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Loïc Pasquet, créateur du vin le plus cher du monde : "Le goût du lieu avant tout"

L’ayant manqué de peu lors d’une de ses visites dans le Port des Parfums, j’ai eu finalement l'occasion d’interviewer une légende du monde du vin, grâce à un ami sommelier de Hong Kong. Bienvenue dans le monde original et exclusif de Loïc Pasquet, créateur d’un vin historique devenu en 10 ans le plus cher du monde.

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Écrit par Didier Pujol
Publié le 14 mai 2024, mis à jour le 14 mai 2024

A la recherche des cépages historiques

Parlez-nous de votre aventure et de Liber Pater 

Tout est parti de ma passion pour le vin. J’ai créé une première entreprise de négoce quand j’étais encore étudiant en ingénierie et à la sortie de l’école j’ai vite compris que je ne serais pas heureux comme ingénieur alors que le monde du vin m’attirait. J’ai alors cherché un haut lieu à Bordeaux et j’ai eu la chance de tomber sur ce qui était un ancien vignoble d’une famille sans héritiers, en fait un lieu qui a appartenu à Montaigne.

Retrouver le goût du lieu dans le vin

En 2006, nous décidé de replanter des vieux cépages historiques « franc de pied »* sur les territoires qui les ont vu naître. Notre idée n’est pas de faire de la souche variétale à base de Merlot ou de Cabernet pour obtenir un goût mais au contraire de retrouver le goût original du lieu dans le vin. Le Liber Pater est sur l’un des plus vieux sols de Bordeaux que l’on appelle l’anticlinal, soit 50 millions d’années, en comparaison des 8000 à 4 millions d'années des Bordeaux classiques.

Une finesse de vin exceptionnelle

En bord de forêt et aux portes de Landes de Gascogne, Liber Pater est le plus haut vignoble de la rive gauche, disposant d’une flore atypique. Le régime hydrique est très original, plutôt frais et arrosé, gélif avec des nuits très fraiches en été, ce qui donne de grands écarts jour-nuit, ce qui permet aux tanins de murir parfaitement et d’être très fins. Le fait d’avoir des francs de pied permet aussi une plus grande longévité des vins, la pureté et la précision du nez et de la bouche. On ne parle pas de vins « full body » avec Liber Pater mais au contraire d’une finesse et d’une élégance extraordinaires.

Le Liber Pater vieillit-il mieux qu’un vin classique ?

Ce vin vieillit en effet beaucoup mieux sur des périodes allant jusqu’à 150 ans comme on a pu le constater en comparant des crus de 1860 avec des 1960. Aujourd’hui les Bordeaux sont construits de toute pièce avec des micro-bulles, de l’oxygène, des goût rapportés par le bois des tonneaux alors qu’il fallait autrefois attendre 25 ans pour boire les vins de Bordeaux, selon des croyances selon lesquelles les Bourgogne se boivent jeunes et que les Bordeaux doivent vieillir pour être appréciés. Si on met du sucre, du sel dans de la farine, c’est mangeable et c’est finalement ce qui a été fait avec le vin en construisant artificiellement des goûts avec par exemple de la vanille ou du fumé grâce à la barrique. Or le vin doit avoir le goût de son terroir, de sa propriété comme c’est encore le cas en Bourgogne, qui a su préserver son authenticité. C’est pour cela que nous produisons en amphore et non en barrique afin ne pas dénaturer le goût du vin.

35 000 Euros la bouteille 

Le fait d’avoir le vin le plus cher du monde n’était pas un but en soi mais si vous voulez boire le vin que buvaient Napoléon et Joséphine, il n’y a que Liber Pater. Or ce vin ne représente que 10 millésimes en 20 ans et 500 bouteilles par récolte quand on produit soit 5000 bouteilles seulement en vingt ans, soit ce que produit Romanée Conti en un an. C’est donc négligeable sur le marché mondial et c’est ainsi que l’on arrive à son prix par le jeu de l’offre et de la demande. Aujourd’hui du fait des épisodes de gel et des maladies, nous produisons bien moins que la demande. A partir de 2015, du fait d’avoir tous nos cépages francs de pied a donc fait passer la bouteille à 35000 euros l’unité, ce qui est le plus élevé en sortie de cave pour un vin aujourd’hui.

Nous vendons désormais uniquement aux particuliers

Presque toute notre production est écoulée à l’étranger, avec seulement 12 bouteilles par pays lorsque nous passions par des importateurs du fait que lorsque nous décidons de produire. En fait, même sans mener d’action commerciale particulière, nous recevons des commandes individuelles du monde entier, dont l’Asie bien évidemment. C’est souvent l’occasion pour nous de leur proposer une visite de la propriété et de participer à des expériences exclusives de dégustation ou des dîners que nous organisons un peu partout.

L’aventure du vin historique continue en Europe

Je crois que vous continuez vos expériences de cépages historiques, n'est-ce pas?

Tout à fait. La mythologie veut que Dionysos, le Dieu du vin soit né sur l’île grecque de Naxos. Or, nous y avons retrouvé des vignes vieilles de 2-300 ans au milieu d’une forêt. Ce cépage est une variété historique de type Potamissi que tout le monde avait oublié. Nous avons recommencé à faire du vin à Naxos, rien que du blanc avec une première cuvée en 2021 à partir d’une parcelle de 2 hectares. Nous avons reconstruit une cave et prévoyons une offre touristique complète avec spa, remise en forme, autour du vin. De même que pour Liber Pater, la production de Donarius ne pourra jamais dépasser les 3000 bouteilles eut égard à l’authenticité du terroir que nous recherchons. Si nous nous développons, ce ne sera que par la recherche de haut-lieux en Europe et de nouvelles expériences de cépages historiques dans ces lieux, comme prochainement dans la Loire. A chaque fois il s’agit de micro-parcelles de 5 ou 10 hectares maximum.

* Franc-de-pied désigne les cépages autochtones n'ayant pas été "filtrés" par les porte-greffe américains introduits après la crise du phyloxera de 1850

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