Plus de neuf millions de noms auraient été enlevés des listes par la Commission électorale.


Les clés pour comprendre :
Qu’est-ce que le SIR ?
Le SIR (Special Intensive Revision) est une opération menée par la Commission électorale de l’Inde en amont des élections. Son objectif est de vérifier les listes électorales, d’ajouter les nouveaux votants et de supprimer tous les doublons; les personnes décédées; et les personnes jugées “non éligibles”.
En théorie, c’est donc un nettoyage administratif pour garantir “une personne = une voix”. Mais la révision effectuée au Bengale-Occidental est massive.
Le Bengale-Occidental : 4eme état le plus peuplé de l’Inde
Situé à la frontière entre le Bangladesh à l'est et le Népal et le Bhoutan au nord. Il borde également les États indiens d'Odisha, de Jharkhand, de Bihar, de Sikkim et d'Assam. La capitale de l'État est Kolkata (anciennement Calcutta), la septième plus grande ville d'Inde et le centre de la troisième plus grande région métropolitaine du pays.
Le Bengale Occidental compte, selon le dernier recensement de 2011, 91 276 115 de personnes, mais les projections estiment qu’il y aurait aujourd’hui environ 105 millions d’habitants.
L'État compte 42 sièges pour la Lok Sabha et 16 sièges pour le Rajya Sabha du Parlement indien.
Aujourd’hui la ministre en chef est Mamata Banerjee du All India Trinamool Congress qui a remporté les élections de 2011, 2016 et 2021, battant ainsi le Front de gauche mené par le Parti communiste d'Inde (marxiste) et le BJP. Mamata Banerjee est aujourd’hui une des grandes figures d’opposition au BJP de Narendra Modi.

Comment le SIR a éliminé 9 millions de noms des listes électorales
En amont des élections législatives du West Bengal qui se dérouleront en deux phases, les 23 et 29 avril 2026, la commission électorale de l’Inde a réalisé son SIR.
En février, une première liste de noms supprimés a été donnée par le SIR : 5.800.000 noms étaient supprimées des listes. Officiellement, cette étape enlève les doublons, les personnes décédées, les personnes introuvables et les personnes ayant déménagé. Déjà le grand nombre de noms retirés des listes (7.6% des électeurs) avait entraîné des objections d’ONG et de certains politiciens.
Puis, lors d’une seconde phase, 600.000 noms de plus ont été supprimés. Cela correspond à des personnes dont on avait demandé des justifications et qui n’ont pu prouver leur adresse, leur nationalité etc.
Enfin, la troisième phase, appelée adjudication, a éliminé 2.7 millions de noms enlevés des listes de votants. L’adjudication est une procédure officielle de réexamen des cas individuels.
Point clé :
L’adjudication est la seule étape où les individus peuvent contester leur suppression, mais c’est aussi là qu’une partie importante des exclusions est confirmée définitivement.
- Les personnes supprimées peuvent contester leur exclusion
- Chaque dossier est examiné par l’administration électorale
- Une décision est prise :
- Une réintégration sur les listes
- ou une suppression confirmée
Les quelque six millions de dossiers placés en adjudication au West Bengal correspondent à des personnes dont le nom a d’abord été supprimé des listes électorales, puis signalé pour un réexamen. Cet ensemble est hétérogène et regroupe plusieurs situations.
Il comprend d’abord des électeurs bien vivants qui ont été radiés à tort et qui contestent leur suppression afin d’être réinscrits. On y trouve également des personnes qui ont déménagé ou qui n’ont pas pu être localisées au moment de la vérification. S’ajoutent des cas où les informations administratives sont incomplètes ou présentent des incohérences, ce qui nécessite une vérification plus approfondie. Certains dossiers concernent aussi des doublons, c’est-à-dire des individus inscrits plusieurs fois sur les listes. Enfin, cette catégorie inclut également des personnes décédées, dont la situation doit être officiellement confirmée avant leur radiation définitive.
Cette fois, sur 6.006.675 de cas examinés, 2 716 393 noms ont été définitivement supprimés et près de 3.2 millions ont été réintégrés soient 45.22% des dossiers refusés. Comme le journal Telegraph India l’indique, cela correspond à la population de la Jamaïque ou trois fois celle du Bhoutan.
De nombreux journaux ont témoigné de situations personnelles : parmi les rejetés, une femme qui avaient voté chaque élection depuis l’indépendance du pays, des enseignants, des candidats aux élections pour le parti du Congrès ou encore le petit-fils de Nandalal Bose, l’artiste qui a illustré le manuscrit original de la Constitution de l’Inde.
À la fin de ces trois phases, un total de 9.1 millions de noms a été supprimé des listes électorales du Bengale-Occidental.
À l’égard du BJP, l’ensemble des partis politiques du West Bengal ainsi que des responsalbles d’ONGs ont critiqué ces suppressions de masse.
Pour Mamata Banerjee, «Ils ont supprimé les noms de plus de 90 lakhs de personnes pour s’emparer du pouvoir.» tandis que Abhishek Banerjee dénonce que «Le processus n’est pas transparent et soulève de sérieuses questions.»
Enfin pour Chandidas Bhattacharya, «cette action … porte atteinte au processus démocratique et transforme l’élection en une farce.»
Pour conclure, la suppression de près de 9,1 millions de noms est interprétée par certains analystes politiques comme pouvant traduire une intention discriminatoire, notamment à l’encontre de la population musulmane.
Selon une analyse du All India Trinamool Congress, 63 % des électeurs radiés sont hindous, contre 34 % de musulmans. Rapportés à la structure démographique du West Bengal, ces chiffres prennent un autre relief : les hindous représentent environ 70 à 72 % de la population, tandis que les musulmans en constituent entre 25 et 27 %.
Ainsi, les musulmans apparaissent proportionnellement surreprésentés parmi les personnes supprimées des listes, tandis que les hindous y sont sous-représentés au regard de leur poids démographique. En valeur absolue toutefois, le nombre de radiations demeure plus élevé chez les hindous.
Le 13 avril, une nouvelle requête, en plus de celles déjà en cours, sera entendue par la Cour Suprême pour contester le gel des listes électorales par la Commission électorale de l’Inde (ECI).
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