projet, elle le restera. Bien sûr, si vous passez du Lana Del Rey, il n'y a pas de baisse d'audience. Mais la musique diversifiée et spécifique, la musique du monde, a rarement une grande audience et si elle en avait une, elle deviendrait de la musique populaire (rires).

Comment Ghetto va-t-il fêter sa dernière soirée ?

Pour sa dernière soirée, samedi, Ghetto accueillera Fatima Spar, autrichienne d'origine turque qui nous fera l'honneur de sa présence avec un concert de musique swing. Ce sera une grande soirée pour une dernière dans l'immeuble. Vous êtes tous invités!

Laura Lavenne (http://lepetitjournal.com/istanbul) jeudi 28 novembre 2013

Et si vous n'êtes pas convaincus, retrouvez toute la musique de Fatima Spar sur le site internet de Ghetto : http://www.ghettoist.com/tr/

Infos pratiques :
Adresse : Hüseyina?a Mh., Kamer Hatun Cd No:10, Istanbul, Turkey ?
Contact : 90 212 251 7501

lepetitjournal.com istanbul
Publié le 27 novembre 2013, mis à jour le 27 novembre 2013
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