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Maurice Benoit : président tout terrain de l’association Mère Isabelle

Par Loanne Jeunet | Publié le 27/08/2018 à 14:14 | Mis à jour le 28/08/2018 à 10:36
Photo : Remise de dons aux orphelinats en août au Que Huong Charity a Quy Tran avec Thuy et Hong chargées de missions, des volontaires et Maurice Benoit.
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Depuis 2006, Maurice Benoit est président de l’association Mère Isabelle - Urgence humanitaire au Vietnam, qui oeuvre pour les populations les plus pauvres. Mais en réalité, cet homme passionné s’est voué à ce pays corps et âme depuis l’adoption de sa petite fille, huit ans plus tôt.

À Neuilly-sur-Seine, au siège de l’association Mère Isabelle, Maurice Benoit nous invite à pénétrer dans son antre - un grand bureau abondamment décoré de photographies de l’association, de sa fille, et de nombreuses distinctions. L’air bonhomme, les yeux rieurs, dynamique et bavard, sa bienveillance met tout de suite à l’aise. Il n’est pas difficile de l’imaginer en mission auprès des gens dans le besoin. « Mère Isabelle gérait des orphelinats mais ne pouvait pas donner d’enfants à l’adoption, ses établissements n’appartenant pas à l’Etat », explique Maurice en guise de préambule. « Tout devait passer par le tribunal. Elle a quand même organisé les rencontres et grâce à elle, une dizaine de couples ont pu adopter leur enfant. Par la suite, ils ont décidé de fonder l’association pour la remercier, en 1997. Mère Isabelle, c’est comme Mère Teresa mais au Vietnam ». Cette religieuse totalement investie auprès de la cause des pauvres leur a consacré sa vie entière.

Pendant ses dix premières années d’existence, l’association vit grâce aux fonds récoltés auprès des donateurs, mais personne ne se déplace vraiment sur le terrain. A ce moment-là, Maurice travaille en tant que photo-journaliste pour une mondiale agence de presse. En 2002, il est contacté pour réaliser un reportage sur Mère Isabelle. « J’ai tout de suite adhéré à sa façon de combattre la pauvreté », affirme Maurice avec admiration. « Je suis donc retourné au Vietnam plusieurs fois pour voir ce que l’association faisait sur place avant d’en devenir président, après un accident de circulation grave de mon ami Thierry Faivre d’Arcier qui en était le fondateur. » Aujourd’hui, l’association est devenue Mère Isabelle - Urgence humanitaire au Vietnam, dixit le titre du reportage réalisé par Maurice. Désormais ce dernier gère tout ce qui se passe en France et se déplace au pays deux fois par an. Il rencontre régulièrement les autorités vietnamiennes, avec lesquelles il discute des besoins des nécessiteux et des possibilités de missions. Sa coordinatrice s’occupe de leur réalisation, en coopérant avec des partenaires locaux. Deux autres personnes se chargent d’accueillir les volontaires sur place et de les guider dans leur aventure humanitaire. Beaucoup d’autres sur place sont prêts à les assister en cas de besoin, sans aucune rémunération mais sur la base de leur propre volonté. « Notre organisation fonctionne grâce au coup de main de tout un chacun. C’est ce qui représente le mieux notre association : l’entraide, pour un meilleur avenir de ce peuple qui me tient à cœur », confie-t-il avec émotion.

Le Vietnam : terre d’accueil, terre de coeur

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Les volontaires au Que Huong Charity et Huong la Directrice.

Maurice et sa femme Nicole adoptent une petite fille Ngoc Nga Amélie, née à Saïgon en 1998. « Je considère que je suis redevable à ce pays, qui m’a offert un de ses enfants », avoue-t-il en souriant. Il commence dès lors à chercher comment faire encore mieux pour la population pauvre du Vietnam. « Avant ça, le rôle des associations n’était pas bien calibré »,  affirme Maurice. « C’est clairement cet événement (l’adoption de sa fille) qui a tout déclenché. J’ai eu envie de trouver une formule efficace, dons mis à part, pour apporter de l’aide au Vietnam, lieu de naissance de ma fille. » Dès lors, le sexagénaire lance des actions de construction d’écoles, d’orphelinats, de dispensaires et de maisons en faisant appel à ses partenaires en France. Il obtient également des partenariats avec plusieurs orphelinats : là-bas, il y envoie ses volontaires. « Ils apportent du temps, de l’amour, du dévouement dans le soin et l’éducation des enfants ».

Des chiffres importants

Chaque année, 100 à 150 volontaires (dont 90% d’étudiants et 80% de filles) partent au Vietnam avec l’association Mère Isabelle. En général pour une période d’un à 3 mois, ils aident dans les orphelinats et pour les missions de construction. Les volontaires partant en mission prennent en charge tous les frais concernant leur voyage, le séjour et le projet qu’ils effectuent. « Nous leur demandons un minimum à remettre aux structures qui les reçoivent et à déclarer aux autorités pour justifier notre présence sur le terrain ». En toute transparence, Maurice dévoile le « prix à payer » pour partir en mission d’aide dans les orphelinats : « Pour un mois, un volontaire doit donner 70€ à l’Association et 190€ à l’orphelinat qui leur assure une pension complète. Leur chambre d’hôtel est aussi à leur charge à 10€ par jour, et ils doivent s’acquitter du montant du taxi le jour de leur arrivée à 20€. »

Maurice indique, non sans un brin de fierté, avoir construit plus de 160 maisons pour les pauvres dans les régions différentes du Vietnam (dont 4 aux mois de juillet et août 2018), et une participation à la construction de 2 dispensaires et 2 écoles dans les régions minoritaires avec l’aide de l’Association Coup de Pouce Humanitaire, un partenaire de cœur de son association. “Je considère être un des ponts qui lient les besoins. Il y a de plus en plus de jeunes Français qui souhaitent voir un autre monde, vivre une expérience inédite en apportant de l’aide à ceux qui la demandent. Leur soutien au peuple vietnamien est inestimable et je veux tout faire pour leur faciliter la tâche, que cela concerne leur départ ou au niveau des frais. Je les oriente d’ailleurs vers notre partenaire voyagiste Vietnam Tours, qui propose le meilleur prix pour les meilleurs vols. »

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L'équipe partenaire Coup de Pouce à la fin de la construction des 4 maisons de l'été dernier et Mère-Isabelle.

On n’est pas rassuré pendant l’attente d’une autorisation

« Le reportage que j’avais fait sur Mère Isabelle, je l’avais intitulé ‘Urgence humanitaire au Vietnam », raconte Maurice. « Le président de l’époque m’a demandé s’il pouvait récupérer ce titre et l’accoler à ‘Mère Isabelle’. » L’association n’est pas religieuse, pourtant son nom initial qui prêtait à confusion n’a pas rassuré les autorités vietnamiennes. Avec le temps et les missions réalisées au profit des pauvres du pays, elle a prouvé le but de son existence, de même que son ambition d’améliorer la condition de vie des démunis, l’éducation des enfants etc. Dès lors, les démarches administratives assez compliquées pour réaliser des projets furent facilitées par le gouvernement vietnamien. Maurice espère gagner davantage la confiance de ce dernier : “Je respecte la loi vietnamienne et ne le considère pas comme un obstacle, mais ce serait plus facile pour nous si les autorisations étaient plus rapides à obtenir. On n’est pas rassuré pendant l’attente d’une autorisation, et nous devons prévoir un plan B au cas où, pour lequel nous avons aussi les mêmes démarches à faire et où nous devons aussi attendre », rapporte-t-il, songeur.

Et la suite ?

Maurice Benoit compte poursuivre cette voie avec coeur et fierté. L’objectif principal de l’association est de développer ses actions sur le territoire vietnamien. “J’essaie de trouver de nouveaux partenaires pour les constructions à venir : plus de maisons pour les pauvres, aider Mère Isabelle à construire un nouveau centre d’accueil pour les femmes âgées. La structure existait déjà avant mais était bien trop petite pour accueillir plus de 100 femmes - elles n’étaient que 25 au début », se félicite-t-il. Maurice est à la recherche d’autres volontaires vietnamiens francophones passionnés par l’action humanitaire pour accompagner ses missions. Et de conclure, infatigable : « J’aimerais retourner l’année prochaine dans le Mékong pour mettre en place une antenne de l’association là-bas ».

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