Le Vietnam est souvent présenté comme un des acteurs majeurs de la mondialisation. Ce succès repose en grande partie sur une diplomatie pensée et construite sur le long terme. En quelques années, Hanoï a réussi à tisser des partenariats solides avec des puissances pourtant rivales, comme la Chine et les États-Unis. Cette stratégie repose sur une architecture diplomatique structurée et une doctrine propre au Vietnam.


Une hiérarchie diplomatique à trois niveaux
Le Vietnam dispose d’une véritable architecture diplomatique à trois échelons, dont chacun correspond à une intensité de coopération différente. Au bas de l’échelle se trouve le partenariat global, qui désigne une relation de coopération générale sans dimension stratégique. Le Vietnam a notamment conclu ce type d’accord avec l’Égypte ou encore la Suisse en 2025.
Un cran au-dessus, on retrouve le partenariat stratégique, qui implique une coopération renforcée dans certains domaines clés tels que la politique, l’économie ou la sécurité. Ce type de partenariat suppose ainsi une convergence des intérêts plus marquée. En 2025, le pays a conclu neuf nouveaux partenariats de ce type, comme avec le Kazakhstan, la Finlande, ou encore la République tchèque.
Enfin, le partenariat stratégique global (PSG) constitue le niveau le plus élevé des relations diplomatiques vietnamiennes. Ce type de partenariat engage les deux pays dans une coopération multisectorielle, couvrant des domaines comme la défense, l’économie ou la culture.
La “Diplomatie du bambou” menée par le Vietnam
Ce système à trois niveaux est le produit de la doctrine diplomatique de l’ancien secrétaire général Nguyen Phu Trong, connue sous le nom de la “diplomatie du bambou”. Cette diplomatie repose principalement sur deux principes : des racines profondes, qui accordent un fort attachement à la souveraineté nationale et à l'autonomie stratégique, et des branches flexibles, qui représentent une capacité à diversifier ses partenariats et à s’adapter aux rapports de force mondiaux pour maintenir le pays à l'écart des conflits.
Concrètement, cette philosophie a permis au Vietnam de former des partenariats avec de nombreux pays. Fin 2025, Hanoï entretenait des partenariats (toutes catégories confondues) avec 42 pays, dont 14 partenariats stratégiques globaux. Parmi ces 14 accords du niveau le plus élevé, on retrouve les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU (Chine, Russie, États-Unis, France et Royaume-Uni), ainsi que quatre des sept membres du G7 (États-Unis, France, Royaume-Uni et Japon). Début 2026, l’Union européenne a rejoint cette liste, faisant du Vietnam le premier pays de l’ASEAN à bénéficier d’un partenariat stratégique global avec cette dernière.
Un réseau de partenariat en pleine expansion
Les premiers partenaires stratégiques globaux du Vietnam ont été conclus avec des pays qui partagent un lien historique, idéologique et géographique fort. La Chine a ainsi été le premier partenaire de Hanoï, avec l’établissement de relations diplomatiques à partir de 1950, et l’établissement d’un partenariat de coopération stratégique intégrale, connu aujourd’hui sous le nom de partenariat stratégique global, en 2008. La Chine a donc été le premier pays à bénéficier de ce cadre qui regroupe la coopération économique, commerciale et politique, les échanges culturels et les transformations numériques.
La Russie entretient historiquement, elle aussi, des relations étroites avec le Vietnam. Héritière de l’URSS, elle a fourni pendant de nombreuses années une large partie des équipements militaires vietnamiens. En 2025, à l'occasion des 75 ans de leurs relations diplomatiques, le secrétaire général Tô Lâm s’est rendu à Moscou en mai 2025 pour célébrer ensemble cet anniversaire.
Parallèlement, depuis 2023, le Vietnam semble accélérer l’élévation des relations avec les puissances occidentales et ses voisins de l’Indo-Pacifique. Les États-Unis ont été les premiers à franchir ce pas en septembre 2023 lors de la visite du président Biden à Hanoï. Depuis, les échanges commerciaux ont atteint 120 milliards de dollars, et la coopération s’étend à certains domaines clés pour la puissance américaine, comme les semi-conducteurs, avec lesquels elle tente de rivaliser avec la Chine.
Le Japon, dont certaines grandes entreprises (comme Canon et Honda) figurent parmi les plus grands investisseurs étrangers au Vietnam, a lui aussi rejoint le nombre restreint des partenariats stratégiques globaux du Vietnam en 2023. De même en 2024 pour l’Australie et la France qui est devenue le premier pays européen à obtenir ce statut. En 2025, cinq nouveaux PSG ont été conclus avec la Nouvelle-Zélande, l’Indonésie, Singapour, la Thaïlande et le Royaume-Uni.
Les objectifs vietnamiens derrière cette stratégie diplomatique
Le premier objectif est d'ordre sécuritaire. En effet, l'accumulation des partenariats stratégiques globaux répond parallèlement à une logique de protection dans un système international de plus en plus instable. Pham Quang Vinh, ex-ambassadeur du Vietnam aux États-Unis et ancien vice-ministre des Affaires étrangères, a désigné ce réseau comme une “ceinture de sécurité” autour du Vietnam. En multipliant les partenariats avec des puissances aux intérêts parfois opposés, le Vietnam s’assure qu’aucune d’entre elles ne puisse l’isoler. Ainsi, le PSG avec les États-Unis aide le Vietnam à contrebalancer le poids de la Chine en mer de Chine méridionale, sans que cela soit une alliance militaire, ce que Hanoï refuse catégoriquement au nom de sa politique des “4 non”.
Au-delà de la sécurité, ces partenariats répondent de plus en plus à une ambition économique. Depuis son arrivée au pouvoir, Tô Lâm a fixé des objectifs ambitieux : devenir un pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure d’ici 2030, puis un pays à revenu élevé d’ici 2045. Ainsi, c’est avec cet objectif en tête que le Vietnam multiplie ces partenariats. C’est ce qui explique l’accent mis sur le secteur technologique avec les États-Unis, sur la transition énergétique avec la France (dans le cadre du Partenariat pour une transition énergétique juste) ou encore sur le nucléaire civil avec la Russie et la Corée du Sud. En 2025, le commerce extérieur total du Vietnam a dépassé les 900 milliards de dollars, classant le pays au 20e rang mondial pour les importations et au 21e pour les exportations selon l'OMC, une progression de plus de dix places en dix ans.
Les partenariats stratégiques globaux ne sont donc plus seulement un outil de sécurité collective, ils sont devenus des instruments au service des ambitions vietnamiennes.
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