Comment expliquer le dérèglement climatique en Asie et à Hong Kong ?

Par Patricia Herau-Yang | Publié le 17/05/2022 à 16:41 | Mis à jour le 18/05/2022 à 11:00
Photo : Brouillard sur Hong Kong le 5 mars 2022
brouillard hong kong

Fermeture des écoles alors que l’averse est passée, changement express de couleur des alertes de l’observatoire hongkongais, journée la plus froide depuis plus de 100 ans le 2 mai… Que se passe-t-il cette année à Hong Kong ?

 

Le dérèglement climatique à l’œuvre à Hong Kong ?

Cela fait en effet plusieurs mois que la météo n’est pas « normale » à Hong Kong. Et ce n’est pas qu’une impression. Les comptes-rendus mensuels détaillés de l’observatoire nous le disent.

En février, c’était un mois « bien plus froid qu’habituellement, avec une moyenne de 15.2 degrés, soit 1.9 degrés de moins que la norme ». La mousson d’hiver s’est en effet attardée sur le sud de la Chine, amenant de la pluie continue entre le 19 et le 22. Résultat : 168.5 mm de pluie soit 4 fois plus que la normale (38.9 mm).

On l’a déjà oublié, mais mars avait battu tous les records de chaleur, 25.0 degrés au maximum, 3.1 degrés de plus que la norme, soit le record historique. La moyenne mensuelle à 21.5 degrés remporte la médaille d’argent. La pluie était pourtant au rendez-vous, 92.7 mm (23% au-dessus de la norme), et un total cumulé depuis janvier de 265.3 mm, 80% au-dessus de la norme.

 

Dérèglement climatique à Hong Kong
Hong Kong dans nos rêves (photo@MaxPixel.net)

 

En avril, la tendance était au chaud (23.7 degrés) et très sec. On n’a vu que peu de pluie à Hong Kong : 3.5 mm soit 2% seulement de la norme, et un record historique de sécheresse. Le soleil a brillé 191.1 heures sur le mois, soit 69% au-dessus des 113.2 heures standard, 5ᵉ record historique.

Le joli mois de mai a commencé fraîchement : le 2 mai était celui de tous les records, puisqu’avec une température minimum de 16.4 degrés, Hong Kong enregistrait juste la température la plus basse depuis 1917. Depuis quelques jours, Hong Kong est sous le brouillard et la pluie.

 

 

 

 

Ce phénomène est-il local ? Régional ? Ou voit-on à l’œuvre le dérèglement climatique ?

Des records de chaleur en Inde

La cause des mouvements inhabituels des masses d’air sur le sud de la Chine est sans doute à trouver en Inde. L’Inde est en effet affectée par une vague de chaleur sans précédent, et mars a tout simplement été le mois le plus chaud en Inde depuis 122 ans.

"La moyenne mensuelle était de 33.1 degrés, encore au-delà du mois de mars 2010 déjà tout à fait hors norme avec 33.09 degrés," d’après le India Meteorological Department (IMD). 56 records météorologiques ont ainsi été battus en Inde sur ce seul mois.

La canicule a continué tout le mois d’avril. Certaines régions d’Inde ont connu des températures habituellement observées au plus chaud de l’été. Les 45 degrés ont été dépassés à Haryana. Le 28 avril, Gurugram enregistrait 45.6 degrés. Des alertes ont ainsi été régulièrement lancées par les IMD régionaux. De nombreuses régions étaient en alertes le 2 mai (alors même que les Hongkongais ressortaient leurs pulls). On évoque la possibilité d’atteindre bientôt 47 ou 48 degrés au Rajasthan.

Le météorologue RK Janamani indique que c’est en fait tout le subcontinent, y-compris l’Himalaya, qui connait une vague de chaleur. Les masses d’air humide et plus frais, venues d’ouest, ne sont pas au rendez-vous. Les énormes masses d’air chaud et sec (anticycloniques, à forte pression) actuellement sur le subcontinent empêchent les moussons d’Asie du Sud-Est de circuler normalement.  

Qu’en sera-t-il de la mousson attendue depuis la péninsule arabique sur l’Ouest de l’Inde? Celle-ci est guettée par des foules sur les bords de mer au Kerala. En Inde, trop peu de pluie présage mal des récoltes. Entre pression sur les céréales liée à la guerre en Ukraine et météo franchement hostile, l’Inde a annoncé interdire tout export de grain ce 14 mai.

 

Dérèglement climatique à Hong Kong
En attendant le MTR (photo@Pxfuel)

 

Dérèglement climatique et tendances de fond

Leung Wing-mo, ancien directeur adjoint de l’observatoire, cité dans le SCMP, explique la situation à Hong Kong comme le passage de l’hiver à l’été sur toute l’Asie du Sud-est. Interrogé suite à la froide journée du 2 mai, il indique : “Avec le réchauffement climatique à l’international, des journées froides en mai seront de plus en plus rares, et des températures élevées vont être de plus en plus fréquentes. Ce sont les températures élevées qui nous inquiètent. On peut donc dire qu’un temps froid en mai est une bonne nouvelle ».

Cependant, les météorologues n’affichent pas des positions unanimes sur la cause profonde de ces variations météo : dérèglement climatique ou pas ? L’observatoire de Hong Kong indique dans sa page que la tendance de fond reste une élévation des températures entre mai et juillet sur le sud de la Chine. Les modèles climatiques indiquent aussi que les précipitations sur la période devraient être relativement faibles, avec peu de masses d’air humide.

L’été à Hong Kong s’annonce ainsi chaud et plutôt sec. On va enfin pouvoir profiter des terrasses et plages rouvertes.

pat

Patricia Herau-Yang

Patricia a passé de nombreuses années en Chine, exercé le métier de traductrice français-chinois. Depuis son arrivée à Hong Kong, elle s'est mise au cantonais et à la randonnée. Elle contribue à Lepetitjournal.com sur le volet culturel, entre autres...
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Didier Pujol

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