Édition internationale

Quand Vues d'Afrique prend racine au FFPE

En accueillant une programmation spéciale issue du Festival international du Cinéma Vues d'Afrique, le Festival de films pour l'environnement (FFPE) a créé un pont entre deux manifestations québécoises qui partagent une même conviction : le cinéma peut rapprocher les cultures tout en nourrissant les grands débats de société. Les projections et les rencontres ont offert un regard concret sur des initiatives menées en Afrique, où la protection de la nature va de pair avec le développement des communautés.

Affiche FFPE et Vue dAfriqueAffiche FFPE et Vue dAfrique
Le Festival de Films Pour l'Environnement ouvre ses écrans à Vues d'Afrique. Illustration LPJ
Écrit par Bertrand de Petigny
Publié le 9 août 2026

 

 

Pour sa journée en partenariat avec le festival Vues d'Afrique, le FFPE a offert une immersion dans des réalités africaines où les défis environnementaux sont indissociables des enjeux sociaux, économiques et humains.

Quatre productions du Kenya, du Cameroun, du Sénégal et du Bénin ont rythmé l'après-midi. Mais ce sont surtout les échanges avec les invités qui ont transformé ces projections en véritables rencontres, fidèles à l'esprit du festival.

 

Quand protéger la nature permet aussi de mieux vivre

La journée s'est ouverte avec Amkeni – Réveillez-vous, un documentaire de six minutes réalisé par Edward Hunt. Le film suit des femmes kényanes qui restaurent les mangroves tout en développant une activité d'apiculture, démontrant qu'environnement et développement économique peuvent avancer de concert.

À l'issue de la projection, Andréanne Martel, directrice du projet ReSea chez Mission Inclusion – une organisation canadienne de coopération internationale qui agit également en faveur de l'inclusion sociale au Québec – est venue replacer le film dans son contexte.

 

Andréanne Martel
Andréanne Martel

 

« Le but du projet, c'est que les communautés qui vivent dans les zones côtières soient plus résilientes face aux changements climatiques en développant des activités économiques qui protègent l'environnement tout en leur permettant de mieux vivre », a-t-elle expliqué. Déployé pendant quatre ans dans cinq pays d'Afrique de l'Est, ReSea accompagne les populations locales dans la restauration des mangroves, la création de revenus durables et le renforcement de leur autonomie.

L'histoire du film est elle-même révélatrice. En 2025, la BBC lance un appel à projets pour mettre en lumière des initiatives où la protection de la nature profite directement aux populations. Mission Inclusion soumet l'expérience menée au Kenya. « On croyait que cette communauté était un bel exemple de résilience : des gens qui se mettent ensemble pour améliorer leurs conditions de vie et leur environnement », raconte Andréanne Martel. Sélectionné parmi plus de 500 candidatures, le projet devient l'un des documentaires produits par la BBC avant d'entamer un parcours remarqué dans plusieurs festivals, dont Vues d'Afrique.

 

La mangrove, un patrimoine aussi précieux que méconnu

Au fil des questions du public, Andréanne a détaillé l'importance écologique des mangroves.

Ces forêts côtières, présentes dans les zones tropicales, jouent un rôle essentiel dans le stockage du carbone, la reproduction des poissons et la protection des littoraux. Pourtant, elles disparaissent souvent parce que leur bois constitue une ressource indispensable pour les populations qui vivent dans des conditions précaires.

Pour Mission Inclusion, la solution ne consiste pas simplement à interdire leur exploitation.

« On ne peut pas demander à des gens qui sont en situation de survie d'arrêter la seule activité qui leur permet de nourrir leur famille », a résumé Andréanne Martel. L'objectif est donc de créer des alternatives économiques suffisamment rentables pour que protéger la mangrove devienne plus avantageux que la détruire.

Les résultats sont déjà visibles. Dans certaines communautés, les groupes de femmes vivent désormais principalement de l'apiculture et développent leurs propres points de vente, au point que certaines initiatives gagnent progressivement en autonomie.

 

Le cinéma comme ambassadeur des initiatives locales

Au-delà de la sensibilisation, le documentaire est devenu un outil de valorisation pour les communautés elles-mêmes.

Présenté lors de rencontres internationales consacrées à la conservation de la nature, le film a également été projeté au Kenya devant les habitantes qui y apparaissent. Andréanne Martel a raconté l'émotion des deux principales protagonistes découvrant leur histoire sur grand écran, entourées des communautés voisines. Une reconnaissance symbolique qui donne une visibilité nouvelle à leur engagement quotidien.

 

 

Le parcours du film illustre aussi les passerelles entre festivals. Mention d'honneur à Vues d'Afrique, Amkeni – Réveillez-vous poursuit sa route jusqu'au FFPE, où il trouve naturellement sa place dans une programmation consacrée aux solutions environnementales.

 

Une Afrique plurielle à travers quatre regards

L'après-midi s'est poursuivi avec Code Vert, fiction camerounaise imaginant un futur où l'humanité lutte pour préserver une ultime solution écologique, puis avec Wifi de rue, court-métrage sénégalais récompensé par le Prix du développement durable lors de la 42e édition de Vues d'Afrique.

La projection s'est conclue avec Lakantane – La Méduse, premier épisode d'une série sénégalo-béninoise distinguée comme Meilleure série Web/TV lors de Vues d'Afrique. L'œuvre aborde l'érosion côtière, la pression immobilière et la mobilisation citoyenne d'une jeunesse décidée à défendre son territoire.

À l'issue de la séance, les échanges se sont poursuivis avec Kotimi Guira, chargée de la programmation du Festival international du Cinéma Vues d'Afrique, prolongeant cette volonté commune des deux festivals de faire dialoguer les œuvres avec leurs contextes et leurs réalités.

 

 

Léo Denis Carpentier et Kotimi Guira
Léo Denis Carpentier (directeur artistique du FFPE) et  Kotimi Guira (directrice de la programmation de Vues d'Afrique)

 

 

Quand deux festivals parlent d'une même voix

En accueillant cette journée Vues d'Afrique, le Festival de films pour l'environnement démontre que les défis écologiques dépassent largement les frontières. Les films projetés parlent de mangroves kényanes, de villages côtiers sénégalais ou d'un futur imaginé au Cameroun, mais tous posent une question universelle : comment protéger la planète sans oublier celles et ceux qui y vivent ?

Cette rencontre entre Vues d'Afrique, qui célèbre sa 42e édition, et le Festival de films pour l'environnement, qui fête cette année sa 22e, dépasse le simple partenariat de programmation. Elle réunit deux festivals québécois qui, chacun dans leur domaine, ont fait du cinéma un espace de dialogue. L'un ouvre une fenêtre sur les réalités africaines depuis plus de quarante ans, l'autre invite depuis plus de vingt ans à repenser notre rapport au vivant. Ensemble, ils rappellent que les grands défis de notre époque se comprennent toujours mieux lorsqu'ils sont racontés à hauteur d'hommes et de femmes.


 

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