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Déchets alimentaires : Je jette, donc je suis

Par Nelly Albérola | Publié le 15/10/2017 à 15:52 | Mis à jour le 16/10/2017 à 07:00
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S'il devait y avoir un concours du plus gros gaspillage hongkongais, l'alimentation arriverait la première. Chaque jour, 3382 tonnes de nourriture finissent à la décharge, représentant 33% des déchets solides municipaux de Hong kong, devant le papier (22%) et les plastiques (21%)*.
 

À la fin d'un repas entre collègues, je remarque que ma voisine n'a pas terminé son plat de nouilles. Curieuse, je lui demande : « Tu n'as pas aimé ? » Cette personne me répond alors : « Si, c'était délicieux, mais je ne finis jamais mes plats. » À Hong Kong, le geste est banal, 90% des 7,3 millions d'habitants admettant faire la même chose.


Dans une cité de l'opulence et de l'hyper-consommation, gaspiller sa nourriture semble signe de richesse. Si bien qu'en moyenne, le territoire produit 20 à 30% de déchets alimentaires de plus par rapport à ses homologues sud-coréens ou taïwanais. Soit plus de 3,000 tonnes de nourriture qui terminent, chaque jour, dans les décharges saturées de Hong Kong.

Sensibilisation

Pour enrayer le phénomène, le gouvernement s'est lancé, dès 2012, dans un vaste programme de sensibilisation de la population. Après la constitution d'un comité de pilotage pour la nourriture et la création d'un personnage animé (Big Waster), le bureau de l'Environnement a présenté son ''Plan déchets alimentaires 2014-2022'' dont l'objectif principal est « la réduction de 40%, par habitant, des déchets solides municipaux déposés dans les décharges, d'ici 2022 », en prenant 2011 comme base de comparaison. Un plan organisé notamment autour du don alimentaire, de la transformation des déchets en énergie (projets d'incinérateurs) et de la collecte des déchets pour être recyclés.

 

Big waste sensibilisation gaspillage déchets hong kong
Big Waster - programme du gouvernement Food Wise


Sur ce dernier point, beaucoup avancent le manque d'espace dans les habitations hongkongaises pour une poubelle supplémentaire uniquement destinée aux déchets alimentaires. Un faux-argument, selon Tracey Read, fondatrice de l'organisation environnementale Plastic Free Seas, qui rappelle que le tri n'augmente pas le volume des déchets. « Il vous suffit de mettre deux sachets, au lieu d'un, dans la même poubelle, pour séparer vos détritus. »

De son côté, le secrétaire pour l'Environnement, Wong Kam-sing, espère beaucoup de la future taxe sur les ordures ménagères, applicable dès 2019, pour « pouvoir observer une baisse significative des déchets solides. »

Recyclage

En attendant, la société civile est déjà en action, proposant de prendre en charge les restes, à toutes les étapes de l'aliment. À commencer par sa production : Travaillant dans le monde du recyclage depuis plus de douze ans, Shawn Ho a créé FoodCycle+, à Sheung Shui, dans les nouveaux territoires. L'entreprise de traitement des déchets se concentre notamment sur la récolte auprès des industries agro-alimentaires. « Depuis un an, nous proposons des litières pour chats à base de restant de soja provenant des usines de tofu. »

Le recyclage se joue également au niveau de la vente des aliments. Ou plutôt des excédents alimentaires. Depuis mars, la société Food Savior met en relation les restaurants et la clientèle. Via un site Internet, les établissements partenaires mettent en ligne leurs invendus, à prix réduit, à la fin des services. Une façon, pour chacun, d'y trouver son compte : les consommateurs obtenant des repas frais moins chers, et les distributeurs récupérant un peu d'argent sur un produit considéré comme perdu, réduisant par là-même le gaspillage.

« Les commandes ne sont pas énormes, mais régulières, reconnait Adrien Hay, co-fondateur de la société. Une chose est sûre : Le potentiel est clairement là. » Du même avis, Eddy Murcy travaille, lui aussi, sur un projet similaire baptisé FoodMonkey. Début juillet, la start-up, montée avec deux partenaires, a été acceptée à Science Park, l'un des hubs technologiques de Hong Kong. "Notre objectif est double : nous voulons réduire les déchets, mais aussi créer une communauté pour informer les Hongkongais de l'urgence de la situation."

Compost

Après la production et la distribution, vient la consommation, à proprement parler, des aliments. 

Le meilleur recyclage des fonds de casseroles et autres déchets alimentaires, reste, à ce jour, le compost. Les chanceux possédant un jardin peuvent se référer aux multiples tutoriels du net pour créer un bac. Pour ceux qui vivent dans des appartements sans balcon, ni terrasse, plusieurs entreprises proposent des solutions. À l'occasion du premier sommet sur l'avenir de la nourriture, organisé en août, à Central, la compagnie Oklin a lancé un tout nouveau composteur hermétique sur le marché hongkongais.

«De la taille d'un petit frigo, il peut contenir jusqu'à 5kg de déchets par jour, qu'il composte en moins de 24 heures, assure Rebecca Wong, directrice générale de l'entreprise, ajoutant que « le poids est réduit de 98%, ce qui, même si vous n'utilisez finalement pas le compost, sera toujours un plus avec l'arrivée de la taxe sur les déchets solides municipaux (prix au poids, Ndlr). » Enfin, pour ceux qui n'auraient vraiment aucune place disponible, les quelques 450 fermes organiques du territoire sont toujours prêtes à recevoir les déchets alimentaires pour nourrir leur propre compost.

Aussi minimes soient-ils, les efforts et solutions en place ont déjà des effets positifs : Selon le dernier rapport gouvernemental sur les déchets solides municipaux de l'année 2015**, le poids des déchets alimentaires, certes toujours conséquent, est en baisse de 7,1% par rapport à l'année précédente ; jusqu'à -8,1%, uniquement pour les ménages.

 

*Selon le bureau des statistiques du Département hongkongais de protection de l'Environnement.
**Rapport publié en décembre 2016 et révisé en avril 2017.

 

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Nelly Albérola

Nelly Albérola

Journaliste reporter d'images depuis 10 ans, Nelly a passé ses 7 dernières années à l’étranger. Couvrant l’actualité générale pour France 2, RTNH, des chaînes locales et la presse écrite, elle s’est spécialisée en journalisme environnemental
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