Elisabeth : "Je vis depuis 42 ans à Hong Kong"

Par Didier Pujol | Publié le 12/06/2022 à 13:34 | Mis à jour le 13/06/2022 à 04:43
Photo : Skyline de Hong Kong en 1980 photo@Wikipedia Commons
hong kong 1980

Elisabeth est arrivée en 1980 à Hong Kong et fait partie des Françaises installées depuis le plus longtemps dans le Port des Parfums. À ce titre, nous avons voulu savoir comment elle avait vécu les importants changements intervenus à Hong Kong depuis son arrivée, tant au niveau politique que de mode de vie. Retour sur ces 4 dernières décennies vécues par une Française amoureuse de la ville.                                            

"Ma fille et ma petite-fille sont nées à Hong Kong"

Pourriez-vous nous expliquer dans quelles conditions vous êtes arrivée à Hong Kong ?

Mon mari, Britannique, et moi sommes arrivés à Hong-Kong en provenance de Londres. Mon mari a pris la direction d'une banque privée américaine.

Qu’est-ce qui vous lie à ce territoire ? Qu’appréciez-vous à Hong Kong ?

Oserais-je simplement dire : ma vie .... ma fille Marine est née à Hong-Kong, il y a 38 ans. Ma petite-fille est née à Hong-Kong il y a plus de 3 ans et 1/2. Marine a également épousé un Britannique qui lui-même est né à Hong-Kong.

"Hong Kong semblait alors une destination lointaine"

Qu'est-ce qui a changé depuis 42 ans ?

Les voyages n’étaient pas aussi faciles qu’aujourd’hui. Nos retours sur la France n'étaient que 2 fois par an. Avec un seul vol Cathay Pacific une fois par semaine. Après 3 ou 4 escales et 22 heures de vols, nous rentrions de France, chargés de produits français. La vie a tellement changé depuis cette époque avec Internet, Skype et Whatsapp. Nous avons notre pays au bout des doigts. On ne se rend pas compte qu’il y a 35-40 ans, Hong Kong faisait figure de pays lointain. Notre installation à Hong-Kong fut d’ailleurs l'occasion pour ma famille et amis de découvrir cette ville qui gardait encore une part de magie orientale. Seul le téléphone permettait de prendre des nouvelles des proches restés en France. Et puis Air France, Cathay Pacific ont accéléré les rotations au point qu’il m'est arrivé de rentrer pour un long week-end. Évidemment, aujourd’hui, avec les quarantaines, c’est un vrai retour en arrière.

 

hong kong 1980
Hankow Road en 1980 Photo@Wikipedia Commons

"Le monde de la colonie britannique était très codifié"

En quoi le mode de vie était-il différent d'aujourd'hui ?

Hong Kong était une colonie britannique. Aussi, les produits français n'étaient pas aussi faciles à trouver qu'aujourd'hui. Je me souviens rapporter dans mes valises des produits étrangement introuvables comme des serpillières, du savon de Marseille, des médicaments, des revues et journaux, du lait en poudre, du sel de Guérande, de la moutarde de Dijon, voire même une boite isotherme contenant un canard congelé que des fermiers m'avaient préparé.

Vous faites partie des premières femmes admises au Hong Kong Club. Pouvez-vous nous en parler ?

Cela remonte à 1997-1998 si je me souviens bien. C’était une grande innovation pour ce club si "Britannique" : les bars et la bowling alley ont été ouverts aux femmes. Je me souviens être une des premières femmes rentrées dans le bar avec une amie. Notre but fut, d'une manière discrète de parler de couches et biberons mais visiblement ces messieurs n'étaient pas habitués à la compagnie féminine en ce lieu. C’était vraiment un événement pour cette société alors très codifiée.

 

Hong Kong Club
Le très traditionnel Hong Kong Club Photo@Hong Kong Club

L'ouverture de la Chine, les boat people vietnamiens, la Rétrocession...

Quels événements ont marqué votre vie à Hong Kong ?

Il y a eu mon premier voyage à Pékin au mois de décembre 1980. C’était vraiment le début du développement de la Chine. Rien à voir avec Hong Kong à l’époque. Quelle expérience ! Je suis ensuite partie au Cambodge en 1992, alors que les Khmers Rouges sévissaient encore à Siem Rap. Enfin, entre 1993 et 1995, j’ai fait des voyages au Vietnam tous les samedis pour accompagner des réfugiés boat people qui devaient rentrer par décision du gouvernement qui préparait le terrain en vue de la Rétrocession de 1997. Lorsque mon mari et moi nous sommes séparés alors que ma fille avait 3 ans, j'ai décidé de rester à Hong Kong afin que mon mari puisse la voir aussi souvent que possible. Depuis, j’ai plaisir à la voir construire sa vie de femme ici.

 

"Hong Kong est une ville inégalable et les voyages vont reprendre"

Comment voyez-vous l’avenir du territoire ? Hong Kong va-t-il à nouveau se relever après ce nouvel épisode pandémique et la crise politique ?

Hong-Kong reste toujours une ville inégalable tant qu'à son efficacité et il m'est impossible d’envisager de partir, même si beaucoup de membres de ma famille et de mes amis me suggèrent de rentrer.  Mais pour aller où ? La France ne m’attire pas à cause du climat d’insécurité, entre autres. Attendons, soyons patients et nous allons pouvoir re-voyager et découvrir.

Quel message aimeriez-vous adresser aux nouveaux arrivants à Hong Kong ? Que faut-il savoir et quel état d’esprit faut-il avoir selon vous ?

S’y installer bien sûr. Savoir accepter les contraintes qui sont assez rigoureuses depuis 2 ans. Il faut savoir que nous sommes en Chine et qu'il faut savoir également oublier les réactions "franco-françaises". Les lois sont à respecter et ainsi la vie est très enivrante. Il faut également se dire que nous pouvons TOUT trouver à Hong Kong. En un mot, avoir le "meilleur des 2 mondes". Ce qui est extraordinaire c'est que Hong Kong soit le "hub" avec tant de pays d'Asie et Océanie.

Didier Pujol

Didier Pujol

Passionné de culture chinoise et présent en Chine depuis 2011, Didier a publié de nombreux articles sur la Chine avant de reprendre la direction de l'édition Hong Kong comme directeur et rédacteur en chef.
1 Commentaire (s) Réagir
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yodap16 lun 13/06/2022 - 09:42

Mémoires assez émouvantes (et comprehensibles) d’une Gweïlo à coté de la plaque.

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Didier Pujol

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