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TERESA ET JONATHAN COLEMAN – Sauveurs de patrimoine

Écrit par Lepetitjournal Hong Kong
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 17 juin 2015

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A Lan Kwai Fong, entre bars branchés et clubs privés, un couple de collectionneurs britanniques résiste aux effets de mode et poursuit une ?uvre entamée en 1982. Teresa et Jonathan Coleman ont dédié leur vie aux textiles chinois anciens. Grâce aux multiples étoffes précieuses rachetées aux quatre coins de Chine, frère et s?ur ont acquis au fil des ans une réputation internationale de marchands d'art d'Extrême-Orient.

Au 55 Wyndham street, les deux espaces qui composent la galerie Teresa Coleman suffisent à peine à héberger l'immense collection amassée depuis plus de trente ans par Teresa et Jonathan. Depuis 1982, Teresa Coleman Fine Art Limited abrite une incroyable vitrine de textiles, d'accessoires et de costumes anciens chinois qui ne cesse de s'enrichir, tandis que la petite dernière, The Tibetan Gallery (créée en 1993) regorge d'objets d'art tibétains (bronzes, thangkas, peintures bouddhiste, tapis anciens).

Chifu, robe dragon en satin de soie bleu portée par l'empereur de Chine vers 1870

Sauveurs de patrimoine, voilà un titre dont les Coleman pourraient bien se targuer, s'ils n'étaient si modestes. Si ces deux amateurs d'art ne s'étaient en effet pris de passion pour les étoffes chinoises anciennes dans les années 70-80, il y a fort à parier que bien des pièces de cet héritage auraient aujourd'hui disparues dans les oubliettes de l'Histoire.

Après la révolution de 1911 et la chute du dernier empereur Pu Yi,  héros du célèbre film de Bertolucci, les soieries des palais impériaux comme les costumes traditionnels ont été dispersés à travers le monde. La jeune République de Sun Yat-sen, en quête de devises, a très vite mis en vente les tissus précieux de la Cité interdite, dont beaucoup ont alors quitté la Chine. Il est donc presque miraculeux de voir aujourd'hui une partie de ces pièces réunies aux portes de la République populaire.

Une garde robe impériale

Les collections de Teresa Coleman sont avant tout célèbres pour ses nombreux vêtements ayant appartenu à des courtisans ou à des membres de la famille impériale de la dynastie Qing, la dernière dynastie régnante. Plus rares sont ceux remontant aux Ming, leurs prédécesseurs.

Parmi les nombreux trésors collectés par les deux galeristes, on trouve ainsi un manteau de cour des empereurs mandchous, le Chi Fu, un paletot aux manches évasées finement brodé de fils d'or sur soie jaune. A la cour de Pékin, seul le fils du ciel était autorisé à porter la couleur du soleil agrémentée de l'emblème du dragon, décliné en neuf broderies, sur tous les pans de son vêtement, envers compris.

Robe de femme en soie rouge brodée de narcisses et de papillons - vers 1860

Mais le clou de la fabuleuse collection de Wyndham Street sont sans nul doute les éventails faits main, que l'on compte par dizaines. Accompagnés de leur boite d'origine, ces accessoires initialement destinés à l'export constituent un fond d'articles de luxe unique que leurs propriétaires se font un plaisir de dévoiler aux amateurs, sur rendez-vous.

Une bibliothèque de soie et de coton

Il n'est d'ailleurs pas rare de croiser chez Teresa Coleman, outre les collectionneurs, un historien de l'art, un décorateur ou un costumier. Les studios de cinémas empruntent en effet souvent à la galerie des pièces pour leurs productions historiques ou viennent y chercher les détails d'un costume dans les archives. La galerie dispose désormais d'un catalogue numérique haute définition, un projet titanesque qui ne cesse de grandir.

Teresa Coleman Fine Arts Ltd fait d'ailleurs aujourd'hui office de centre de documentation pour motifs et techniques de broderies anciens. Car, si les pièces d'exception y tiennent la place d'honneur, on y trouve aussi quantités d'habits traditionnels (bavoirs, bonnets, bandeaux de têtes, châles, jupes et bas), de tentures murales et de soieries qui ornaient jadis les meubles et les maisons. Des parures complètes ou lacunaires, des manches, des cols, des pourpoints ou encore des chaussures dépareillées, que les Coleman rassemblent dans l'espoir d'une éventuelle reconstitution.

Eventail chinois en ivoire et carapace de tortue fabriqué pour l'export Canton vers 1860

Mais, au terme de ces trente années de collectionnite effrénée, Teresa et Jonathan sont aujourd'hui inquiets de l'avenir de ce patrimoine. Ils craignent que cet ensemble précieux, unique ne soit de nouveau dispersé aux enchères. Alors quelle solution pour éviter l'impensable ? La fratrie Coleman n'a plus maintenant qu'un seul espoir : qu'un mécène offre un nouvel écrin à cette collection muséale.

Mathilde Rondouin (www.lepetitjournal.com/hong-kong) mercredi 17 juin 2015

lpj 20
Publié le 16 juin 2015, mis à jour le 17 juin 2015
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