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L'emmerement, la nouvelle tendance à Hong Kong

A l'approche de Qingming, la fête du nettoyage des tombes, évoquons ce qui pourrait bien changer la relation de Hongkongais à la mort. L'archipel d'Hong Kong est en effet l'un des territoires urbains les plus densément peuplés au monde avec jusqu'à 150 000 habitants au km². On se faisait déjà incinérer par gain de place. Aujourd'hui on commence à se faire emmerer. Explications

Colombarium à Hong KongColombarium à Hong Kong
Columbarium à Hong Kong
Écrit par Juliette Robieux
Publié le 26 mars 2026, mis à jour le 1 avril 2026

«L'emmerement », une solution au manque de place 

Le manque de places et d'espaces à Hong Kong fait qu'il n’y a plus assez de terre pour enterrer les morts, ce qui a poussé le gouvernement à mettre en place depuis 2007 de nouveaux dispositifs pour les rites funéraires en proposant notamment des zones de dispersion des cendres accessibles par bateau. Dans un cadre précis : seules trois zones sont autorisées (est de Tap Mun, est de Tung Lung Chau, sud de West Lamma Channel). 

La loi impose aussi que seules les cendres du défunt et une poignée de pétales de fleurs naturelles puissent être jetées à la mer ; bougies, papier‑offrandes, nourriture ou autres objets sont formellement interdits. Cette nouvelle facon d’enterrer dans la mer, aussi appelé un «emmerement » n'est pas sans incidence sur les croyances et la culture locale.

 

Symbolisme de la dispersion à Hong Kong

Le gouvernement présente la dispersion en mer comme une « green burial », une pratique écologique et durable de « retour à la nature », qui s’inscrit dans une série de réformes du deuil depuis les années 1960 (promotion de la crémation, puis de la niche dans les columbariums). 

Cependant, dans la culture cantonaise, ce même geste peut être lu comme un désancrage spirituel. Traditionnellement, un « bon » mort possède un lieu fixe, tombe ou niche, où l’âme peut être visitée, honorée et protégée. Si les cendres sont dispersées sans espace identifiable, on craint que le défunt devienne un fantôme errant, une figure de malheur qui peut nuire à la descendance. Pour rassurer les résidents, le gouvernement, insiste pour que les cendres ne soient pas mélangées à celles d’inconnus, et qu’une dispersion contrôlée ne transforme pas le mort en « fantôme public ». Ce décalage entre les traditions et les nouvelles pratiques promut par le gouvernement se reflète dans les chiffres. En effet, même si les sépultures écologiques gagnent en popularité, (leur proportion à Hong Kong passant de 8,4% en 2014 à un record de 18% en octobre 2024, selon le secrétaire à l’Environnement et à l’Écologie), il y a moins de 900 personnes dont les cendres sont déversées en mer sur environ 50 000 morts à l'année. 

 

Politique des jardins du souvenir à Hong Kong

Au‑delà de la mer, la législation hongkongaise a aussi inventé des « lieux‑sans‑bloc » : des jardins du souvenir (Gardens of Remembrance) où les cendres sont dispersées sur des cailloux ou des plateaux symboliques, mais sans urne ni tombe individuelle. Ces jardins, gérés par le Food and Environmental Hygiene Department, sont au nombre de 13 et s’inscrivent dans une politique officielle de « green burial » lancée en 2011, censée alléger la pression sur les columbariums et les cimetières. L’État y a ajouté des dispositifs hybrides : une salle privée pour les rituels avant dispersion, un ferrier‑sculpture avec des boîtes aux lettres où les familles peuvent déposer des lettres à brûler, des petites plaques nom d’identification, ou encore des services en ligne pour encens virtuel.
 

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