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8 produits Made in Hong Kong qui ne s’oublient pas

Par Patricia Herau-Yang | Publié le 03/03/2022 à 12:14 | Mis à jour le 03/03/2022 à 12:14
Photo : Un néon de l'iconique entreprise textile Lee Kung Man (Source: Wikipedia)
Produits Made in Hong Kong

Centre industriel dans les années 1960-1970, Hong Kong et les coûts croissants de sa main-d’œuvre ont souvent poussé les marques à délocaliser leur production. Certaines, mais pas toutes ! Voici une liste insolite de produits made in Hong Kong. Essayez-les, adoptez-les, ou emportez-les vers d’autres cieux.

1. Le sirop pour la gorge : Nin Jiom Pei Pai Kao

"Oyez oyez gorges sensibles", le pharmacien Nin Jiom ne vous veut que du bien. Leur bestseller est le sirop épais Pei Pai Kao. La formule a été créée par le Dr. Ip Tin-See, un médecin chinois né en 1680, pour soulager les maux de gorge de la mère du mandarin Yang Chin.

L’entreprise familiale Yang a perduré jusqu’à sa vente en 1946 au médecin Tse Sui-Bong. Celui-ci a fondé à Hong Kong, la Nin Jiom Medicine Manufactory.

Le nom complet, King To Nin Jiom Pei Pai Kao se traduit par "sirop de nèfle (Pei Pai Kao) en mémoire de ma mère (Nin Jiom) de Pékin (King To)". A garder en tête pour la fête des mères...

Les ingrédients principaux, hormis la nèfle, sont diverses graines, fleurs et fruits (amandes), écorces de fruits (pomelo), gingembre, réglisse et menthol, le tout sur une base de miel. On peut utiliser ce sirop directement ou dilué dans un peu d’eau chaude. Enfin un médicament chinois qui n’est pas amer !

L’Académie des Sciences de Chine a conclu, dans une étude en 1994, un soulagement et un effet anti-inflammatoire de la formule.

Le sirop est en vente absolument partout à Hong Kong et dans de nombreuses diasporas.

2. Les pilules pour lendemain difficile : Po Chai Pills

Si vous ne connaissez pas encore les Po Chai Pills, achetez-en quelques flacons en prévision de la réouverture des bars. C’est en effet un médicament chinois utilisé pour faciliter la digestion et surtout en prévention de lendemains difficiles après vos soirées arrosées.

Les Po Chai pills trouvent leur origine à Foshan (Guangdong) en 1896, où la formule a été inventée par Li Shiu Kei. Avec la révolution communiste, la famille Li, sa formule, et son savoir-faire ont déménagé à Hong Kong, ils ont enregistré la société Li Chung Shing Tong (Holdings) Limited et recréé un centre de production. La production y a encore lieu.

En Chine, cependant, l’usine originelle a été saisie et a continué la production au sein de la nouvelle Guangzhou Wanglaoji Pharmaceutical Company Limited. Depuis, un accord a été trouvé et, seule l’entreprise hongkongaise a les droits d’utiliser la marque à l’international. La société Wanglaoji (connue par ailleurs pour des boissons énergisantes en Chine) a les droits en Chine uniquement.

Plus de 10 ingrédients entrent dans la formule. Rien n’a changé, ou presque, depuis la création : le médicament se présente sous la forme de boulettes marron, dans des petits flacons transparents. Les boulettes sont à ingérer tels quelles avec un peu d’eau chaude. S’il y a eu des controverses sur un ingrédient (tel que le Radix Aucklandiae, protégé dans la nature mais en fait cultivé par la société), et une formulation alternative plus tard interdite, (des capsules, qui contenaient de la Phenolphthaléine, cancérigène) la marque a su rassurer sa clientèle et développer son marché.

 

Produits marque Hong Kong
Photo@Wikimedia Commons 

3. Les sous-vêtements : Lee Kung Man

Hong Kong a toujours été connu pour son industrie textile et Bruce Lee. Le lien entre les deux ? Les tee-shirts et pulls du groupe Lee Kung Man.

Fondée en 1923 au Guangdong par Fung Sau-yu, alors importateur de produits occidentaux, l’entreprise a commencé sa production à Canton avec de la laine importée d’Angleterre. Une antenne de production et distribution a été installée dans la rue Des Vœux Road.

En 1938, les Japonais ont occupé et détruit Canton. Or, la production a continué à Hong Kong. Lorsque les combats ont atteint Hong Kong l’année suivante, malheureusement les opérations ont été suspendues.  À la fin de la guerre, Fung a décidé de transférer la production chinoise à son ami et concurrent Chow Chung-ting. En 1949, l'entreprise cantonaise a été saisie.

En 1952, alors que les affaires hongkongaises étaient florissantes, avec une usine à Sham Shui Po, une centrale de vente à Shanghai Street, 120 employés et 100 machines produisant des milliers de pièces vendues localement et en Asie du Sud Est, Fung est décédé.

Neveux et fils ont fait prospérer l'entreprise avec un positionnement haut de gamme des marques Golden Deer et Cicada. Malgré des pressions liées au coût de fabrication, la production est toujours restée à Hong Kong. Quatre magasins vintages proposent les produits à Sham Shui Po, Sheung Wan, Yaumatei et Wanchai. Des clients fidèles, parmi lesquels Bruce Lee, ont fait la réputation de l’entreprise.

 

 

4. Les sacs en nylon : Red White Blue

Ouvert en 1954, Wah Ngai à Sham Shui Po est principalement connu pour avoir créé le sac rouge, blanc et bleu. Le fondateur Lee Wah a commencé à fabriquer ces sacs en nylon dans les années 1960. Grands, légers, bon marché et extrêmement solides, ils étaient à l’origine conçus pour tapisser les sols de fermes et sites de construction. Ces sacs sont devenus extrêmement populaires, en particulier auprès de ceux qui souhaitaient rapporter des cadeaux à leurs proches en Chine continentale. Ils rappellent l’époque de l’ouverture de la Chine, quand les anciens réfugiés à Hong Kong ont pu retrouver leur famille restée en Chine et leur apporter des cadeaux.

Ces sacs sont aujourd’hui une icône de la culture de Hong Kong. De nombreux designers et artistes se sont appropriés ses rayures. Rien à voir avec notre drapeau tricolore, mais un design qui nous parle, plus particulièrement !

Aujourd'hui, vous pouvez acheter ce sac classique de différentes tailles chez Wah Ngai Canvas (22 Yen Chow Street), Tsuen Kee Canvas (219 Yee Kuk Street) ou Sun Kee Canvas (37 Yen Chow Street).

5. Le plastique Red A est fantastique

Si vous avez décidé de dire au revoir au plastique, vous pourriez avoir envie de ne pas lire cette partie. Vous auriez tort !

Marque du groupe Star Industrial Co, Red A a gagné le cœur des Hongkongais en pleine sécheresse dans les 60, en commercialisant des seaux en plastique bon marché et durables pour mieux conserver la précieuse eau. La marque inclut désormais toutes sortes d’ustensiles utiles et peu chers, all made in Hong Kong à l’usine de San Po Kong : tasses, bouteilles, lunch boxes, brocs, tabourets, boîtes, lampes…

Leur site (en anglais et en chinois) permet de se rendre compte de l’éventail de leurs produits et une jolie vidéo un peu datée, mais sous-titrée présente leur savoir-faire.

 

 

6. Les gourdes thermos : Camel

L’histoire de Camel reflète un destin familial à Hong Kong depuis les années 40. La famille Leung avait alors un business d’import-export et naviguait entre Penang (Malaisie) et Hong Kong. Une fois le besoin identifié en gourdes thermos, la famille s’est installée à Hong Kong pour développer le produit. Fait de verre et métal, son produit est devenu iconique.

Camel fait évidemment référence aux capacités de l’animal de rester hydraté en pleine traversée du désert et à son endurance. Et le désert, Camel l’a traversé ! Entre grande guerre (production interrompue), crises financières et incertitudes politiques, la société a dû faire preuve de ténacité pour faire évoluer ses produits tout en demeurant fidèle à son image. Camel est aujourd’hui encore une affaire familiale.

Le Model 147 original, décoré de fleurs ou d’émail brillant, est hyper pratique. La première usine intégrée a été fondée à Kowloon en 1954. De là sortiront bientôt des produits exportés dans le monde entier. À peine la production a-t-elle été lancée dans la deuxième usine hongkongaise que la rétrocession a été annoncée. La famille aurait pu délocaliser la production, dû tant à l’incertitude politique qu’aux espaces exigus des usines, mais elle est restée à Hong Kong et a fait de ses contraintes un point de départ : le design devait être limité aux machines existantes.

C’est très beau. On aime aussi le service après-vente : leurs produits sont ouverts à la réparation dans leur site de Hung Hom.

7. Les cosmétiques : Two Girls

Créée en 1898 par Fook Tien Fung au sein de la Kwong Sang Hong Limited, la marque Two Girls est la référence à Hong Kong dans le domaine de la cosmétique. Alors que l’import de cosmétiques étrangers avait attisé l’intérêt des hongkongaises, le prix restait hors de portée pour beaucoup. L'entreprise Two Girls s’est immédiatement positionnée sur le cosmétique de moyenne gamme.

Si les matières premières sont importées de France et d’Angleterre, les formules et la production, ainsi que le contrôle qualité, sont locaux. Le produit phare est sans doute l’eau florale Florida Water, suivie des huiles capillaires, les crèmes pour le visa et le talc. Les flacons sont d’un vintage adorable. Une fois n’est pas coutume, Two Girls a lancé une gamme de produits d’hygiène personnelle sur fonds de Covid (désinfectant, lingettes). On s’en passerait bien mais…

 

Produits Made in Hong Kong
Photo@Two Girls brand Florida Water

 

8. Les paniers : Dim Sum Tuck Chong Sum

Les dim sum sont à Hong Kong ce que la baguette est au Français. Une chose est sûre, les meilleurs paniers à dim sum sont ceux de Tuck Chong Sum Kee. La grande majorité de ces paniers est fabriquée en masse en Chine, mais Tuck Chong Sum Kee fabrique localement depuis 5 générations. C’est aujourd’hui Lam Ying Hung qui tient la boutique.

Sur Western Street, il y fabrique à la main les paniers à dim sum, ainsi que des presses pour gâteaux de lune, des louches en bambou, des grilles en bambou, enfin tout ce qui ne se mange pas dans le bambou. Alors réveillez le panda qui est en vous et courez à Sai Ying Pun. Les restaurants hongkongais qui se respectent s’y approvisionnent.

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Patricia Herau-Yang

Patricia a passé de nombreuses années en Chine, exercé le métier de traductrice français-chinois. Depuis son arrivée à Hong Kong, elle s'est mise au cantonais et à la randonnée. Elle contribue à Lepetitjournal.com sur le volet culturel, entre autres...
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Didier Pujol

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