Le 19 janvier 2026, le Parti communiste vietnamien tiendra à Hanoï son 14ᵉ congrès national. Désormais organisé tous les cinq ans, ce rendez-vous majeur de la vie politique vietnamienne n’a pourtant pas toujours obéi à un calendrier régulier. Le premier congrès, tenu en 1935 à Macao dans la quasi-clandestinité, ne réunissait que 13 délégués pour un parti encore embryonnaire de 600 membres. À l’inverse, le dernier congrès, organisé en 2021 dans la capitale vietnamienne, a rassemblé 1 587 délégués d’un parti solidement installé au pouvoir et fort de plus de cinq millions d’adhérents. Attendu comme le symbole d’une nouvelle ère de prospérité, le congrès de 2026 illustre la trajectoire exceptionnelle d’un parti passé, en neuf décennies, de la clandestinité révolutionnaire à la grande messe politique télévisée. Une histoire que Le Petit Journal vous propose de retracer.


Chapitre 1 - les années héroïques
1935 : Les débuts d’une organisation
Mars 1935. C’est à Macao, dans le sud de la Chine, que 13 des 600 membres que compte alors le Parti communiste vietnamien se réunissent autour de Nguyen Ai Quoc, le futur Ho Chi Minh.
Le Parti, lui, a été fondé cinq ans plus tôt, en 1930, à Hong-Kong, par ce même Nguyen Ai Quoc, alors agent du Kominterm. Si ses débuts sont marqués par une quasi-clandestinité, il commence néanmoins à se structurer, et un peu partout dans le Vietnam - on est alors à l’apogée de la colonisation française - des comités de forment.
Pour ce qui est du congrès de Macao, il constate que le mouvement révolutionnaire a progressé et que le Parti commence à s’organiser. Aussi adopte-t-il les statuts du Parti et ceux des organisations de masse du Parti.

Une direction traquée
C’est Le Hong Phong qui est élu Premier secrétaire, Nguyen Ai Quoc étant quant à lui nommé représentant auprès de l’Internationale communiste.

Premier secrétaire, Le Hong Phong ne le restera que jusqu’en juillet 1936. Il aura trois successeurs : Ha Huy Tap, de juillet 1936 à mars 1938, Nguyen Van Cu, de mars 1938 à janvier 1940, et Truong Chinh, à partir, donc, de janvier 1940. Il faut dire que les temps sont durs pour les nationalistes vietnamiens, communistes ou non-communistes, qui sont traqués par la sûreté française…
1951 - Le Parti communiste à la tête de la résistance
1951. 16 années se sont écoulées depuis le premier congrès de Macao. Dans l’intervalle, Nguyen Ai Quoc est sorti de la clandestinité pour devenir Ho Chi Minh. Mieux encore, il a proclamé l’indépendance et donné naissance à la République démocratique du Vietnam. C’était le 2 septembre 1945, à Hanoï, au moment-même où s’achevait la Seconde guerre mondiale.
Mais c’était sans compter sur la France et son obstination à conserver la « perle de l’empire »… Car les Français n’ont pas dit leur dernier mot. Dès l’automne 1945, Paris a en effet envoyé un corps expéditionnaire en Indochine avec pour mission d’y réinstaurer la souveraineté française, laquelle avait été brutalement balayée par le coup de force japonais du 9 mars.
Aussi la résistance s’est-elle organisée, et dès 1946, a débuté la guerre dite « d’Indochine » dans les livres d’Histoire français, avec d’un côté la France, qui depuis 1949 se bat en principe pour le Vietnam de sa majesté Bao Daï (un Vietnam auquel elle a entre-temps accordé une pseudo-indépendance qui ressemble à s’y méprendre au protectorat du bon vieux temps de « l’Indo »), et de l’autre, le Vietminh, soit un conglomérat de tous les mouvements nationalistes que compte le Vietnam, mais qui reste ultra-dominé par… le Parti communiste vietnamien.
C’est donc un Parti en guerre, sinon au pouvoir, qui se réunit en congrès national à Vinh Quang, dans le nord du Vietnam alors contrôlé par le Vietminh. 158 délégués sont présents, 158 sur 766.349 membres que compte le Parti en ce mois de février 1951.
La guerre, elle, a pris un tournant décisif. Le corps expéditionnaire français vient d’essuyer un très lourd revers sur la RC4, la route coloniale 4 qui va de Cao Bang à Lang Son, et les soldats de Ho Chi Minh se sont emparés de toute la région nord, ce qui leur donne un accès direct à la République populaire de Chine dont l’avènement en octobre 1949 a fait basculer l’équilibre des forces sur le terrain indochinois.
Dès lors, les membres du parti sentent bien que la victoire est possible. C’est du reste ce qui ressort du rapport politique, qui insiste sur la notion de « victoire complète ».


Le Comité central qui est élu à Vinh Quang comprend 29 membres. Le Politburo, lui en comprend 7: Ho Chi Minh (qui hérite du titre de Président du Parti), Truong Chinh (qui est par ailleurs élu Premier secrétaire), Le Duan, Pham Van Dong, Vo Nguyen Giap, Nguyen Chi Thanh et Hoang Quoc Viet : autant de noms qui aujourd’hui font toute la toponymie urbaine du Vietnam… A noter aussi que le Parti adopte à cette occasion l’appellation de « Parti du travail ».
1960 - La lutte pour la réunification
1960. Seules 9 années séparent le 2ème congrès du 3ème, mais beaucoup de choses se sont passées dans cet intervalle de temps, marqué avant tout par la partition du Vietnam au niveau du 17ème parallèle, partition décidée en juillet 1954 à Genève. Au nord, la République démocratique du Vietnam prend définitivement ses quartiers. Le Parti communiste s’installe alors au pouvoir à Hanoï et prend très officiellement les rênes du pays. Au sud, c’est un régime pro-américain qui se met en place.
Pour les nordistes, cette situation est inacceptable et l’objectif suprême demeure la réunification de tout le Vietnam.
En cette année 1960, le nord reprend son souffle. Son éclatante victoire militaire de Dien Bien Phu, en mai 1954, lui a certes permis d’en finir une bonne fois pour toutes avec la présence française, mais le soutien de plus en plus appuyé des Américains au régime de Saïgon laisse d’ores-et-déjà entrevoir une reprise des hostilités. Beaucoup de maquis se sont du reste constitués au sud du 17ème parallèle : le temps des Viêt-Cong a commencé…
C’est dans ce contexte bien particulier qu’a lieu le 3ème Congrès national du Parti communiste vietnamien (ou « Parti du travail », c’est selon…). C’est cette fois à Hanoï, au grand jour, que se réunissent 525 délégués : le temps de la semi-clandestinité est bel et bien révolu… Le Parti, lui, compte à peu près 500.00 membres.
Si la lutte pour la réunification accapare bien sûr les débats, l’instauration du socialisme au nord agite également les esprits.
Le rapport politique indique du reste que deux missions révolutionnaires bien distinctes sont à mener. Au sud, il s’agit de poursuivre et d’intensifier la lutte : « … lutter résolument contre les impérialistes américains et leurs valets, mettre en échec leur politique d’agression et de guerre, renverser leur domination brutale. En dehors de cette voie, il n’y a pas d’autre chemin possible ». Au nord, en revanche, un premier plan quinquennal est mis en place, qui fait la part belle au développement de l’agriculture et de l’industrie lourde, mais aussi à l’instauration du socialisme.

Pour ce qui est des nouvelles instances dirigeantes, Ho Chi Minh conserve le titre de Président du Parti (il le conservera jusqu'à sa mort) et Le Duan est élu Premier secrétaire.
1976 - La Victoire !
1976. 16 ans et une victoire éclatante plus tard, le parti se réunit à nouveau en congrès national à Hanoï, capitale d’un Vietnam enfin réunifié. Un an plus tôt, en avril 1975, les soldats nord-vietnamiens sont entrés dans Saïgon (qui dans la foulée a été rebaptisée Ho Chi Minh-ville) et mis ainsi fin après de 30 ans de guerre. Hanoï l’a finalement emporté sur Saïgon et le Parti du travail est triomphant…
1.008 délégués sont réunis pour ce congrès de la victoire. Le Parti, lui, compte alors 1.550.000 membres.
Il s’agit maintenant de définir les grandes lignes de la révolution socialiste. Instaurer la dictature du prolétariat, mettre en place une production socialiste, construire un régime collectiviste… Telles sont les grands mots d’ordre de ce Vietnam réunifié qui n’en finit plus de célébrer sa victoire.

Sur un plan plus symbolique, l’appellation de « Parti du travail » est abandonnée : on ne parlera plus désormais que de Parti communiste vietnamien !... Le Premier secrétaire devient un Secrétaire général (Le Duan, en l’occurrence), et la durée des mandats est fixée à cinq ans, avec par conséquent, l’adoption, à chaque congrès, d’un plan quinquennal.

Quant à la République démocratique du Vietnam, elle devient officiellement la République socialiste du Vietnam.
Sur le même sujet







