Biopic sur Simone Veil : quid de l'avortement à Hong Kong ?

Par Chloé Salmon | Publié le 12/10/2022 à 15:14 | Mis à jour le 17/10/2022 à 02:55
Photo : Simone Veil @Marcel. Li Saenz
simone veil

Avec la sortie mercredi 12 octobre de Simone Veil, le voyage du siècle, signé Olivier Dahan, le réalisateur nous rappelle que le combat pour le droit à l’avortement est toujours d’actualité. Plus loin que la France, plongeons-nous dans la situation de l’avortement à Hong Kong entre dépénalisation, coût et mœurs.

Simone Veil, le voyage du siècle, Olivier Dahan (2022)

Après La Môme (2007) et Grace de Monaco (2014), Olivier Dahan revient avec un nouveau biopic, sur la femme à qui nous devons l’avortement. Simone Veil, figure politique iconique, de naissance Simone Jacob, est d’origine juive. Ella a été déportée lors de la Shoah à 16 ans mais en a été rescapée pour devenir une politicienne d’exception. En 1974, alors ministre de la santé (sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing), elle a été chargée de décriminaliser l’Interruption Volontaire de Grossesse (IVG). Elle proposa devant une assemblée exclusivement masculine une dépénalisation de l’avortement, projet de loi, communément surnommée la « loi Veil ». Loin d’obtenir la majorité, après un long débat, la loi est adoptée en 1975. Si d’autres avancées ont marqué l’Histoire du combat pour l’avortement comme sa gratuité en 1982, ou sa stabilisation en 2008, la loi Veil incarne le combat féministe français et ses succès de façon irréfutable. Madame Veil, cette grande dame, jouée par Elsa Zylberstein, dans ce biopic, nous amène à réfléchir sur l’actualité de la situation de l’avortement, plus qu’en France mais également à Hong Kong.

Les deux types d’avortement

Petite piqure de rappel, il y a deux types d’avortement peu importe le pays : l’avortement médicamenteux et le chirurgical.

 

Médicamenteux

Chirurgical

Comment ça se passe

La femme prend 2 pilules (une de Mifépristone un de Miloprostone).

La grossesse sera « expulsée », lors de crampes au ventre et de sérieux saignements vaginaux.

Le foetus est retiré suite à une perforation de l'utérus par un.e professionnel.le à travers une opération.

Une anesthésie est nécessaire.

Avantages

  • Moins invasif
  • Efficace à 95%

 

  • Efficace à 99,7%

Inconvénients

  • Efficace seulement lors d’une grossesse précoce
  • Certaines femmes sont allergiques à ces médicaments

Comme pour toutes opérations, le risque 0 n’existe pas (mort, cicatrices, stérilité, conséquences psychologiques…).

 

L’avortement est-il légal à Hong Kong ?

A Hong Kong une femme peut décider d’avorter jusqu’à 10 semaines en avortement médicamenteux et jusqu’à 24 semaines de grossesse par avortement chirurgical. Par comparaison, en France l’avortement n’est autorisé que jusqu’à 14 semaines en chirurgical et 7 en médicamenteux. Pour les mineures, l’autorisation parentale est nécessaire pour avorter à Hong Kong, contrairement à la France.

Avorter à Hong Kong est légal jusqu’à 24 semaines, soit 6 mois, et au-delà si la grossesse représente un risque physique ou psychologique pour la femme ou l’enfant. L’aspect psychologique inclue les victimes de viol ou d’inceste si l’agresseur est reconnu comme tel pendant les 24 semaines suivant les dernières règles de la femme enceinte. Sans poursuite judiciaires si la femme ne représente pas de risques physiques, l’avortement lui est refusé. Les dangers physiques eux incluent, de sauver la femme de la mort ou si l’enfant pourrait souffrir d’un handicap sévère. Dans ce cas là deux médecins désignés, dont un responsable de l’avortement, doivent signer les formulaires gouvernementaux sur l’avortement 1 et 3. Les médecins référents se trouvent facilement au planning familial, au département de la Santé ou se chez un particulier.

Où avorter à Hong Kong et comment ?

A Hong Kong on ne peut avorter que dans 19 cliniques désignées. Avorter en dehors est interdit. Le docteur et la patiente risquent jusqu’à 7 ans d’emprisonnement. Comme en France, l’avortement est obligatoirement pratiqué chez des professionnels de santé. Les lieux les plus courants parmi les 19 désignés restent, le planning familial, les hôpitaux publics et les cliniques privées.

Le Planning Familial, ne propose la plupart du temps qu’un avortement médicamenteux mais peut se porter référant pour un avortement chirurgical. L’avortement au Planning familial requiert, un pré-rendez-vous de discussion et d’examen avant de diagnostiquer la méthode nécessaire. En fonction de sa période de gestation, la femme se verra préconiser les pilules de Mifépristone et de Miloprostone ou rediriger vers l’hôpital public si sa grossesse dépasse les 10 semaines. Le coût s’élève aux alentours de 5,000hkd. Dans certains cas le Planning Familial propose l’avortement chirurgical pour 7,400 hkd, mais cela reste rare.

Addresse: 130, Hennessy Road, Wan Chai

Tel: 2575 4477 

Les hôpitaux publics sont les options pour un avortement chirurgical, les plus abordables. Il ne faut compter « que » 1,000 hkd pour une chirurgie dans le public. Mais, malheureusement le temps d’attente est relativement long. Il faut en effet, pour une femme désirant avorter, patienter 3 mois avant son premier rendez-vous et elle devra assister à d’autres consultations avant la chirurgie finale.

Pour un avortement plus rapide, le coût varie entre 20,000 et 50,000hkd et il faudra se diriger vers les cliniques privées.

La difficulté des classes sociales défavorisées à avorter 

Il est facilement déductible, que les classes sociales les plus pauvres ont un accès limité à l’avortement. 50,000hkd pour interrompre une grossesse, n’est pas à la portée de tout le monde. L’accès difficile à un avortement bon marché, creuse encore plus grandement le fossé entre les différentes classes sociales. C’est donc pour cela que les avortements illégaux sont toujours d’actualité à Hong Kong, et ce, malgré sa légalité.

Les mœurs autour de l’avortement à Hong Kong 

Hong Kong, est ne l’oublions pas grandement influencée, par le Bouddhisme d’un côté et le Christianisme de l’autre. La région administrative reste très conservatrice. De nombreuses femmes témoignent de la difficulté au-delà de financière mais aussi sociale à avorter à Hong Kong. Même les infirmières/infirmiers culpabiliseraient selon certains témoignages les femmes avortant. Il faut garder à l’esprit que dans les mœurs hongkongais la sexualité, d’autant plus féminine reste très tabou. Une femme se doit de ne pas « coucher à droite à gauche ». Et beaucoup considèrent qu’une jeune célibataire enceinte aurait dut être plus prudente, que l’avortement est un meurtre. Dans les communautés locales, le surnom de « chaussure cassée » est utilisé pour insulter les femmes qui ont avorté. Si théoriquement la loi, offre un avortement légal et sécurisé jusqu’à 24 semaines, la pratique est plus limitée et complexe.

Récapitulatif

 

Jusqu’à quand

Mineures

Prix

Mœurs

France

14 semaines

Pas d’autorisation parentale nécessaire

Gratuit 100% remboursée

 

Globalement décriminalisé + sensibilisation à l’avortement dans les écoles

Hong Kong

24 semaines

Autorisation parentale nécessaire

Médicale : 5,000hkd

Chirurgicale : 1,000 – 50,000 hkd

Très tabou, l’avortement est toujours stigmatisé et honteux.

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Chloe

Chloé Salmon

Chloé est une jeune étudiante en science politique. Elle est passionnée par l’écriture et suit de près l’actualité locale et mondiale.
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Didier Pujol

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