Édition internationale

Pagodes de Nicolas Cornet : quand la photographie devient mémoire

L’ouvrage Pagodes est né d’un constat. Alors que Nicolas Cornet, photographe et éditeur, visite une pagode au Vietnam, il la trouve déstructurée, voire détruite. Cependant, cela ne s’avère pas être un phénomène isolé, puisque lorsqu’il visite de nouveau une pagode, celle-ci est dans un état similaire. C’est à ce moment-là que Nicolas Cornet décide de réaliser un ouvrage permettant de les documenter. Ainsi, en 2018, Pagodes est publié pour la première fois, mais Nicolas Cornet souhaite aller encore plus loin. Huit ans plus tard, il réédite ce travail de plusieurs années sous deux nouvelles versions, vietnamien-français et vietnamien-anglais. Son objectif est clair : rendre ce patrimoine davantage accessible aux Vietnamiens et sensibiliser les nouvelles générations à la richesse architecturale et culturelle des pagodes du pays.

Pagodes de Nicolas Cornet : quand la photographie devient mémoirePagodes de Nicolas Cornet : quand la photographie devient mémoire

Le Petit Journal à rencontré Nicolas Cornet à l'occasion de la seconde édition de son livre "Pagodes", une œuvre qui rassemble des photographies et explications concernant une trentaine des principales pagodes vietnamiennes.

Le photographe et éditeur nous a parlé de ce beau projet alliant une profonde recherche sur la culture historique et spirituelle du Vietnam et l'art de la photographie ; une œuvre en vente à la librairie française de Nam Phong à Ho Chi Minh Ville !

Une volonté de partager le patrimoine vietnamien 

Photographe spécialisé dans l’Asie depuis près de quarante ans, Nicolas Cornet parcourt le Vietnam depuis de nombreuses années. Cependant, la réalisation de cet inventaire photographique pour Pagodes a demandé un véritable travail de recherche. Le choix des pagodes à inclure a demandé un travail de fond : croiser les sources historiques, consulter des chercheurs, discuter avec des moines et des bouddhistes, afin de pouvoir proposer aux lecteurs une sélection la plus pertinente possible. 

Avec cette nouvelle édition, il souhaite avant tout transmettre au public vietnamien le fruit de ses recherches. “Toutes les sources d’information que j’ai eues puissent aussi bénéficier à des Vietnamiens, à des étudiants, à tous les gens qui s’intéressent aux temples vietnamiens”, explique-t-il. La preuve que ces besoins étaient réels s’est manifestée lors de l’exposition du photographe à l’Institut d’Échanges Culturels avec la France début juin. Lors de cet événement, plusieurs étudiants se sont arrêtés, ont feuilleté le livre, ont lu  pendant une trentaine de minutes sur place. Nicolas Cornet leur a ainsi offert un exemplaire de son ouvrage pour la bibliothèque de leur université. Afin d’élargir encore l’accès, il envisage la mise à disposition d’une version numérique dans les bibliothèques universitaires, pour que les étudiants éloignés des grandes villes puissent également le consulter.  

Au-delà de sa dimension photographique, l’ouvrage se veut un véritable outil de découverte. Chaque pagode est présentée à travers son histoire, son architecture et les personnages qui lui sont associés. L’ouvrage rassemble également de nombreuses informations sur les sculptures, les gravures sur bois ou sur pierre, ainsi que les différentes statues présentes dans les sanctuaires. Pour l’auteur, les pagodes ne sont pas seulement un lieu de culte, elles constituent aussi des œuvres artistiques qui témoignent de l’histoire du Vietnam. 

Des contraintes institutionnelles et culturelles 

Dans un premier temps, c’est la réalisation du livre elle-même qui s’est heurtée à des contraintes sur le terrain. Accéder aux pagodes et aux bonnes sources d'information n’a pas toujours été simple. Selon Nicolas Cornet, au nord du Vietnam, obtenir des informations fiables sur les lieux et leur histoire s’est révélé parfois complexe. De plus, les pagodes appartenant aux communautés de croyants locales et non à une institution centralisée, leur coopération dépendait de leur volonté, mais aussi de la capacité des deux parties à se comprendre. Par exemple, Nicolas Cornet raconte qu’il y a eu “une pagode où on m’a vraiment fermé les portes”, mais pour lui ceci ne constitue pas un obstacle majeur car il y a tellement de pagodes au Vietnam pour se laisser arrêter par un refus. 

À ces contraintes de terrain s’ajoutent ensuite les obstacles liés à l’édition. La première étape a consisté à trouver les financements nécessaires à l’impression de l’ouvrage. Pour Nicolas Cornet, c’est la partie positive, puisqu'il lui aura fallu près d’un an et demi de recherche pour trouver des sponsors. La partie négative concerne davantage la qualité d’impression au Vietnam puisque atteindre un niveau de qualité comparable aux standards européens reste assez complexe car la chaîne de fabrication n’est pas la même. 

C’est aussi le processus de validation administrative qui peut considérablement ralentir la publication. D’après Nicolas Cornet, “la censure ralentit le processus et reste un examen assez complexe à passer”. Bien que son ouvrage soit comme il le dit “simplement un livre sur les pagodes”, et donc consacré au patrimoine, sans vocation politique ou autre, il reste soumis à la même procédure administrative que chaque livre pour pouvoir être édité.  

Les pagodes vietnamiennes, un patrimoine entre préservation et transformation

Parmi les trente pagodes documentées, deux ont failli ne pas figurer dans le livre, non pas parce qu'elles avaient fermé leurs portes, mais parce que Nicolas Cornet était arrivé trop tard. Elles avaient déjà été modifiées, partiellement détruites. Ces deux cas résument l’urgence qui a motivé le projet du photographe. 

Nicolas Cornet s’est ainsi demandé qui protégeait ces édifices ? Certaines pagodes bénéficient d’une protection officielle en tant que trésors nationaux, mais beaucoup restent sous la responsabilité des communautés locales.  Les travaux de rénovation sont alors souvent décidés par les fidèles eux-mêmes, avec des techniques contemporaines qui peuvent faire disparaître des éléments anciens. “Quand une pagode a besoin d’être réparée, on ne cherche pas toujours à reproduire les techniques d’origine”, observe l’auteur. Le résultat est parfois une pagode entièrement rénovée, plus adaptée aux besoins actuels, mais dont la valeur historique a disparu. 

Cette approche reflète aussi une vision culturelle profondément différente du rapport au patrimoine. Dans la tradition bouddhiste, la notion d’impermanence occupe une place centrale. Selon cette dernière, remplacer ou reconstruire un bâtiment n’est pas nécessairement perçu comme une perte. Cette conception est donc difficile à concilier avec les standards occidentaux de préservation culturelle. Pour l’auteur, il manque encore au Vietnam une structure capable d’encadrer cette conservation et de préserver les savoir-faire traditionnels. Il affirme même “Il faudrait un Viollet-le-Duc vietnamien”. 

Nicolas Cornet souhaite que son livre contribue à cette prise de conscience. Il encourage notamment les jeunes Vietnamiens à documenter eux-mêmes ces lieux, ne serait-ce qu'en les photographiant lors d’une visite un week-end, et partager des photos sur les réseaux sociaux. De cette manière, cela permettrait de garder des traces du patrimoine vietnamien, qui demeure l'un des symboles les plus visibles de l’histoire et de l’identité vietnamiennes.

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