

?Personne ne sait qui il est, et pourtant, tout le monde sait qui il est.? A l'entrée de la galerie Global Karaköy, un écriteau géant placardé au mur annonce la couleur. L'exposition ?The Art of Banksy? met le mystérieux street artist dans la lumière, et l'honore bon gré mal gré, dans la nouvelle galerie Karaköy Global, du 14 janvier au 29 février.
Les curieux pénètrent dans une pièce plongée dans la pénombre, au mobilier défraîchi, et où trône sur le mur un seul panneau éclairé : ?Abandon Hope?. Ambiance. Dans la pièce suivante, recouverte d'affiches en tous genres, des cartons éventrés gisent dans les coins. Une table de travail recouverte de peintures en spray laisse imaginer que l'artiste vient de s'éclipser, surpris en plein tag.
Photo AJ
La galerie rappelle les rues de briques d'Angleterre, le pays natal de Banksy, et l'on y croise une cabine téléphonique typique, un majordome à haut-de-forme, ou encore une devanture de confiserie avec des faux airs de Tardis (la célèbre machine à voyager dans le temps et dans l'espace de la très populaire série télévisée Doctor Who).
D'une pièce exigüe cachée derrière une forêt de t-shirt tagués de célèbres ?uvres de Banksy, on entend le ?pop !? distinctif du bouchon d'une bouteille de champagne qu'on s'apprête à servir. Rapidement, des serveurs empressés suivis d'acteurs costumés se frayent un chemin dans la foule. Une jeune femme serre un obus factice contre sa poitrine, un jeune homme au visage caché d'un bandana cherche à protéger le bouquet auquel il s'accroche, et une femme de chambre le suit, pelle et balai en main. Chacun représente certaines des ?uvres les plus célèbres de l'artiste de rue dont personne ou presque ne connaît le visage.
Dénoncer sans parler

Les ?uvres exposées sont remarquables. Banksy détourne images célèbres et personnalités marquantes pour dénoncer les grands maux des XXème et XXIème siècle. Par des tags, des collages, des affiches, des peintures, l'artiste questionne notre société en juxtaposant des entités contradictoires ou décalées pour mettre en avant ce que l'on cherche à ignorer. Ainsi, sur un mur de Gaza, Banksy graffe une petite fille retenant des bombes au bout d'une ficelle, ailleurs il fait dire à une fillette semblable ?Si on répète un mensonge assez souvent, il devient de la politique?.
L'agencement des tableaux les met élégamment en valeur en fonction de leurs thèmes et des supports utilisés. Steve Lazarides, qui a collaboré avec Banksy pendant douze ans, précise à l'agence de presse Anadolu, relayée par le Daily Sabah : ?La plupart des ?uvres de Banksy sont des originaux, que personne n'a encore vus. J'ai rassemblé toutes ces ?uvres de collectionneurs et je vois chez eux un réel effort pour les mettre en valeur.?
La Global Yat?r?m Holding, le groupe Istanbul Entertainment et Piu Enternainment, tous trois à l'origine du projet, ont ainsi fêté deux inaugurations ce mercredi 13 janvier : celle de la galerie Global Karaköy et celle de l'exposition. Steve Lazarides, qui est également l'ancien agent de Banksy et instigateur de l'exposition, a réuni cent ?uvres de collections privées, d'une valeur de 20 millions de livres sterling cumulées. La plus grande exposition sur le travail de Banksy organisée à ce jour. ?Dans quinze ans, toutes les ?uvres exposées ici auront encore un sens. J'espère qu'à travers cette exposition, chacun saura en tirer des enseignements et les mettre en pratique dans sa propre vie? explique-t-il.
La fille de Recep Tayyip Erdo?an, Sümeyye, était présente au vernissage, pour représenter son association pour les femmes et la démocratie (KADEM) et elle a félicité la faculté de Banksy à ?parler du peuple à travers son art?.
Une surenchère à l'inverse du street art
Toutefois, on ne peut que constater un certain décalage entre le travail de Banksy et l'exposition qui lui rend hommage. L'artiste, connu pour son opposition à toute exposition et à tout intérêt pécuniaire pour ses ?uvres, ne se retrouverait sans doute pas dans cette mise en scène ? aussi soignée soit-elle.
Le paroxysme de ce déphasage est atteint lors du passage inévitable à travers la boutique souvenirs, renommée ?fausse boutique? mais aux prix bien réels. Des centaines de produits dérivés attendent de faire passer le street art dans votre salon sous la forme de mugs, tabourets, ou reproductions (à près de 115 euros le tableau).
Aline Joubert (www.lepetitjournal.com/istanbul) vendredi 15 janvier 2016
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The Art of Banksy? Exposition ouverte du 14 janvier au 29 février 2016
Global Karaköy R?ht?m Caddesi, No: 51 KARAKÖY / ?stanbul
Prix : 35.00TL
Réduction étudiante : 28.00TL











































