Les 12 et 13 septembre 2026, l’Inde a accueilli pour la 4ème fois le sommet BRICS dans sa capitale. Lors de ce 18ème sommet étaient réunis les membres constituants du groupe : initialement le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine en 2006 qui ont ensuite incorporé l’Afrique du Sud en 2010. Depuis, les BRICS comptent aussi l’Egypte, l’Ethiopie, l’Iran, les Emirats Arabes Unis, l’Arabie Saoudite ainsi que l’Indonésie. Ces 11 pays représentent à eux seuls 40% du PIB mondial et à peu près la moitié de la population mondiale.


Les tensions au sein des membres du groupe BRICS :
La relation Chine-Inde : les deux géants économiques se rapprochent
La Chine et l’Inde, pays fondateurs du mouvement BRICS, sont connus pour avoir des relations conflictuelles que ce soit sur un aspect frontalier ou économique. Cela peut s’illustrer sur le fait que cela faisait 7 ans que Xi Jinping n’était pas venu en Inde.
L’Inde et la Chine partagent 3 500 km de frontière, qui ont été (mal) délimitées par les autorités britanniques concernant les régions du Ladakh et de l’Arunachal Pradesh. De nombreuses tensions persistent éclatant parfois en conflits, ce qui fut le cas notamment en 1962 et en 2020. Ces disputes territoriales conduisent à une grande militarisation dans ces régions ainsi qu’une méfiance entre les deux géants asiatiques.
Concernant l’aspect économique, l’Inde a un déficit commercial record face à la Chine, atteignant plusieurs centaines de milliards de dollars. Cela est dû au fait que la Chine exporte des produits manufacturés à forte valeur ajoutée (composants électroniques, principes actifs pharmaceutiques, panneaux solaires, etc) tandis que l’Inde exporte, quant à elle, des matières premières ou des produits à plus faible marge (minerais, produits chimique, produits agricoles, etc).
Les deux grands géants entament doucement un dialogue pragmatique car ils ont bien conscience de l’impact qu’ils pourraient avoir sur l’ordre mondial avec un alignement de leurs stratégies.

La relation Iran – Emirats Arabes Unis sous tensions
Avec la guerre des États-Unis (et Israel) en Iran, les relations entre UAE, Arabie saoudite et Iran se sont beaucoup dégradés : l’Iran a lancé des frappes sur le territoire émirati accusé de servir de relais aux intérêts américains. Il a de plus saisi le contrôle du détroit d'Ormuz, lieu de passage essentiel au commerce mondial. Cela a entraîné en août 2026, la suspension, par les Émirats Arabes Unis, des échanges commerciaux et financiers entre les deux pays.
En marge du sommet, le président iranien Massoud Pezeshkian et le prince héritier d’Abou Dhabi, Khaled ben Mohamed ben Zayed Al Nahyane, ont tenu une rencontre bilatérale pour tenter de désamorcer la crise. Cette crise constitue un défi majeur pour la cohésion et la crédibilité de l’organisation élargie.

Néanmoins, de nombreux spécialistes ont applaudi l’exploit diplomatique de réunir ces différents leaders tous ensemble au vu de l’ordre mondial chamboulé et de la rivalité de certains membres constituant l’entité même des BRICS.
Le positionnement des BRICS sur les conflits actuels :
La déclaration New Delhi a été émise le premier jour du sommet et bien qu’elle appelle à une refonte de l’ordre mondial au profit du Sud global sous le thème « Bâtir pour la résilience, l’innovation, la coopération et la durabilité », beaucoup ont aussi souligné l’absence de prise de positionnement sur des sujets cruciaux.
Sur la Guerre Ukraine – Russie
Vladimir Poutine, président de la Russie, était présent au sommet BRICS. La déclaration appelle au « dialogue, à la consultation et à la diplomatie » sans nommer l’Ukraine. Cependant, les membres BRICS ont critiqué les sanctions unilatérales non autorisées par le Conseil de sécurité de l’ONU. Cette thématique a été abordée plusieurs fois car un des points majeurs de la déclaration concerne la volonté de réformer l’ONU et son Conseil de sécurité (dont l’Inde et le Brésil réclament une représentation accrue) afin de refléter les réalités géopolitiques du 21ème siècle.
Poutine en Inde pour le sommet des BRICS, au révélateur des conflits de la planète
Guerre Iran – Etats-Unis
Les BRICS ont appelé à la retenue dans la région du Moyen-Orient sans pour autant nommer ou condamner spécifiquement les frappes israélo-américaines ou iraniennes. Cependant, des critiques ont été émises visant les attaques sur les infrastructures civiles ainsi que sur les sites nucléaires. Moscou et Pékin continuent tout de même de commercer avec l’Iran afin de contrer l’hégémonie des États-Unis.
Guerre des tarifs douaniers
Une fois de plus, les membres du mouvement BRICS ont dénoncé la hausse démesurée des droits de douane sans explicitement nommé Donald Trump et les États-Unis. Les pays membres réaffirment l’importance de la multipolarité. Dans ce sens-là, des pays comme l’Inde ont poussé pour ne nommer aucun pays afin d’éviter une confrontation directe avec l’administration de Donald Trump.
En effet, l’Inde continue d’entretenir sa position étrangère d’autonomie stratégique et de multi-alignement selon ses propres intérêts. Ainsi, la géopolitique à géométrie variable de l’Inde peut s’illustrer, entre autres, à travers l’achat de pétrole russe tandis que les exportations indiennes continuent d’affluer en direction des États-Unis.
Guerre Israël – Palestine
Concernant le conflit israélo-palestinien, les membres BRICS ont affirmé fermement leur opposition face aux déplacements forcés des Palestiniens et à l’occupation illégale du territoire. De même, ils ont réitéré leur soutien face à la solution à deux États.
Les BRICS Mouvement « anti-occidental » ou multipolarité souhaitée ?
Le mouvement BRICS a déjà été qualifié plusieurs fois de mouvement anti-occidental par l’administration Trump. Bien que les pays membres soient non-occidentaux, ils ne sont pas pour autant anti-occidentaux, comme le rappelle le ministre indien des Affaires Etrangères S. Jaishankar.
Cette coalition présente des intérêts divergents, avec d’un côté la Russie, la Chine et l’Iran qui sont massivement sanctionnés par Washington et de l’autre côté, l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud et les Emirats Arabes Unis qui bénéficient des marchés, technologies et capitaux occidentaux.
Bien que le positionnement du bloc soulève différentes aspirations, leur objectif commun reste celui de renforcer les liens économiques entre les différents pays membres des BRICS ainsi que le souhait d’une meilleure représentation de ces nations dans les institutions façonnant l’ordre mondial telles que la Banque Mondiale, le Fonds Monétaire International et le Conseil de sécurité de l’ONU. Les membres cherchent à réduire leur dépendance envers les systèmes financiers occidentaux, notamment par l’utilisation de monnaies nationales dans les échanges commerciaux.
CONCLUSION :
Narendra Modi, Premier Ministre de l’Inde, a déclaré que les membres des BRICS souhaitent désormais définir les règles et non plus seulement les accepter. Cependant, il semble difficile d’affirmer sa puissance quand les déclarations communes restent volontairement vagues sur la définition d’objectifs clairs et tangibles ainsi sur ce à quoi pourrait ressembler un prochain nouvel ordre mondial.
Thank you to all BRICS leaders for making the Delhi Summit very productive and outcome oriented! pic.twitter.com/C3DMZWGgLL
— Narendra Modi (@narendramodi) September 13, 2026












