Emilie Tran: « Créer un pont entre Hong Kong et la France »

Par Anaïs Joly | Publié le 21/04/2022 à 13:21 | Mis à jour le 22/04/2022 à 13:57
Photo : Courtesy of Emilie Tran
photo d'Emilie Tran

Emilie Tran est professeure à l’Université Baptiste de Hong Kong depuis 2016, et directrice du programme d’études européennes de HKBU depuis février 2021. Elle est aussi engagée auprès de la communauté française de Hong Kong, dans le cadre de son second mandat de Conseillère des Français à l’étranger. Nous sommes allés à la rencontre de cette femme au parcours interculturel atypique.

Née au Cambodge et d’origine chinoise, Emilie Tran a dû fuir son pays natal pour survivre au génocide perpétré par les Khmers et a trouvé l’asile en France, où elle a grandi et fait sa scolarité. Elle a ensuite fait carrière en Chine, entre Macao, Shanghai et Hong Kong. Elle nous raconte comment sa double culture a influencé son travail vers la création de doubles diplômes entre la France et Hong Kong.  

Une femme engagée pour la communauté à Hong Kong 

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

Je suis arrivée pour la première fois à Hong Kong en 2000, propulsée par une bourse du gouvernement français afin de poursuivre ma recherche de doctorat. Je me suis ensuite installée à Macao, où j'ai commencé ma carrière d’enseignant chercheur à l’université.

Mon engagement envers la communauté française a commencé lorsque suis devenue cheffe d’îlot jusqu’à ce qu’en 2014, je sois appelée à rejoindre une liste consulaire Hong Kong – Macao. Je suis revenue en 2016 à Hong Kong pour devenir coordinatrice de la branche française pour le département d’études européennes de la HKBU. Par la suite, j'ai été promue directrice du programme d’études européennes, comprenant les branches française et allemande. Après m’être établie à Hong Kong, j'ai pris la tête de la liste consulaire en 2018, avant d'être élue pour un second mandat en 2021.

Les doubles diplômes constituent une valeur ajoutée

Pouvez-vous nous parler des programmes d'étude que vous avez initiés ?

À mon arrivée à Hong Kong Baptist University, j'ai souhaité faire évoluer le programme d’études européennes, pour correspondre aux attentes du marché de l’éducation. Dans le programme classique d’études européennes, en effet, les étudiants hongkongais optent pour un apprentissage renforcé du Français ou de l’Allemand et au travers de la langue, reçoivent des enseignements tels que l’histoire, la civilisation et la politique des pays européens.  

Or l’expansion des doubles voir triples diplômes faisait qu'il me paraissait nécessaire de changer la formule en place à HKBU. J'ai donc utilisé mon expérience dans ce domaine et coordonné deux projets de doubles diplômes entre HKBU et les écoles Sciences Po de Lyon et de Bordeaux. Le choix de partenariat avec ces école s'est imposé naturellement, du fait d'accords d’échanges existants pour l’année de mobilité des étudiants.

« Le diplôme est accessible depuis Hong Kong et la France »

Quelle est la différence entre ce double diplôme et les accords d'échanges classiques ?

Lorsque les étudiants hongkongais en études européennes suivent la voie traditionnelle, ils effectuent leur 3ᵉ année en échange avec des universités francophones. Désormais, ils ont aussi la possibilité d’intégrer un double diplôme avec Sciences Po Bordeaux ou Science Po Lyon. Les doubles diplômes ont la particularité d’être « croisés », c’est-à-dire qu’ils sont accessibles à la fois aux étudiants hongkongais et français (en admission post-bac).

Les deux doubles diplômes ont néanmoins des structures bien différentes :

Les étudiants en double diplôme HKBU-Sciences Po Lyon effectuent leurs deux premières années de manière classique, au sein de leur institution mère (Sciences Po Lyon pour les Français et HKBU pour les Hongkongais). Ils partent ensuite en échange à Hong Kong ou Lyon, reviennent en 4ᵉ année pour finalement passer leur 5ᵉ et dernière année d’étude dans l’université partenaire.

Quant aux étudiants en double diplôme HKBU-Sciences Po Bordeaux, ils effectuent tous, Français et Hongkongais inclus, leurs deux premières années à Hong Kong et leur 3 dernières à Sciences Po Bordeaux.

A la fin de leurs études, les étudiants reçoivent le Diplôme de Sciences Po Bordeaux ou Sciences Po Lyon, ainsi que le Diplôme de Hong Kong Baptist University.

« Ce parcours crée un pont entre Hong Kong et la France »

Aujourd'hui, de quoi êtes-vous la plus fière ?

En 2020, j'ai été nommée au grade de Chevalier de l’Ordre des Palmes Académiques. Cette distinction est accordée par le ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, pour récompenser la précieuse contribution d’enseignants et d’universitaires. Enfin, en 2021, j'ai reçu le prix de performance exceptionnelle dans l'enseignement, remis par la présidence de HKBU pour la création de ces deux doubles diplômes. Pour moi, cette reconnaissance revêt un caractère particulier, car je suis, de par mon histoire familiale, à cheval entre la culture asiatique et française. Je suis donc particulièrement heureuse de pouvoir offrir cette opportunité d’ouverture au monde et de pont entre deux civilisations aux étudiants hongkongais et français.

Sur le même sujet
0 Commentaire (s) Réagir

Soutenez la rédaction Hong Kong !

En contribuant, vous participez à garantir sa qualité et son indépendance.

Je soutiens !

Merci !

Didier Pujol

Rédacteur en chef de l'éditon Hong Kong.

À lire sur votre édition locale