Lundi 14 juin 2021
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Mohamed Drissi: "Après Broadway, Hong Kong m'a séduit"

Par Karine Yoakim Pasquier | Publié le 03/05/2021 à 18:10 | Mis à jour le 05/05/2021 à 00:34
Photo : Crédit@Mohamed Drissi
Mohamed Drissi comédie musicale Hong Kong

La comédie musicale est un art total, mêlant chant, danse et jeu d'acteur. Mais si on l'associe irrémédiablement à New York et à Broadway, Hong Kong aussi sait se prêter à ce type de spectacles. Pour mieux comprendre cet univers, nous sommes partis à la rencontre du chorégraphe Mohamed Drissi, qui fera danser la troupe d'Il jouait du piano debout en juin prochain. Portrait de cet homme au parcours atypique et au talent incontestable.

«J’ai commencé ma carrière en cachette.»

On le surnomme «Mister Musical», Mohamed Drissi est un Français qui a su faire chanter et danser Hong Kong et qui a vu son travail être primé à de nombreuses reprises. Né de parents tunisiens, il est originaire de Marseille, où il grandit aux côtés de sa famille. Mais, alors que ses copains s’enflamment pour le football et les activités en extérieur, il développe une passion atypique qui surprend ses proches: « J’ai toujours adoré la comédie musicale. Je regardais Fred Astaire et Gene Kelly… ces gens qui chantaient, dansaient, jouaient la comédie, qui savaient tout faire me fascinaient. C’était en moi dès mon plus jeune âge. »

Vers 16-17 ans, l’envie devient plus forte et Mohamed s’inscrit en secret à des cours de danse près de chez lui: « J’ai commencé par des cours de jazz, puis j’ai rajouté la danse classique. Je suivais ces cours en cachette. Puis, un jour, alors que ma belle-sœur me cousait un costume pailleté pour un spectacle, mon père est entré dans la chambre… C’est comme ça que mes parents ont découvert le pot aux roses. Ça les affolait, c’était un monde qu’ils ne comprenaient pas. »

 

Mohamed Drissi comédie musicale Hong Kong
En 2017, Mohamed recevant un prix pour sa contribution et son travail pour le développement de la comédie musicale à Hong Kong - Crédit@Mohamed Drissi

 

Malgré l’incompréhension de sa famille pour sa passion, Mohamed ne lâche rien. Il continue à se former, coûte que coûte. Puis, en 1981, alors qu’il entame des études de photographie, il entend parler de Matt Mattox, un grand nom de la comédie musicale, danseur et chorégraphe américain, qui est à la tête de l’école le Ballet Jazz Art à Perpignan: « Matt Mattox était l’une des figures mythiques de la danse jazz et de la comédie musicale. Il avait débuté à Broadway, joué dans de nombreux films à Hollywood, enseigné la danse jazz à la Joffrey Ballet School. Quand j’ai su qu’il avait une école, je n’ai pas hésité. J’ai annoncé à ma famille que je partais suivre une formation de photographie et de journalisme à Arles et j’ai commencé mes études de danse. J’ai passé cinq années fantastiques à m’entraîner aux côtés de Matt Mattox, à l’accompagner dans divers stages, en France et aux États-Unis. »

 

 

Quand Mohamed me parle de son ancien mentor, on sent l’admiration qui pointe dans sa voix: « Travailler avec Matt Mattox m’a ouvert de nombreuses portes. Tout au long de ma carrière, il a été mon père spirituel. »

« New York m'a apporté une ouverture »

Après 5 ans à Perpignan, Mohamed décide de partir pour de plus grands espaces et s’envole pour New York, le berceau de la comédie musicale. Il y reste 5 ans et se forme auprès des meilleurs: « New York, c’était le paradis de la comédie musicale. Chaque jour, je pouvais côtoyer tous ces artistes, voir des spectacles à Broadway, c’était fantastique! »

Mohamed embrasse donc ce nouveau monde qui s’offre à lui. Il découvre et approfondit de nombreux styles de danse, monte sur scène aux côtés de troupes locales et part en tournée au sein d’une compagnie de danse aux États-Unis. « New York m’a apporté une ouverture sur tous les styles de danse! Cela m’a passionné ! »

Après cinq ans à New York, le jeune homme repère une annonce pour un emploi à l’Académie des Arts de Hong Kong. Encouragé par un ami, il envoie sa candidature, sans y croire vraiment: « J’étais persuadé qu’ils ne m’appelleraient jamais. Je n’étais qu’un petit Français à New York. Pourquoi auraient-ils été intéressés par mon profil? Pourtant, j’ai été contacté pour un interview et j’ai donc débarqué à Hong Kong en juillet 1991 pour passer des entretiens… Je me souviens avoir atterri au milieu des immeubles. Puis, je suis arrivé à l’académie et j’étais subjugué. Les locaux étaient magnifiques. C’était grand et moderne. Je n’en croyais pas mes yeux. L’académie avait 4 théâtres et 14 studios. C’était intimidant! »

Après une semaine où Mohamed enchaîne les discussions et les cours à l’essai, il rentre à New York. Hong-Kong lui a plu, mais il est persuadé que ce n’était qu’une parenthèse. Pourtant, dix jours plus tard, un fax arrive contenant une proposition d’emploi pour septembre. « Ça a vraiment été un moment de panique… J’avais planifié de revenir à Marseille donner des cours et là, on m’offrait de déménager en Asie. Je me suis finalement lancé pour un an. Et en septembre, cela fera 30 ans que je suis ici. »

« J'ai monté la Cage aux Folles à Hong Kong »

Mohamed travaille pendant 14 ans à l’Académie des Arts, où il officie en tant que responsable de la section Comédie Musicale.

« L’un de mes souvenirs marquants, lors de cette période, me raconte-t-il, ça a été l’un de mes premiers spectacles. Nous montions une représentation pour le Barbican Theater à Londres et l’invitée d’honneur était la Princesse Diana. À la fin, en me serrant la main sur scène, elle s’est étonnée de me voir au milieu des artistes hongkongais. »  

En 2005, il décide alors de faire une pause et prendre un moment pour lui. Il s’envole pour l’Australie où il s’inscrit à la Queensland University of Technology, à Brisbane, afin de faire un Master en Drama, en parallèle à un diplôme universitaire en pédagogie de la danse.

Ses certificats en poche, il réfléchit à l’avenir: « Je pensais quitter Hong Kong. J’avais le projet de rentrer en Europe pour me rapprocher de ma famille. C’est à ce moment que j’ai été contacté par le Leisure and Cultural Service Department. Ils voulaient me proposer de développer la comédie musicale dans les écoles publiques de la ville. »

Mohamed accepte le challenge. Il fonde la Hong Kong 3 Arts Musical Institut (HK3AMI) et depuis 2006, il accompagne des centaines d’élèves du niveau primaire, secondaire et universitaire et les forme à la comédie musicale, aux côtés de leurs enseignants. « Chaque année, je gère entre 10 et 15 comédies musicales dans les écoles. L’objectif est de leur faire découvrir le monde du théâtre et de la musique, en pratiquant leur anglais. » En parallèle, Mohamed s’occupe également de 2-3 créations professionnelles par an, et est souvent invité pour donner des stages de Broadway Dancing en Chine, Taïwan, Inde, et dans d’autres pays d’Asie.

 

Mohamed Drissi comédie musicale Hong Kong
Lors du spectacle La cage aux folles, monté par le chorégraphe à Hong Kong - Crédit@Mohamed Drissi

 

Quand Mohamed me parle de ses étudiants, on sent la fierté qu’il ressent pour eux: « Certains ont même décidé d’en vivre… Cette année, nous préparons notamment une comédie appelée The white collar principle, qui a été composée par Jordan Cheng, un de mes anciens élèves, qui aujourd’hui travaille en tant qu’acteur, scénariste et chanteur. »

Jordan Cheng est en effet l’une des figures montantes de la comédie musicale à Hong Kong. Lauréat du prix Best Actor in a Musical au Toronto Theatre Critics Award 2018, il a également été nominé aux Hong Kong Drama Awards dans la catégorie « Meilleur acteur » en 2017 et a joué dans plus de 60 productions théâtrales à travers le monde: « En octobre, nous avons le projet de partir en tournée en Chine, avec ce spectacle. Nous espérons que cela pourra se faire. »

«Il Jouait du Piano Debout est un challenge»

En plus de ses nombreuses responsabilités, Mohamed participe cette année à la pièce Il jouait du piano debout, produite par le label N.A.B Musik HK, aux côtés de Nasthasia Faure, Justine Devisse-Mezrani et Lenny B.Conil.

« Il jouait du piano debout est le premier projet sur lequel je collabore avec la communauté française de Hong Kong et sur lequel je travaille avec des adultes amateurs. C’est un challenge pour moi. Mais, ce que j’apprécie, c’est l’énergie de la troupe, qui diffère de mes projets habituels et je m’enrichis de leur dynamisme. C’est une équipe très sympa qui travaille très dur. »

 

Mohamed Drissi comédie musicale Hong Kong
Mohamed et son équipe pour le spectacle Il jouait du piano debout

 

Lorsque je demande à Mohamed comment cette collaboration s’est mise en place et son rôle au sein de la production, il détaille: «C’est grâce à Lenny B.Conil que j’ai été contacté afin de joindre ce projet. Alors que Nasthasia, qui a initié le projet, s’occupe du chant, Lenny gère toute la mise en scène théâtrale. Je me charge de mon côté de la chorégraphie et j’accompagne également la troupe en tant que conseiller artistique.»

Si la pièce diffère un peu des comédies musicales classiques, Mohamed s’adapte: « La structure de la pièce est un peu différente des comédies musicales américaines que j’ai l’habitude de produire, où les participants jouent, dansent et chantent, sans distinction. Dans Il jouait du piano debout, chacun a son rôle spécifique. Nous avons des acteurs qui collaborent avec des chanteurs et des danseurs et ceux-ci doivent apprendre à se partager l’espace. »

Depuis le début de l’année, Mohamed coache et prépare donc un groupe de danseurs pour les représentations de juin: « La troupe est composée de Français, d’une Suisse-Italienne et de deux de mes élèves hongkongaises qui découvrent les chansons de Michel Berger au travers des danses! Elles ne comprennent évidemment pas les paroles, mais se laissent inspirer par la rythmique ! »

Avec ce projet, Mohamed apprécie de travailler avec des francophones: « À l’avenir, je souhaiterais monter un projet, avec des artistes hongkongais et français, qui mette en avant la richesse de la communauté locale. Hong Kong possède de vrais talents et il est important qu’on puisse les valoriser. J’aurais notamment envie de pouvoir proposer des spectacles professionnels pour enfants, des comédies musicales avec des acteurs français locaux, qui permettent ainsi de faire découvrir cet univers fabuleux à la jeunesse de Hong Kong, quelle que soit sa nationalité. »

Pour les amateurs, des tickets supplémentaires seront disponibles dès le mercredi 05 mai, 10h via le site d’Urbix, pour la comédie musicale Il jouait du piano debout, qui se jouera au City Hall Theater, les 4, 5 et 6 juin prochains.

 

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Karine Yoakim-Pasquier

Karine Yoakim Pasquier

Karine est Suisse francophone vivant depuis peu à Hong Kong. Elle tient un blog intitulé hotfonduepot.com, enseigne le français, vient de terminer son premier roman. Elle est Rédactrice en Chef du Petit Journal
1 Commentaire (s)Réagir
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Sandrine B mer 05/05/2021 - 22:56

Bravo lumineux Mohamed!!! 🌟

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