Édition internationale

Inde : Rencontre avec Xavier Loustaunau, nouveau directeur de l' Alliance Française de Mumbai

Xavier a construit  sa carrière entre la France et l’Étranger notamment en Chine, à Pékin et Shanghai, à différentes étapes du développement du pays.

11
Écrit par lepetitjournal.com Bombay
Publié le 6 octobre 2026, mis à jour le 7 octobre 2026

Une carrière dédiée à la langue française

Il raconte avoir suivi la transformation de la Chine de pays ultra-peuplé mais non développé à la superpuissance que l’on connaît aujourd’hui. En effet, il a découvert la Chine dans les années 1996-1997 au titre de boursier du gouvernement français afin d’y approfondir la langue chinoise et la philosophie taoïste. C’est en 1999-2000 qu’il repart en Chine comme attaché de coopération pour le français auprès de l’ambassade de France à Pékin, avant de revenir en 2011 à la direction de l’Alliance française de Shanghai, alors centre d’apprentissage de plus de 6.000 étudiants avant enfin de revenir à Pékin comme attaché de coopération éducative auprès de l’ambassade de France pendant la période post-COVID entre 2022 et 2025.

 


 
« J’ai eu la chance de travailler en Chine dans les années 2010, qui était alors indéniablement un centre névralgique de la coopération franco-chinoise. »

Entre ces expériences, Il a travaillé dans le secteur privé au Canada et en France, dans et pour le compte d’établissements d’enseignement du FLE (français langue étrangère), mais aussi au titre de conseiller politique d’Alain Juppé lorsqu’il était maire de Bordeaux.

À 52 ans, et après trente ans de carrière autour du monde, il pose cette fois ses valises à Mumbai, et prend la tête de l’Alliance française de la ville.

 


Une rencontre avec l’Inde, sur les pas de son aïeul


Nous rencontrons Xavier après près d’un mois en Inde, où il s’habitue au rythme de la ville et à son énergie.
 
S’il ne connaissait pas l’Inde, il raconte qu’un poste à Bombay faisait sens pour lui, puisque cela lui permettait de suivre les pas d’un de ses aïeuls, Mr Pierre Loustaunau.
 
Pierre Loustaunau a vécu au XVIIIe siècle, une vie si aventureuse que l’on aurait cru un travail de fiction si elle n’avait été documentée...

 

pierre lousaunau


 
Bergé béarnais répondant à l’appel de l’aventure, Pierre Loustaunau prend  la mer depuis Bordeaux pour ce qu’il pense être Louiseville, mais il se trompe de bateau. Nous sommes alors en 1770, et le bateau qu’il prend le mènera aux Indes et plus précisément à Bombay.
 
Sur le navire, cet ancien chevrier rencontra l’ambassadeur du royaume de France, avec lequel il se lie d’amitié et devient son officier. À l’époque la France aide le prince Scindia de Bombay à combattre les Britanniques. De fil en aiguille, Pierre Loustaunau grimpe les échelons et sera même nommé Général des armées du Prince Scindia… 
 
Les relations entre la France et Scindia et le développement de l'armée moderne en Inde
 

« Consolider les liens entre l’Inde et la France »


Mais l’histoire familiale n’est pas la seule raison. Il dit avoir également été attiré par l’Inde, « ce grand pays, cette grande civilisation », ainsi que par l’histoire et les perspectives de l’Alliance française de Bombay, qui doit célébrer ses 90 ans en 2028.

Lorsque Xavier Loustaunau parle de l’Alliance française, il a l’assurance de ceux qui croient en leur mission. Il indique un intérêt et une envie de participer « au développement et à la notoriété d’une telle institution dont l’histoire remonte à 1938 et qui a encore de belles perspectives ».

Sa mission, il la résume en quelques mots : « contribuer à consolider les liens qui existent entre la langue française, les cultures francophones et l’Inde sur le territoire du Maharashtra ».


Pour cela, deux leviers principaux : la langue et la culture.

La langue française constitue selon lui un « trait d’union », notamment parce qu’elle ouvre sur l’ensemble des territoires francophones, de la France au Canada, en passant par l’Afrique et certaines contrées d’Asie du Sud. Pour lui, l’Alliance française permet de développer non seulement la maîtrise du français, mais aussi ce qu’il appelle une forme de « francophilie ».

L’objectif n’est pas nécessairement que tous les étudiants deviennent parfaitement francophones mais qu’ils puissent créer une familiarité avec la langue et la culture française, et éventuellement donner envie de transmettre cet intérêt aux générations suivantes.

Le deuxième pilier est culturel. Concerts, cinéma, jeux de société, événements autour de la francophonie, fête de la musique ou encore programmation numérique :

 
 « On est dans tout ce qui nous rassemble », explique-t-il, en insistant sur le rôle de l’Alliance comme un espace de dialogue entre les cultures.

 Une Alliance tournée d’abord vers le public indien

Xavier explique que l’une des particularités de l’Alliance française de Bombay est qu’elle est avant tout construite par des Indiens francophiles pour un public Indien.

« On s’adresse principalement aux Indiens », explique-t-il. L’objectif est de toucher le public local et de lui faire découvrir les cultures francophones.

Cette vocation s'inscrit dans le fonctionnement même du réseau des Alliances françaises, dont les structures sont portées avant tout par des initiatives locales. À Bombay, si le directeur est détaché du ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères, le conseil d’administration de l’Alliance est composé intégralement de personnes locales, soutenu par le Consul Général de France à Mumbai, président d’honneur.

Cette articulation entre expertise française et ancrage local constitue, selon lui, l’une des forces du modèle.


En Inde, une forte augmentation des cours en ligne


L’un des principaux moyens pour l’Alliance française de s’adapter au public indien est notamment de renforcer ses cours en distanciel. En effet, depuis COVID, le public indien se tourne de plus en plus vers l’apprentissage en ligne, qui permet beaucoup plus de flexibilité.

Selon le directeur, les cours en ligne représentent désormais environ 60 % du public de l’Alliance française de Bombay.

Cette transformation des habitudes impose aujourd’hui de nouveaux ajustements à l’Alliance française, qui doit continuer à proposer des cours en présentiel tout en répondant à une demande importante pour les cours en ligne.


Le français comme outil d’employabilité

L’Alliance française doit également répondre à une demande très concrète : celle des étudiants et des professionnels.

Face à la multiplication des écoles de langues à Bombay, le directeur met en avant l’ingénierie pédagogique de l’Alliance, sa reconnaissance officielle et son offre de certifications et de diplômes.

Les certifications prennent une place croissante, explique-t-il, notamment parce qu’elles peuvent être nécessaires dans le cadre d’études supérieures et constituent un élément valorisable sur un CV ou lors d’un entretien d’embauche.

« Le volet employabilité est très important pour nous », souligne-t-il.

L’Alliance développe également le « French for corporate », avec des formations en français sur objectifs spécifiques : français du luxe, de la gastronomie ou encore de l’hôtellerie.

Des initiatives avant tout locales

Mais ces nouveaux besoins ne signifient  pas pour autant l’abandon du lieu physique ou même de l’aspect culturel de l’AF Bombay. Au contraire, le nouveau directeur souhaite redonner à l’Alliance une place plus visible dans la vie culturelle de la ville.
 
L’Alliance française dispose notamment d’un auditorium d’une soixantaine de places. Le directeur envisage de mieux exploiter cet espace, notamment à travers des résidences d’artistes, des rencontres autour de la peinture ou encore des échanges entre cinéma indien et cinéma français.

 

audioriom

 

L’idée est de développer des formats adaptés aux espaces disponibles et de centrer ses projets autour du public indien ; notamment pourquoi pas avec le développement de projets hors murs.

La priorité affichée est de renforcer la présence de l’Alliance dans la vie quotidienne de Bombay, mais aussi lors de grands rendez-vous culturels.

« On a besoin de revenir sur la scène culturelle de Bombay », estime-t-il.

Pour cela, l’Alliance souhaite travailler davantage avec le Consulat général de France, l’Institut français, Bombay Accueil et les différentes composantes de l’écosystème francophone de la ville.

« On ne fait rien seul, on va loin ensemble », résume-t-il.

Cette volonté de travailler dans la durée est d’autant plus importante que pour lui les directeurs d’Alliance française sont de passage alors la pérennité des projets repose largement sur les équipes locales, dont certaines travaillent au sein de l’Alliance depuis plusieurs décennies.

 Nous avons la chance à l’Alliance française de Bombay d’avoir une équipe presque exclusivement indienne. Non seulement celle-ci est très locale mais ce sont aussi des personnes qui font vivre l’alliance depuis de nombreuses années.

l'équipe de l'af bombai
Une pqrtie de l'équipe de l'AF Mumbai à Churchgate.

 

« Au final, les directeurs ne sont que de passage. Ceux qui restent, ce sont eux qui sont très importants », souligne-t-il.

Nous remercions Xavier Loustaunau pour le temps accordé et lui souhaitons la bienvenue auprès de la communauté francophone de Bombay.

 

 

 
 
Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.