Alain Li, un franco-hongkongais à la tête de l'Asie pour le groupe Richemont

Par Didier Pujol | Publié le 25/04/2022 à 15:10 | Mis à jour le 26/04/2022 à 11:38
Photo : Courtesy of the Richemont Group
alain li, CEO du groupe richemont

Depuis maintenant 16 ans à la tête du groupe Richemont en Asie, le franco-hongkongais Alain Li évoque son parcours entre l'Europe et l'Asie et le groupe dont il dirige la partie Asie Pacifique. Plongée dans le monde du luxe et des marques prestigieuses telles Cartier ou Van Cleef&Arpels à la recherche des clés d’une réussite.

"Je suis moitié Français, moitié Hongkongais"

Pourriez-vous nous parler de votre parcours et des raisons qui vont ont conduit à rejoindre le groupe Richemont ?

Je suis moitié chinois moitié français, né en France et élevé à Hong Kong. Après être allé au collège en Suisse, j'ai fait mes études supérieures en Angleterre, comme c'était souvent le cas dans les années 70 si l’on voulait travailler à l’international. Je garde avec la France un lien très fort, y ayant effectué mon service militaire. J’ai commencé à travailler dans la comptabilité et le droit, pour compléter mes connaissances à une époque où les MBA étaient peu fréquents.

Ensuite, j’ai occupé des responsabilités dans une entreprise du secteur pharmaceutique en Europe puis au Japon, première occasion de voyage en Asie alors que je n’avais que 28 ans. J’ai ensuite travaillé à Paris puis au Royaume Uni, dans un rôle financier pour l'Europe, le Moyen Orient et l’Afrique. En 2001, je suis revenu à Hong Kong, accompagnant en tant que président le développement d'Oregon Scientific dans plusieurs pays d'Asie dont la Chine. C'est en 2006, que j'ai rejoint Richemont comme Directeur Régional, alors que le groupe souhaitait s'installer en Chine, utilisant mon expérience internationale. Les 16 ans passés ont vraiment vu de grands changements depuis la petite WOFE (SARL) que j'ai créé à l'époque en Chine.

"Le groupe Richemont emploie 34000 personnes"

Pouvez-vous nous rappeler ce qu’est le groupe Richemont et la façon dont il est positionné en Asie

Notre groupe emploie aujourd’hui 34000 personnes et totalisait un revenu de 13 milliards d’euros pour 2020, issu de 21 maisons et marques. Bien que le groupe comporte dans son portefeuille de nombreuses marques françaises de prestige comme Cartier, Van Cleef & Arpels, Azzedine Alaïa ou Chloé. Il est composé de quatre divisions :

  • la joaillerie avec les maisons Cartier, Van Cleef & Arpels et Buccellati
  • l’horlogerie comprenant les maisons Piaget, Jaeger Lecoultre, Panerai, Vacheron Constantin, A. Lange & Söhne, Baume & Mercier, IWC Schaffhausen et Roger Dubuis
  • Mode et Accessoires dont Mont Blanc, Dunhill, Azzedine Alaïa, Peter Millar, AZ Factory, Purdey, Chloé ou le bagagiste Delvaux
  • La vente en ligne avec les plateformes Yoox Net-A-Porter et Watchfinder&Co, spécialisé dans le négoce de montres de deuxième main

Dans le monde, nous sommes répartis en 5 régions dont le Japon, Asie-Pacifique, Inde et Moyen-Orient, Europe et Amériques, le rôle du groupe étant d’aider et soutenir les maisons et les entreprises pour mettre en œuvre leurs stratégies de développement.

L’Asie est le plus gros marché représentant à elle-seule près de 40% des revenus, grâce en particulier au marché domestique chinois. Nous sommes présents directement en Chine, Hong Kong, Corée du sud, Taiwan, Macao, Singapour, Malaisie, Thaïlande, Australie et nous adressons les marchés des Philippines et d’Indonésie à partir de Singapour.

"Richemont a continué à croitre en Asie pendant la pandémie"

Le groupe semble avoir traversé la pandémie avec succès, en particulier en Asie qui a cru de 22% en 2020 et affiche un résultat de mi année 2021 à +47%. Comment l’expliquez-vous ?

Les résultats partiels de 2021 sont en effet excellents, suivant la tendance des métiers du luxe. La raison principale tient à ce que les marques du groupe sont très attractives et même si la clientèle n’a pas pu voyager, les achats de produits de luxe ont continué. En Chine, le phénomène des « revenge spendings » après les premiers mois de confinement en février 2020 a aussi contribué à nos bons résultats.

En 16 ans de présence, ce n’est pas la première crise que nous traversons, même si celle-ci est spectaculaire par son ampleur planétaire et cet épisode a constitué un test de notre modèle qui a bien tenu. Nous sommes restés flexibles et avons trouvé des solutions pour maintenir le contact avec notre clientèle. Alors que les magasins étaient fermés au public, les gens nous contactaient en ligne ou au téléphone, conduisant parfois jusqu’à la boutique pour récupérer leurs achats à l’extérieur du magasin. Nous avons aussi eu la chance de bénéficier d'un redémarrage plus tôt en Asie qu'en Europe.

"Notre offre en ligne permet de servir plus de besoins aujourd'hui sans nuire à la qualité"

Pouvez-vous nous parler de la transformation digitale et du partenariat avec Alibaba pour la Chine ?

En Chine, le partenariat avec le géant Alibaba pour la vente en ligne a été signé un an avant la pandémie. En fait, la plupart des blocs de notre stratégie digitale ont été mis en place avant la crise sanitaire. La pandémie n'a fait qu'accélérer la transformation digitale du groupe. Aujourd’hui, le « luxury new retail » offre plus qu’une simple relation d’achat, en créant une véritable histoire entre les marques et la clientèle. C'est aussi un progrès sur les volets logistiques, paiement, infrastructures... dans un ecosytème complet maillé avec l'offline.

Notre stratégie digitale, (ATAWAD pour any time any where, any device), nous rend aujourd'hui accessibles sur une multitude de plateformes en plus de nos boutiques physiques, au-delà des heures d’ouvertures, pour des démonstrations de produits en ligne par exemple. Alors que la part de la vente en ligne représentait 20% de notre chiffre d'affaires contre 50% en boutique en 2020, elle est clairement en augmentation, justifiée par le fait que nous servons des pays très grands pour lesquels il n’est pas possible d’avoir des boutiques partout. De plus cela permet de répondre aux besoins des « millenium » et de la génération Z pour lesquels les réseaux sociaux font partie intégrante du style de vie, en particulier en Chine. L’essor de Yoox Net-A-Porter le prouve. Ce qui est essentiel pour nous, c'est que la qualité de la prestation reste intacte.

"Richemont est très engagé pour rendre le monde meilleur"

Comment votre groupe agit-il pour l’environnement ?

Notre groupe est engagé pour la défense de l’environnement comme l'illustrent notre objectif d’élimination du plastique dans nos activités pour la fin de l’année ou encore le soin que nous apportons dans la qualification des produits que nous utilisons afin de préserver l’environnement. Ainsi 95% de l'or de la filière joaillère est réutilisé. De nombreuses maisons se sont aussi engagées sur des objectifs sur des programmes de recyclage énergétique et nous avons pris comme objectifs les préconisations des Accords de Paris. En matière de responsabilité sociale, outre le fait que nous soutenons plusieurs ONG, nous avons demandé à l'ensemble de notre personnel de consacrer une journée à des actions pour la communauté.

 

Didier Pujol

Didier Pujol

Passionné de culture chinoise et présent en Chine depuis 2011, Didier a publié de nombreux articles sur la Chine avant de reprendre la direction de l'édition Hong Kong comme directeur et rédacteur en chef.
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