À l’orée des années 2000, le Vietnam aborde un nouveau tournant de son histoire. Les réformes du Đổi Mới ont porté leurs fruits, la croissance s’accélère, la pauvreté recule et le pays s’affirme progressivement sur la scène internationale. Dans ce contexte de transformation rapide, les congrès nationaux du Parti communiste vietnamien deviennent plus que jamais les lieux où se définissent les ambitions économiques, politiques et idéologiques du pays. Quant à ce congrès de janvier 2026, il est attendu comme la célébration d’une nouvelle ère de prospérité à laquelle aspire le Vietnam d’aujourd’hui, un Vietnam ambitieux et décomplexé, qui entend bien donner de la voix dans le concert des nations. 1935-2026 donc: une trajectoire longue de 9 décennies, qui va de la réunion clandestine à la grande messe cathodique.


Le Petit Journal vous propose, à travers cette série intitulée « Congrès nationaux du Parti communiste vietnamien : 90 ans d’Histoire… », de retracer l’évolution du Parti communiste vietnamien depuis ses débuts clandestins jusqu’à son rôle central dans le Vietnam contemporain. Le premier, deuxième et troisième chapitres reviennent sur les grandes étapes de cette trajectoire politique, des « années héroïques » de la lutte révolutionnaire aux congrès de l’après-guerre, du Renouveau à l’affirmation d’un Parti aujourd’hui au faîte de sa puissance.
Chapitre 3 - les années 2000
2001 - aller plus loin et plus vite
2001. Le Vietnam est entré dans le XXIe siècle avec optimisme et confiance en l’avenir. Il le peut. Sur le plan économique, tout semble indiquer que le Renouveau amorcé en 1986 est synonyme de progrès et d’ouverture ; et de fait, le pays tout entier semble aller de l’avant sur la voie de l’industrialisation, de la modernisation, mais aussi - et il n’est pas question de l’oublier - du socialisme.
Le XIe Congrès, qui a lieu à Hanoï en avril en présence de 1 168 délégués (le parti comptant alors 2.479.719 membres) appelle à mettre en avant « la force de la nation », à accélérer « l’industrialisation et la modernisation » et à défendre « la patrie socialiste ». On ne saurait mieux dire…

Le bilan de la décennie précédente plaide en tout cas en faveur de la politique de réformes menée tambour battant par le Parti. Le Vietnam est en effet passé d’un mécanisme de gestion centralisée, caractérisé par une bureaucratie omniprésente et des subventions étatiques, à cette fameuse « économie de marché à orientation socialiste » dont il fait désormais son grand cheval de bataille. Le niveau de vie de la population, lui, s’est nettement amélioré : naguère endémique, la pauvreté recule.
Sur le plan international, là aussi, le Vietnam s’affirme de plus en plus comme un pays sûr et avec lequel il va falloir compter en ce début de XXIe siècle, aussi bien en Asie du Sud-Est que dans le reste du monde.
« Promouvoir l’industrialisation et la modernisation », « construire une économie indépendante et autonome », « faire du pays un pays industriel », « accélérer l’intégration au tissu économique international », « aller vers plus d’équité sociale »… Tels sont les grands mots d’ordre de ce XIe Congrès, qui accouche d’une stratégie de développement socio-économique pour la période 2001-2010, stratégie dans laquelle il est notamment question de faire en sorte que le pays puisse être devenu un pays industriel et moderne à l’horizon 2020.
C’est Nong Duc Manh qui devient Secrétaire général. Le nouveau Comité central, lui, comprend 150 membres.

2006 - sortir, enfin, du sous-développement
Cinq ans plus tard, la situation est globalement la même : le pays progresse - rapidement - au point de passer pour « l’étoile montante » du sud-est asiatique.
Les 1.176 délégués qui sont réunis à Hanoï au mois d’avril pour le Xe Congrès national du Parti communiste vietnamien (3.100.000 membres) n’en pensent pas moins. Le bilan qui est tiré des cinq années précédentes fait du reste état d’un développement socio-économique qui va crescendo, d’une amélioration tangible du niveau de vie de la population, mais aussi d’un prestige accru du pays sur la scène internationale.
Pas question, pour autant, de se vautrer dans les délices de l’autosatisfaction : le traditionnel rapport politique qui est présenté à l’occasion de ce Xe Congrès appelle le Parti à plus de « combativité »… Mais il appelle surtout à sortir rapidement le Vietnam du sous-développement pour lui permettre de pouvoir prétendre au statut de pays moderne et industrialisé en 2020.
Pas question, non plus, d’oublier les fondamentaux : les portraits de Karl Marx et de Lénine qui trônent derrière la tribune sont là pour le rappeler, de même que le buste de Ho Chi Minh à la place d’honneur. Décor immuable…
La ligne n’a donc pas changé et c’est assez logiquement que Nong Duc Manh est reconduit au poste de Secrétaire général pour les cinq années à venir.
2011 - vers un Etat de droit socialiste du, par et pour le peuple
2011. Le Vietnam ne dévie pas de sa trajectoire ascendante. La manière dont il a réussi à réduire la pauvreté et à généraliser l’éducation lui vaut d’ailleurs des éloges de l’ONU.
C’est encore une fois dans un contexte d’avancée économique que le Pari tient son congrès national, le 11e de son histoire. Les 1.377 délégués (pour 3.600.000 membres) qui se réunissent à Hanoï au mois de janvier ont bien conscience que le pays est sur la bonne voie, en tout cas sur le plan économique.
Aussi le plan quinquennal qui est adopté s’inscrit-il dans la droite ligne de ceux qui l’ont précédés. Rendre le Parti plus combatif, édifier un système politique sain et fort, renforcer l’union nationale, développer l’économie, améliorer les conditions de vie de la population, maintenir la stabilité socio-politique, défendre l’indépendance et la souveraineté territoriale… S’ils n’ont rien de vraiment nouveau, tous ces mots d’ordre façonnent les discours.
« Avancer sur la voie du socialisme est l’aspiration du peuple vietnamien autant que le choix judicieux du Parti communiste vietnamien et du Président Ho Chi Minh »…
« Un pays puissant, démocratique, équitable et civilisé »…
« Un Etat de droit socialiste, du, par et pour le peuple, dirigé par le Parti communiste »…
Si elle est de circonstance, la phraséologie employée en dit long sur les ambitions du Parti, un Parti qui se dote d’un nouveau Secrétaire général en la personne de Nguyen Phu Trong, et d’un nouveau Comité central de 175 membres.

2016 - renforcer et assainir le Parti
20 janvier 2016. Hanoï accueille le 12e Congrès national du Parti communiste vietnamien, un Parti qui s’est considérablement renforcé en l’espace de cinq ans puisqu’il compte désormais 4.500.000 membres.
Mais sur ces 4.500.000-là, seuls 1.510, soigneusement sélectionnés, participent à cette grande messe cathodique qu’est devenu le Congrès.

Des débats de 2016, on retiendra surtout une volonté affichée d’assainir le Parti, c’est-à-dire de lutter contre une certaine forme d’affaissement idéologique, moral et éthique, mais aussi une détermination farouche à faire taire toute velléité d’auto-évolution en interne…
Il est également question de rendre l’appareil politique plus efficace (ce qui sous-entend que…) et de lutter sans concession contre les fléaux que sont la corruption, le gaspillage et la bureaucratie…
Autant dire que ce XIIe Congrès est celui d’un « grand ménage » voulu et mené par Nguyen Phu Trong lui-même, qui souhaite avant tout redonner de la crédibilité au Parti auprès de la population.
Sur le plan du développement socio-économique, l’accent est mis sur l’éducation et les ressources humaines, mais également sur les infrastructures : deux domaines dans lesquels le pays entend donner un sérieux coup d’accélérateur…
Le Secrétaire général sortant, lui, sort renforcé de ce XIIe Congrès : sa réélection le confirme dans son statut d’homme fort du moment.
2021 - un pays puissant, démocratique, équitable et moderne…
2021. Le monde entier est confronté à une crise sanitaire sans précédent, crise sanitaire qui s’accompagne d’une crise économique. Les mesures de distanciation et de restriction pèsent lourdement sur les échanges commerciaux et les chaînes d’approvisionnement, poussant de nombreuses entreprises à la faillite.
Le Vietnam, lui, s’en sort plutôt mieux que beaucoup d’autres pays. Les mesures énergiques qui ont été prises en 2020 lui ont permis d’éviter une hécatombe et de maintenir un certain niveau d’activité. Mais elles ont surtout suscité un regain de confiance envers les autorités, et a fortiori envers le Parti.
C’est dans ce contexte bien particulier que 1.587 délégués convergent vers le centre national des conférences de Hanoï, le 25 janvier, pour participer à l’ouverture du XIIIe Congrès national du parti communiste vietnamien, lequel compte désormais 5.100.000 membres.
« Solidarité - Démocratie - Discipline - Créativité - Développement » sont les mots d’ordre de ce congrès, dont on retiendra surtout des objectifs économique ambitieux : non content d’être sorti du sous-développement, le Vietnam entend devenir, d’ici 2025-2030, un pays en développement doté d’une industrie moderne, et un pays développé à revenu élevé en 2045, année du centenaire de la république et de l’indépendance.
Autre fait marquant de ce XIIIe Congrès : la reconduction de Nguyen Phu Trong au poste de Secrétaire général pour un 3e mandat, chose qui n’était jamais arrivée auparavant.
Ce 3e mandat, Nguyen Phu Trong ne l’achèvera pas. Miné par la maladie, il décède en juillet 2024. C’est Tô Lâm qui lui succède et qui est, à ce jour, à la tête du Parti, un Parti au faîte de sa puissance, qui s’apprête donc à tenir son XIVe Congrès et à faire entrer le Vietnam de plain-pied dans une nouvelle ère, une ère d’ascension nationale…

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