Édition internationale

BON PLAN - Balade et emplettes dans les rues en bazar de Tahtakale

Écrit par Lepetitjournal Istanbul
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 12 juin 2014

Profiter du beau temps tout en essayant de mettre la main sur un objet pas cher ? Besoin précis ou envie de flâner dans les rues en s'immergeant dans l'effervescence stambouliote ? Les rues de Tahtakale derrière la place d'Eminönü peuvent être l'endroit qu'il vous faut.

Trop de touristes, claustrophobie, vendeurs racoleurs? Les marchés couverts du vieil Istanbul, tels le Grand Bazar ou le Marché Égyptien, peuvent vite devenir étouffants. Pourtant, cette zone, par sa situation et des prix souvent attractifs, se prête bien aux emplettes au détour d'une balade historique, au retour d'une escapade à Eyüp ou après un traditionnel bal?k-ekmek à Eminönü. Alors comment conjuguer promenade à l'air libre et achats potentiels, tout en conservant l'ambiance si particulière des marchés ?

Photos ABG

Rien de mieux que de se faufiler dans les rues de Tahtakale, s'orienter un peu à l'instinct en se laissant guider par les couleurs et les étalages. Derrière le Marché aux épices et autour de la mosquée de Rustem Pacha, le dédale des rues invite à la déambulation. La tranquillité n'est pour autant pas forcément le maître mot, car les rues sont généralement tout aussi encombrées de passants que les avenues d'Istanbul de voitures. On risque de se faire un peu écraser les pieds, mais on voit le ciel.

Que trouver au fil des rues ?

Il serait sans doute trop facile de dire qu'on y trouve de tout. Pourtant, les ruelles regorgent véritablement de marchandises diverses et variées, qui tiennent la curiosité et le regard en éveil tout au long du parcours. Les premiers mètres feront appel à vos nez et papilles. La rue qui longe le côté droit du Marché aux épices est en effet investie par des vendeurs d'aliments, avec trois dominantes : le fromage, les épices, les fruits secs. Beyaz peynir, eski ka?ar, çeçil peyniri? La majorité des fromages turcs sont représentés, et les vendeurs sont toujours prêts à vous les faire goûter. "Le fromage coûte assez cher en Turquie, car le lait coûte cher" explique Murat, qui vend des fromages depuis plusieurs années. "Les fromages à base de lait de chèvre sont plus chers que ceux à base de lait de vache" précise t-il.

Les fromages sont importés des villes où ils sont produits. Göle, Erzurum, Ezine? les fromages reforment presque la carte du pays. "Le préféré des étrangers c'est généralement le Tulum, qui vient d'Erzincan" note Murat. Dans l'échoppe adjacente, Ali le vendeur d'épices, prévient "Vous ne trouvez pas forcément les mêmes épices ici qu'au Bazar Égyptien, par exemple mon patron est russe et nous proposons un curry rouge russe." Après les produits traditionnels, le café embaume l'air. Et pour cause : le Kurukahveci Mehmet Efendi, enseigne emblématique qui produit du café depuis 1871, y possède une enseigne. Le café se mérite, une queue s'organisant maladroitement dans la rue.

Lorsque vous vous enfoncez dans les rues, la nourriture fait place? aux ustensiles de cuisine. Des services à thé traditionnels côtoient des éléments moins typiques et plus modernes : robots, boîtes hermétiques etc. Des styles différents, voire opposés, qui semblent pourtant faire bon ménage puisqu'on retrouve ce paradoxe dans de nombreux magasins. Des échoppes proposent des bijoux très bon marché ou des objets à caractère un peu plus touristique. Les vendeurs parlent souvent plusieurs langues, à condition généralement que la conversation ne sorte pas trop du champ des prix ou de la qualité des produits. En avançant, les marchandises se diversifient pour devenir parfois quelque peu intrigantes : objets de décoration surprenants, fausses liasses de billets, robinets, linge de maison, jouets ou encore hamacs. Sur certains étalages, on aperçoit même des Tour Eiffel.

Les rues qui mènent plus haut mettent les vêtements à l'honneur. Encore une fois, les opposés cohabitent naturellement. Les tenues dévolues aux cérémonies de circoncision s'exposent à côté de la lingerie et des pyjamas, et des costumes traditionnels pendent au dessus d'habits pour enfants. Les vêtements affichent des prix de marché, entre 10 et 20 livres turques (entre 3,3 et 6,6 euros au cours actuel) sauf ceux qui se veulent d'un standard un peu plus élevé, telles les longues robes du soir. Au coin des rues, on croise aussi des vendeurs à la sauvette, qui étalent sur le sol des montres, des ceintures ou encore des sacs. Certains sont d'occasion, d'autres sentent la contrefaçon.

Qui croise t-on dans Tahtakale?

Il est difficile de dire si les rues sont plutôt arpentées par des touristes ou par des Turcs. C'est apparemment très mélangé. La plupart des vendeurs le confirment : leurs clients sont tout aussi turcs qu'étrangers. Tout le monde ne va toutefois pas se tourner vers les mêmes objets. Les locaux vont s'éloigner des éléments folkloriques comme les services à thé en étain, mais se procurent des objets pratiques pour cuisiner. "Je préfère venir ici plutôt que d'aller dans de plus grands magasins. Ca permet d'acheter d'autres choses au passage, auxquelles on n'avait pas forcément pensé. Et puis on peut négocier les prix?" confie Fatma, qui n'habite pas très loin et vient régulièrement. Mehmet, le vendeur du magasin, essaie d'expliquer pourquoi les touristes achètent des objets traditionnels. "Cela leur donne l'impression d'être encore en Turquie lorsqu'ils rentrent chez eux." Seuls les vendeurs de fromage ont une clientèle vraiment turque. "Je crois que les touristes se méfient un peu, et puis pour le transport c'est plus compliqué."Différentes générations se retrouvent dans les rues de Tahtakale, des plus anciens qui discutent longuement avec les marchands aux plus jeunes qui parviennent même à trouver la place pour jouer au ballon.

La présence des touristes est majoritairement due à la proximité avec les incontournables monuments à visiter. "On rentrait à pied de Sultanahmet et on voulait se promener encore un peu dans le quartier, pas forcément pour acheter mais pour voir. On a vu que ça avait l'air vivant de ce côté-là, et on est contents de s'y être avancés, l'ambiance est sympa", explique un couple de touristes allemands. Un groupe d'anglais affirme que ça vaut le coup de passer par là, mais que ça ne vaut pas le Grand Bazar pour les achats. Les vendeurs, beaucoup moins insistants que dans les marchés couverts et touristiques, regrettent parfois l'attitude des étrangers. "Les touristes ne posent que des questions vides" note Ali le vendeur d'épices. "Ils demandent ce que c'est et combien ça coûte, mais ils ne cherchent pas à savoir d'où ça vient, l'histoire du produit etc. Pour nous, c'est facile, on répète toujours la même chose, mais c'est un peu dommage?"

Les touristes fatigués ou dont les sacs seraient trop lourds trouveront des petits restaurants dans les ruelles plus calmes qui ramènent à la Corne d'or.

Amélie Boccon-Gibod (www.lepetitjournal.com/istanbul) vendredi 13 juin 2014

lepetitjournal.com istanbul
Publié le 12 juin 2014, mis à jour le 12 juin 2014
Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.

Flash infos