Les étudiants étrangers de Hong Kong prisonniers du Covid

Par Ayman Ragab | Publié le 23/03/2022 à 14:39 | Mis à jour le 24/03/2022 à 00:43
Photo : Wan Chai le mercredi soir
sortie etudiants hong kong

Les universités hongkongaises attirent chaque année des milliers d’étudiants étrangers venus passer un semestre, voire une année entière dans le Port de Parfums. Pour nombre d’entre eux, il s'agissait de venir étudier dans un cadre différent tout en explorant une autre culture. La propagation du variant Omicron et les décisions prises par le gouvernement hongkongais pour combattre l'épidémie ont quelque peu terni leur rêve.

"L'enseignement à distance limite les rencontres culturelles"

Irene, étudiante italienne de 23 ans, est arrivée à Hong Kong en janvier 2022 dans le cadre d’un échange semestriel à City University. Inscrite dans un cursus d’études asiatiques, Hong Kong représentait un moyen d’améliorer ses capacités linguistiques et de pouvoir de vivre pleinement la culture asiatique.

Après avoir passé trois semaines en quarantaine, elle a du revoir à la baisse ses attentes, la pandémie commençant à se propager rapidement à Hong Kong. Face à la montée des cas, les universités ont pour la plupart, indépendamment des choix du gouvernement, décidé de passer en enseignement à distance. Résultat, sans les classes en face à face, qui restent le lieu de socialisation principal des étudiants, ceux-ci peinent à se connaitre et à nouer des liens.

« Ces restrictions m’empêchent de rencontrer d’autres personnes, surtout les autres étudiants étant dans le même cursus que le mien. »

Avec le manque d'incitations à sortir et sans connaissances, beaucoup restent simplement chez eux pour assister aux cours en ligne.

Bien qu'étudier en ligne présente des avantages, les conséquences sociales sont assez néfastes comme l'explique Bert, étudiant belge en master de relations internationales à Hong Kong CityU : « Étudier à la maison me permet d'économiser sur le transport et me donne plus de temps pour étudier mais je préfère les cours en face à face, car étudier en ligne revient comme à regarder un documentaire. Il y a beaucoup moins d'interactions et c'est moins stimulant. Cela se traduit aussi par une moindre concentration ».

"Le manque cruel de contact humain pèse sur le moral"

Ce sentiment d'isolement exprimé par Irene est aussi partagé par Anne, étudiante en master de management international spécialisé en finance à Metropolitan University.

« Ce qui me manque, c'est de rencontrer du monde. Quand je suis arrivée, je rencontrais en moyenne 5 personnes par jour. Vers fin décembre tous les étudiants étrangers se connaissaient et on faisait beaucoup d'activités en groupes. C’était super enrichissant. »

De même, les rapports avec les Hongkongais ont changé : alors qu’elle appréciait de pouvoir échanger avec eux, c'est désormais moins facile. « Maintenant, avec le fait de limiter les groupes à deux dans les lieux publics, dès que tu approches quelqu’un, il y a une distance qui se créé directement. »

Anne regrette ces moments entre amis comme "manger dehors le soir à plusieurs, commander plusieurs plats pour tout goûter et partager, sortir ensuite boire des verres et se faire des souvenirs." De nombreuses activités prévues par son université ont aussi été annulées.

 

Night club hong kong
Un aperçu de la vie pré-restrictions d'Anne

 

Ses projets professionnels en également été bouleversés : après avoir trouvé un stage d'un an à Hong Kong et prévu de faire une année de césure, elle a finalement décidé de faire deux stages de 6 mois en France à la place car les restrictions lui ont laissé un arrière-goût amer de la ville : « Je ne pense pas revenir à Hong Kong avant cinq ans, et seulement pour des vacances. »

"Profiter de la nature permet de se changer les idées"

Même si les cours en ligne et les restrictions aux restaurants limitent les interactions sociales entre étudiants, il reste de nombreuses choses à faire.

« Je sais que je ne peux pas avoir une expérience à 360° à cause des restrictions, cependant je trouve de nombreuses autres façons de profiter de la ville ! » positive Irene. « Certes nous ne pouvons plus manger dans les restaurants ou faire la fête, mais nous sommes toujours en mesure de faire des randonnées, camper, ou bien simplement se balader dehors ! Hong Kong est une ville immense et il y a des milliers de choses que nous pouvons faire. »

 

etudiants faisant du surf Hong Kong
Malgré les restrictions, Irene peut toujours surfer

 

Elle termine en disant que même si les restaurants fermaient à 18h, il restait toujours l’option de commander à emporter et d’organiser des dîners entre amis.

« Je pense qu’il y a toujours des avantages à rester ici, et je souhaite rester aussi longtemps que la situation actuelle et que mon visa étudiant me le permettront. J’essaie de penser positivement et de me concentrer sur le fait que je sois dans un environnement chinois que j’adore. »

"Certains étudiants suivent les cours depuis la Thaïlande"

Mais face aux restrictions, un très grand nombre d’étudiants ont décidé de quitter le territoire pour suivre les cours depuis un autre pays d'Asie, considéré comme plus accueillant, vu que les cours et les examens sont en ligne jusqu'à la fin du semestre. « J’ai l’impression de perdre mon temps à Hong Kong quand ailleurs je pourrais reprendre une vie normale. » confie Anne. Comme beaucoup de ses camarades, elle quittera Hong Kong vers la fin du mois de mars pour la Thaïlande.

Quentin a 23 ans et est un étudiant suisse en business à HEC Lausanne en échange à City University. Si son échange devait durer un an au total, il ne sera resté au final que 7 mois à Hong Kong. Arrivé en août 2021, il a commencé à préparer son départ dès l'apparition des premiers cas et est parti dès que la tombée des restrictions : « Suite au premier cas de Covid, j'ai tout de suite craint les mesures que le gouvernement allait mettre en place. En effet, Hong Kong s'est fait connaître pour sa politique intransigeante en termes de santé publique tout au long de la pandémie. Or face à Omicron, j'ai vite compris qu'ils ne pourraient pas maintenir ce régime drastique. Aussi dès que le nombre de cas journalier a dépassé le maximum atteint lors des dernières vagues, j'ai décidé de partir. »

Bien que les préparatifs aient été relativement fastidieux, les tracas administratifs en valaient la peine. Il passe en effet un très bon moment dans le sud de la Thailande.

 

Les cours en ligne en Thaïlande
Les cours à la plage, la nouvelle norme pour Quentin

 

« Tous les étudiants en échange de mon université à Hong Kong sont également partis. Répartis en plusieurs groupes, nous nous retrouvons régulièrement à la plage, en soirée ou au restaurant. Maintenir un équilibre entre les études et la détente n'est en revanche pas toujours évident car lorsque l'on vit sur une île paradisiaque, la tentation de ne rien faire est grande. Néanmoins, être entouré de personnes dans la même situation permet de rester sérieux. Après avoir passé un premier semestre incroyable à Hong Kong, je ne regrette pas d'être parti. Hong Kong est une ville palpitante en temps normal, mais pas adaptée à des mesures aussi strictes. Le nombre de personnes ayant quitté le pays peut en témoigner. Pas étonnant, à l'heure où le reste du monde apprend à vivre avec le virus alors que la Chine s'enferme dans une voie sans issue. »

 

NDLR: depuis que ces témoignages ont été recueillis, la donne a radicalement changé à Hong Kong puisqu'il est prévu de relâcher rapidement les mesures de distanciation sociale, de réouvrir les lieux de rencontre et de diminuer par deux la durée de la quarantaine pour les voyageurs étrangers. Les vols doivent également reprendre à partir de tous les pays avec lesquels Hong Kong avait fermé sa frontière, dont la France.

 

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Ayman Ragab

Arrivé à Hong Kong en août 2021, Ayman est étudiant en Master à l'Université de Hong Kong. En parallèle à ses études, il propose ses talents de rédacteur à Lepetitjournal.com.
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Didier Pujol

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