À 45 ans, le Français Julien Chorier a remporté la 15e édition du Hong Kong Four Trails Ultra Challenge en 55 heures et 12 minutes. 298 kilomètres, 14 500 mètres de dénivelé, quatre sentiers enchaînés sans montre, sans assistance. Sur 26 partants, cinq seulement ont franchi la barrière des 60 heures. Rencontre avec un coureur qui a fait de la patience une arme.


Tout se joue dans la tête
Vous avez reçu l’information du départ seulement 12 heures à l’avance. Comment vous vous êtes préparé dans ce laps de temps ?
Il n’y a pas vraiment de préparation possible en 12 heures. En réalité, tout se joue dans la tête. J’ai essayé de faire simple : vérifier mon sac, fermer les yeux un peu, mais surtout accepter que je partais dans l’inconnu. Il a fallu finaliser l’heure du départ en voiture et mettre le réveil. La nuit a donc été assez courste avec le réveil à 2h30. Mais finalement, c’est presque libérateur… tu sais que tu ne contrôles rien, alors tu te concentres uniquement sur les faits.
Sur place depuis quelques jours, vous aviez fait des reconnaissances. Est-ce que ça suffit pour appréhender un parcours de 298 km ?
Les reconnaissances donnent des images, des sensations… mais sur 298 km, ça reste des fragments. J’ai privilégié les zones de transitions, d’utilisation des transports en commun pour ne pas être perdu en ville. La vraie course, elle commence quand la fatigue s’installe, quand les repères disparaissent. À ce moment-là, ce n’est plus le terrain que tu affrontes, c’est toi-même.
Se connecter à ses sensations
Pas de montre, pas de musique, pas d’antalgiques, pas de bâtons : quelles règles vous ont le plus affecté et lesquelles vous ont finalement le moins manqué ?
Pour la musique et les antalgiques, je ne les utilise pas en course, donc pas de souci. Les bâtons, j’ai tendance à préférer également quand ils sont interdits, plus simple pour tous. Au début, l’absence de montre est déroutante. On a l’impression d’être coupé de ses repères. Et puis, petit à petit, on se reconnecte à quelque chose de plus instinctif : les sensations, la lumière, le rythme du corps. Finalement, je crois que rien ne m’a vraiment manqué. Ça simplifie tout. Ça rend l’expérience plus brute, plus vraie. Mais heureusement que le téléphone était là en secours pour vérifié que je restais sur le bon chemin (malgré quelques petites erreurs).
Entre les sentiers, les transitions se font en voiture, en métro, en ferry. Comment on maintient la concentration dans ces ruptures totales avec l’effort ?
C’est presque irréel. Tu passes d’un sentier isolé à une rame de métro pleine de monde en quelques minutes. Le défi, c’est de garder un fil intérieur. De ne pas se laisser happer par l’extérieur. Tu restes dans ta course, même au milieu du bruit. Il s’agit également des seuls moments de repos que j’avais planifié, donc ça fait du bien. Sur 26 partants, seulement 5 finishers sous 60 heures.
Ne pas lutter contre la course mais avancer avec
Qu’est-ce qui fait vraiment la différence entre ceux qui passent la barrière et ceux qui s’arrêtent selon vous ?
Ce n’est pas une question de force pure. C’est une question de gestion, de patience, d’humilité. Accepter de ralentir, de douter, de s’adapter en permanence. Ceux qui finissent sont souvent ceux qui ont su ne pas lutter contre la course, mais avancer avec elle.
Hong Kong, vous connaissez depuis longtemps : Oxfam Trailwalker en 2012, HK100 en 2017, Translantau en 2023. Qu’est-ce qui vous attire dans ce territoire pour courir ?
Il y a quelque chose d’unique ici. Cette proximité entre la ville et la nature, cette humidité, cette densité… rien n’est jamais facile. Chaque sortie devient une aventure. C’est un terrain qui te pousse à rester humble. La communauté du trail est tellement accueillante, j’y prend vraiment beaucoup de plaisir.
Le film Four Trails permet de partager l'expérience
Le film Four Trails a élargi la notoriété du défi bien au-delà des cercles d’ultra-endurance. Est-ce que ça change quelque chose pour vous que ce type d’épreuve devienne plus visible ?
C’est une belle chose si ça permet de partager ce que l’on vit là-bas. Mais sur le terrain, rien ne change vraiment. La montagne, la fatigue, la nuit… elles, restent les mêmes. Et c’est ça qui compte. Et André met un point d’honneur à garder les valeurs du challenge et je respecte énormément ce choix. C’est ces valeurs qui m’ont données envie de faire le challenge et non le film.
Après Hong Kong, quels sont vos prochains défis ?
Pour l’instant, je suis en train de passer sur des projets à vélo. Toujours envie d’aventure sur environ 48h. Cela sera fin mai avec le Bikingman Corsica (1000km / 19000m+).


















