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Chroniques d’une chuchoteuse de chevaux française en Inde Épisode 5

Charlotte est franco-britannique et vit en Inde depuis de nombreuses  années. Anthropologue sociale de formation, elle a choisi de se consacrer à sa passion pour les chevaux et s’est formée, aux côtés de son mari, auprès de Monty Roberts, le célèbre « horse whisperer ». Aujourd’hui installés près de Jaipur, dans l’État du Rajasthan, ils y enseignent l’approche éthologique des chevaux — plus connue sous le nom de horse whispering.

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Écrit par Charlotte Kingsman
Publié le 3 mai 2026

 

Épisode 5: Petit guide (sans filtre) pour les Français qui veulent monter à cheval en Inde.

Imaginez.

Vous venez de vous installer en Inde. Entre votre troisième chai et votre première traversée (héroïque) du trafic local, une idée vous effleure : et si vous vous remettiez à l’équitation ?

Peut-être étiez-vous cavalier en France — le club le week-end, quelques concours, voire votre propre cheval. Ou peut-être avez-vous toujours voulu vous lancer, et cette nouvelle vie vous semble être l’occasion idéale de devenir cette personne qui glisse, l’air de rien : « Oui, je monte à cheval. »

Alors vous faites comme tout le monde : vous cherchez sur Internet. Des clubs apparaissent à Delhi, Mumbai, Bangalore, parfois Jaipur. Rassuré, vous décidez d’aller voir sur place.

Et là… les choses se compliquent un peu.

Le retour à la réalité

Dans certains centres, le choc est immédiat. Des chevaux qui ne semblent pas en grande forme : maigres, fatigués, parfois négligés selon les standards européens. Vous comprenez vite que ce ne sera pas ici.

Ailleurs, l’endroit paraît plus prometteur. On vous propose un cours d’essai — parfait. Vous vous mettez en selle… et quelque chose ne va pas. Le cheval est soit incontrôlable, sans véritable frein (amusant quelques minutes), soit complètement amorphe (beaucoup moins amusant, et franchement préoccupant), malgré les consignes enthousiastes de l’instructeur qui vous encourage à « mettre plus de jambes ».

Vous repartez dubitatif. Peut-être un peu déçu. Peut-être en train de vous dire que, finalement, monter en Inde n’était pas une si bonne idée.

Si vous vous reconnaissez, vous êtes loin d’être un cas isolé. J’ai eu cette conversation des dizaines de fois — avec des Français, mais aussi avec d’autres Européens — toujours avec la même conclusion : l’envie est là, mais pas à n’importe quel prix.

Retour d’expérience (plutôt instructif)

Je suis arrivée en Inde en 2009. Je n’avais pas de cheval à moi, mais j’étais une cavalière passionnée : compétitions en France, polo au Royaume-Uni… Pour moi, les chevaux faisaient partie de ma vie, point final.

Évidemment, j’ai commencé à chercher où monter.

On m’a parlé des terrains de l’armée — sur le papier, une excellente option — jusqu’à ce que je découvre qu’en tant qu’étrangère, il me fallait une autorisation spéciale. Autorisation que je n’ai jamais réussi à obtenir. Un classique.

Je me suis donc tournée vers les clubs. À l’époque, l’offre était plus limitée, et disons-le franchement : parfois un peu rude. Chevaux trop maigres, installations sommaires… Monter relevait davantage du pari que du loisir.

J’ai failli abandonner, jusqu’au jour où, lors d’un dîner, je rencontre un homme charmant qui me parle de son club : Alpine Polo Club (pas son vrai nom). Rien que le nom faisait rêver. J’imaginais déjà les pelouses impeccables, les chevaux soignés, peut-être même un verre après la séance.

La réalité ? Un terrain vague en bord d’autoroute.

Cela dit, les chevaux semblaient en meilleur état que ceux que j’avais vus jusque-là. Alors j’ai tenté. Et j’ai vite compris que je n’avais ni direction, ni frein. L’instructeur — ancien militaire — donnait ses consignes exclusivement en criant. Sur le moment, c’était presque cocasse. Avec le recul, c’était surtout dangereux.

Alors, on y va ou pas ?

Bonne nouvelle : la situation a nettement évolué. L’équitation s’est développée en Inde ces dernières années, notamment avec l’essor de la classe moyenne. Aujourd’hui, il existe davantage de structures, et certaines sont vraiment sérieuses.

 

polo
photo d'illustration

Et pourtant, on me pose encore souvent les mêmes questions : où monter ? Comment trouver un bon club ? Est-ce que c’est vraiment faisable ?

La réponse est simple : oui. Mais pas sans un minimum de vigilance. Et avec des attentes adaptées.

Trouver les perles rares

Même si cela peut paraître un peu sévère, il faut aussi garder à l’esprit une réalité : beaucoup de centres équestres fonctionnent avec des moyens limités. Ils disposent souvent de peu de chevaux et d’infrastructures assez sommaires. À chacun de voir si cela correspond à ses attentes, mais c’est le contexte dans lequel évolue une grande partie de l’offre.

Par ailleurs, si l’intérêt pour l’équitation a nettement progressé au sein de la classe moyenne, le coût des cours reste un frein important pour beaucoup — ce qui explique en partie les écarts de qualité que l’on peut observer.

Cela dit, il existe bel et bien de très bons endroits pour monter. J’ai rencontré de nombreux cavaliers qui ont vécu d’excellentes expériences, et j’ai moi-même suivi des cours dans plusieurs écoles locales que j’ai beaucoup appréciées.

Dans certaines grandes villes, on trouve aussi des clubs très exclusifs, souvent soutenus par des familles extrêmement aisées, dont les membres participent à des compétitions nationales — voire internationales. Ces structures disposent fréquemment de chevaux importés d’Europe, montés par leurs propriétaires ou proposés en location pour la compétition. Ce sont des options particulièrement intéressantes pour les cavaliers sérieux, ou pour ceux prêts à vraiment investir dans leur progression.

Quelques règles de base (non officielles, mais utiles)

Première chose : regardez les chevaux. Pas le site web. Pas Instagram. Les chevaux, les vrais.

Sont-ils en bon état ? Un poids correct, un poil sain, un regard éveillé. Si ce n’est pas le cas, inutile d’aller plus loin.

 

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Ensuite, observez leur comportement. Un cheval qui vit enfermé, sans interaction ni activité, finit toujours par le montrer. Certains deviennent agressifs, d’autres s’éteignent complètement. Dans les deux cas, ce n’est pas une bonne base.

Si vous ne savez pas reconnaître un cheval en bonne santé, prenez le temps de vous renseigner. Quelques connaissances de base changent tout — et les chevaux, eux, ne trichent pas.

Autre point important : les prix très bas doivent vous alerter. S’occuper correctement d’un cheval coûte cher. Si les tarifs sont dérisoires, quelqu’un en paie le prix — et c’est souvent le cheval.

Enfin, gardez en tête que vous avez plus d’influence que vous ne le pensez. Poser des questions, faire des remarques, suggérer des améliorations : tout cela peut réellement faire bouger les choses. Des cavaliers ont déjà contribué à améliorer les conditions de vie des chevaux simplement en s’exprimant — calmement, mais régulièrement. Et, soyons honnêtes, l’argument financier reste souvent le plus efficace.

Les alternatives (et elles valent le détour)

Si monter régulièrement vous semble compliqué, d’autres options existent — et certaines sont même exceptionnelles.

Les safaris à cheval, par exemple, notamment au Rajasthan. Ces structures accueillent souvent une clientèle internationale, avec des standards plus élevés en matière de bien-être animal. Et galoper dans ces paysages… difficiles de faire mieux.

 

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Autre possibilité : le bénévolat dans des refuges ou des ONG. Vous ne monterez pas forcément — beaucoup de chevaux recueillis ne sont pas en état de l’être — mais vous apprendrez énormément et participerez à une démarche utile. Et il arrive que certains chevaux, en cours de réhabilitation, aient besoin d’exercice.

Monter… ou s’abstenir

Certains passionnés choisissent de ne pas monter en Inde, pour des raisons éthiques. C’est une position parfaitement compréhensible. Si un lieu ne respecte pas ses chevaux, il est logique de ne pas le soutenir.

Mais avec un peu de connaissance et de discernement, vous pouvez aussi contribuer à faire évoluer les pratiques. Des cavaliers exigeants créent une demande différente — et cette demande, progressivement, pousse les structures à s’améliorer.

Ce n’est pas parfait. Ce n’est pas toujours simple. Mais ce n’est pas figé non plus.

Et qui sait — peut-être qu’un jour, au détour d’un galop dans la lumière du soir au Rajasthan, vous vous direz que, finalement, l’aventure en valait la peine.

 

 
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