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Tatiana Rojo : « La meilleure arme c’est le rire »

Par Valérie Keyser | Publié le 04/04/2019 à 07:36 | Mis à jour le 19/04/2019 à 14:26
Photo : (© Valerie Keyser, lepetitjournal.com/heidelberg-mannheim)
Tatiana Rojo Valérie Keyser - Copie

Après le triomphe de la comédie hilarante de Philippe de Chauveron sortie en 2014, « Monsieur Claude und seine Töchter » (Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ?) avec Christian Clavier et Chantal Lauby, la famille Verneuil se retrouve réunie sur le grand écran en 2019 dans « Monsieur Claude 2 » (Qu’est-ce qu’on a encore fait au Bon Dieu ?).

Plus grand succès au box-office en 2014 en France avec pas moins de 12 millions d’entrées et près de 4 millions en Allemagne, la version 2 du film présentée en avant-première par les acteurs dans plusieurs villes d’Allemagne, sort officiellement dans toutes les salles ce jeudi 4 avril. Lepetitjournal.com/heidelberg-mannheim a eu le privilège d'interviewer au LUX Kinos de Frankenthal près de Mannheim, l’actrice Tatiana Rojo qui incarne Vivianne Koffi, fille d’André Koffi et sœur de Charles.

Alors que Claude et Marie Verneuil, bourgeois catholiques ont subi un premier choc en mariant leurs filles à des Français issus de l’immigration et de différentes religions, ils doivent à nouveau faire face à un nouveau cataclysme. Entre les gendres qui décident de quitter la France, les stratagèmes de Claude et Marie Verneuil pour les en dissuader et le refus d’André Koffi d’assister au mariage de sa fille Viviane, un lot de situations à la fois drôles et désopilantes tient le spectateur en haleine jusqu’au dénouement de l’intrigue.


Lepetitjournal.com/heidelberg-mannheim : Claude et Marie Verneuil ont marié leurs filles un peu à contre cœur à des personnes d’origine étrangère dans « Monsieur Claude und seine Töchter » (Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ?. Dans « Monsieur Claude 2 » (Qu’est-ce qu’on a encore fait au Bon Dieu ? »), leurs gendres manient le french Bashing et veulent s’installer à l’étranger. De leur côté, André et Madeleine Koffi, les parents de Charles et de Viviane que vous incarnez, sont de retour en France pour votre mariage, mais là non plus, tout ne se passera pas comme prévu. A quoi doit s’attendre le spectateur cette fois-ci ?

Tatiana Rojo : Ce qui va étonner le spectateur c’est toute la stratégie que Claude Verneuil va mettre en place avec sa femme Marie pour convaincre ses gendres de rester en France et renoncer à leurs projets à l’étranger, mais aussi le point de vue du père Koffi suite au mariage de sa fille.


On a pu lire des avis divergents dans la presse française concernant ce film. Certains journaux estiment que la version 2 est encore meilleure que la 1ere sortie en 2014, d’autres au contraire trouvent que le scénario est un peu réchauffé voire prévisible. Comment avez-vous accueilli le nouveau script ?

C’est toujours difficile de faire un numéro 2, c’est normal qu’il y ait des critiques mais je trouve que la dernière version est mieux écrite que la première. Philippe de Chauveron, le réalisateur et Guy Laurent, le scénariste, ont bâti une belle trame et imaginé de nouvelles situations cocasses et des surprises auxquelles ont ne s’attendait vraiment pas. En tant que comédienne j’aime beaucoup la version 2.


Quelles sont justement les scènes les plus cocasses selon vous dans cette dernière mouture de Monsieur Claude, si on peut les dévoiler ?

Les moments les plus drôles du film sont la naissance du petit Koffi, mon neveu, le fils de Laure et Charles et la venue de mon papa à mon mariage. Il ne voulait pas assister au mariage et finalement il est venu. C’est un moment de pardon, de réconciliation plein d’émotion. En ce qui me concerne je n’ai pas un rôle comique, ce sont les situations qui sont comiques.


 
tatiana rojo
Tatiana Rojo (Viviane Koffi) et Christian Kaltenegger, directeur du LUX Kinos Frankenthal. (© Valerie Keyser, lepetitjournal.com/heidelberg-mannheim)

Christian Clavier est très connu en France comme en Allemagne pour être quelqu’un de particulièrement drôle. L'était-il aussi lors des tournages ?

Oui, je l’aime beaucoup, tout comme Pascal N’Zonzi, ce sont mes deux papas (Rires). Nous avons passé des moments formidables lors des tournages avec toute l’équipe. Il faut cependant beaucoup se concentrer lorsqu’on joue même la comédie, c’est un vrai travail.


Est-ce que selon vous ce film, derrière son enveloppe comique, cherche à dépeindre une réalité dans une société en proie à la montée des populismes, nationalismes, extrémismes et comportement homophobes ?

Je pense qu’il ouvre le débat et c’est tant mieux. Le film aborde des sujets sensibles, comme l'identité, la religion, les préjugés. « Qu’est-ce qu’on a encore fait au Bon Dieu » représente une large fenêtre sur la connaissance de l’autre, sur les failles de chacun, il montre que le fait de vivre ensemble est encore possible malgré toutes les difficultés qu’on peut avoir. Cette ouverture qu’a le père Verneuil envers ses gendres aux origines diverses en est la preuve ou encore le papa de Viviane qui finit par accepter le mariage de sa fille. Tout ça les rend très attachants. Même si à la base l’objectif de Philippe de Chauveron était surtout de faire rire comme il dit souvent, on peut analyser le film comme un film sur l’acceptation de l'autre et le vivre-ensemble malgré nos différences. La mixité dans le film, c'est la France d’aujourd’hui.


Tout comme Noom Dawaria qui joue le rôle de Charles, vous êtes Française, née en France. Avez-vous déjà été confrontée au racisme en raison de votre couleur de peau ?

Mon parcours est un peu particulier. Je suis née en France mais à l’âge de 6 ans je suis partie avec ma mère en Côte d’Ivoire. J’ai grandi dans le pays d’origine de ma mère et j’y ai fait tout mon parcours scolaire jusqu’à 18 ans. C’était son souhait, elle voulait que ses enfants retrouvent leurs racines et en soient fiers. Oui, j’ai été victime du racisme mais des deux côtés de toute façon. Côté africain, c’était davantage de l’ostracisme que du racisme, j’étais différente car j’avais un autre accent que les autochtones, j’étais une « chakobi » qui signifie parler comme une blanche, on me disait « Mais c’est pas possible, tu parles comme une Européenne » et je me retrouvais toute seule avec 10 personnes autour qui me tapaient car je n’arrivais pas à parler comme eux. J’ai appris à parler comme eux avec le temps et j’ai été acceptée. Je pense que le racisme est tout à fait humain, c’est-à-dire qu’on a toujours peur de l’autre, peur de l’étranger car on se dit qu’on va perdre quelque chose mais ce n’était pas cette forme de racisme, c’est plutôt de l’incompréhension, de la méconnaissance et parfois de la méchanceté.. J’ai eu la chance de naître en France et grandir en Afrique, j’ai toujours eu un œil sur l’humain en ce qui me concerne, il ne faut pas avoir peur de l’autre.


Vous êtes humoriste sous le nom de Amou Tati et avez été élue meilleure actrice au festival de cinéma de Montréal (Canada) pour votre rôle dans la fiction « Danbé, la tête haute », où vous jouez la mère d’une boxeuse. Vous considérez-vous plutôt comme une humoriste ou comme une actrice ?

Les deux. Pour moi c’est complémentaire. J’ai commencé par faire du théâtre, je suis montée sur les planches en Côte d’Ivoire et ensuite j’ai joué dans quelques films et j’ai constaté que le téléphone ne sonnait pas en permanence (Rires), Un jour j’ai vu mon reflet dans le miroir, j’ai croisé les jambes et j’attendais que le téléphone sonne. Je me suis alors dit « Tatiana, tu n’es pas venue en France pour croiser les jambes ». J’ai décidé de parler de ma mère Michèle qui est malheureusement décédée aujourd’hui et j’en ai fait un spectacle intitulé « Amou Tati la dame de fer ». J’ai eu la chance d’avoir une mère combative qui a élevé seule ses six enfants. Elle a aussi cru en moi et je lui dois ce que je suis aujourd’hui. J’ai fait le tour du monde avec ce one woman show qui ressemble un peu à « Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu » puisque c’est l’histoire d’une mère qui a quatre filles qui épousent quatre étrangers mais je l’ai écrit bien avant la première version du film en 2009 ! (Rires).


Vous avez également joué dans de nombreuses comédies dont la comédie dramatique « La vie de château » de Cédric Ido et Modi Barry sorti en 2017, qui sous ses aspects comiques dépeint la dure réalité des rabatteurs de la station de métro « Château d’eau à Paris » pour le compte de salons de coiffure. Pensez-vous que l’humour soit le meilleur vecteur pour véhiculer des messages forts ?

Bien sûr. Je dis toujours que l’humour prend ses racines dans le drame. Dans "Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ?" et "Qu'est-ce qu'on a encore fait au Bon Dieu ?", Philippe de Chauveron a d’ailleurs une plume très fine et assez suggestive car il arrive à mettre des rires sur des choses qui peuvent paraître très lourdes. Je peux lui tirer ma perruque (Rires). L’humour arrive à débloquer des situations très difficiles, c’est pour ça que je suis humoriste et je dis toujours je me presse de rire au lieu d’en pleurer, la vie est tellement dure qu’il faut faire une poésie avec tout ce que l’on a et le rire est la meilleure arme pour cela.

Concernant les rabatteurs, ils n'ont pas une vie facile en effet, c’est le premier métier que font de nombreux Africains lorsqu’ils arrivent à Paris. Leurs conditions de vie sont très dures, ils rabattent les clientes pour les salons de coiffure afro, leurs journées commencent très tôt et finissent très tard pour une rémunération très faible. Dans ce film, j’ai eu le plaisir de jouer avec le célèbre acteur et réalisateur Jacky Ido.


Le film « Monsieur Claude und seine Töchter » (Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ?) a fait un véritable carton en Allemagne lors la sortie de la version 1 en 2014. Est-ce que vous vous attendiez à ce triomphe en 2014 et pensez-vous que « Monsieur Claude 2 » remportera le même succès ?

J’ai découvert cela il y a trois jours seulement ! Et d’ailleurs je suis épatée de m’entendre parler allemand, ma doublure a un accent merveilleux (Rires). Je me suis renseignée, j’ai demandé à des gens autour de moi pourquoi le film plaisait autant et on m’a répondu qu’il y avait une méconnaissance de toutes ces cultures, qu'il permettait d’apprendre des choses et qu’ils auraient pu être ce Monsieur Claude. En Afrique, « Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? » est aussi un phénomène. En Côte d'Ivoire, j’entends des phrases comme « On va manger attieké poisson braisé avec jus de gnama kouddji » (du poisson braisé avec du jus de gingembre, ndlr) qui est une de mes tirades de la version 1, les gens s’identifient au film. Aussi, il y a déjà eu 7 millions d’entrées en France pour « Qu’est-ce qu’on a encore fait au Bon Dieu ? », je suis sûre qu’il en sera de même en Allemagne pour « Monsieur Claude 2 » !

Valerie Keyser

Valérie Keyser

Ex directrice des éditions de Francfort et Heidelberg-Mannheim (09/2013-06/2019), Valérie a décidé de se consacrer dorénavant à la rédaction en chef et à ce titre, elle définit la ligne éditoriale et les sujets.
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