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Qui décide vraiment dans la Francophonie ? Les rouages méconnus du pouvoir

Les 15 et 16 novembre prochains, Phnom Penh accueillera le XXe Sommet de la Francophonie. Les dirigeants des États et gouvernements francophones y définiront les grandes orientations de leur coopération. Mais les décisions ne se prennent pas uniquement lors de ces rencontres biennales. Entre deux Sommets, ministres et diplomates assurent la continuité politique de la Francophonie. Premier volet de notre série pour comprendre qui décide, qui agit et qui contrôle.

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Les trois instances politiques de la Francophonie : le Sommet fixe les grandes orientations, la Conférence ministérielle assure la continuité politique et le Conseil permanent prépare et suit les décisions. Illustration LPJ
Écrit par Bertrand de Petigny
Publié le 1 novembre 2026

 

 

 

Le Sommet, là où se fixent les grandes orientations

C'est la partie la plus visible de la Francophonie institutionnelle : tous les deux ans, les chefs d'État et de gouvernement se retrouvent pour définir les grandes orientations de leur coopération.

Le Sommet constitue l'instance suprême de la Francophonie. Il adopte des déclarations et des résolutions, définit les priorités stratégiques de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et se prononce sur l'admission de nouveaux membres ou les changements de statut.

Il lui revient également d'élire le Secrétaire général de la Francophonie pour un mandat de quatre ans. Un choix particulièrement important, puisque cette personnalité incarne l'Organisation sur la scène internationale et conduit son action politique et diplomatique.

 

XIXe sommet de la francophonie à Paris - Roi Norodom Sihamoni

 

À Phnom Penh, cette élection figurera parmi les décisions majeures. Les chefs d'État et de gouvernement des 53 membres de plein droit devront désigner la personne qui dirigera la Francophonie pour la période 2027-2030.

Mais le Sommet ne se résume pas à cette élection. Les dirigeants sont également appelés à se prononcer sur des orientations préparées durant les mois précédents par les autres instances.

Car deux années séparent chaque Sommet. Les crises internationales, les programmes de coopération et les questions budgétaires, eux, n'attendent pas.

 

conférence ministérielle de la francophonie

 

La Conférence ministérielle, un pouvoir moins visible mais essentiel

C'est ici qu'intervient la Conférence ministérielle de la Francophonie (CMF), deuxième instance politique de l'Organisation.

Elle réunit chaque année les ministres représentant les États et gouvernements de la Francophonie, généralement ceux chargés des Affaires étrangères ou de la Francophonie. Son rôle est double : préparer les Sommets et veiller à l'application des décisions qui y sont prises. Mais ses responsabilités vont bien au-delà de la préparation des grandes rencontres diplomatiques.

La CMF adopte notamment le budget de l'OIF, examine ses rapports financiers et décide de la répartition du Fonds multilatéral unique, l'un des principaux instruments de financement des programmes de coopération francophones.

Elle peut également adopter des résolutions sur les grandes questions internationales, la démocratie, les droits humains ou les priorités de la coopération.

En novembre 2025, réunie à Kigali, au Rwanda, la 46e Conférence ministérielle a ainsi adopté un appel consacré à l'égalité entre les femmes et les hommes. Elle a également examiné plusieurs textes institutionnels, administratifs et financiers.

C'est aussi à ce niveau que peuvent être adoptées des règles encadrant les relations de l'OIF avec ses partenaires, notamment les organisations non gouvernementales.

À Phnom Penh, une nouvelle Conférence ministérielle se tiendra le 14 novembre, à la veille du Sommet. Les ministres examineront les dossiers préparés au cours des derniers mois avant leur éventuelle soumission aux chefs d'État et de gouvernement.

Cette réunion ministérielle ne doit pas être confondue avec les conférences sectorielles consacrées à la culture, à l'éducation ou à la justice. Celles-ci possèdent des missions et des statuts différents, que nous examinerons dans le prochain article.

 

Conseil permanent de la francophonie - CPF

 

Le Conseil permanent, là où la Francophonie travaille toute l'année

Moins connu du grand public, le Conseil permanent de la Francophonie (CPF) joue pourtant un rôle central dans le fonctionnement de l'Organisation.

Il réunit les représentants personnels des chefs d'État ou de gouvernement, souvent appelés sherpas. Ces diplomates et hauts fonctionnaires assurent le lien entre leurs gouvernements et les institutions francophones.

Contrairement au Sommet, qui se tient tous les deux ans, ou à la CMF, réunie annuellement, le CPF se rencontre plusieurs fois par an. Il peut également être convoqué en session extraordinaire lorsqu'une situation l'exige.

Présidé par la Secrétaire générale de la Francophonie, il agit sous l'autorité de la Conférence ministérielle. Ses responsabilités sont considérables : préparer les décisions, suivre leur application, examiner les programmes de coopération, étudier les prévisions budgétaires et analyser les situations politiques dans l'espace francophone.

Il dispose également de compétences particulières en matière de démocratie et de gestion des crises. Dans les conditions prévues par les textes de la Francophonie, il peut notamment prononcer la suspension d'un pays à la suite d'un coup d'État militaire contre un régime démocratiquement élu.

Pour accomplir ce travail, le CPF s'appuie sur quatre commissions spécialisées : politique, économique, coopération et programmation, administrative et financière.

Ces commissions examinent les dossiers, rapprochent les positions des délégations et préparent les arbitrages. Elles constituent une partie essentielle, mais rarement visible, du fonctionnement institutionnel.

 

Ce qu'il faut retenir de la 134e session du Conseil permanent

 

 

Du Conseil permanent au Sommet, le parcours d'une décision

Le 13 octobre dernier, à Paris, la 134e session du CPF a constitué l'une des dernières étapes préparatoires au Sommet du Cambodge. Les délégations ont notamment examiné un projet de résolution sur les situations de crise, de sortie de crise et de consolidation de la paix dans l'espace francophone.

Ce texte illustre le fonctionnement des trois instances. Après son examen par le CPF, il doit être présenté aux ministres réunis à Phnom Penh le 14 novembre, avant d'être soumis aux chefs d'État et de gouvernement lors du Sommet. De sa préparation diplomatique à son éventuelle adoption politique, une même résolution passe ainsi par plusieurs niveaux de décision.

Cette activité ne se limite pas aux préparatifs des Sommets. Lors de sa session du 1er juillet, le CPF avait également examiné les situations au Liban et en Haïti, ainsi que les actions menées par l'OIF pour accompagner différents processus électoraux.

Trois instances, trois niveaux de responsabilité. Le Sommet fixe les grandes orientations, la Conférence ministérielle prend les décisions relevant de ses compétences et veille à leur application, tandis que le Conseil permanent assure le suivi et la continuité de l'action politique entre les réunions.

Reste à comprendre comment ces orientations se déclinent dans les différents domaines de la coopération francophone. Car, au-delà des grandes instances politiques, des ministres de la Culture, de l'Éducation ou de la Justice se réunissent eux aussi pour définir des priorités communes. Avec quels pouvoirs et quels résultats ?


 

Dans notre prochain article : les conférences ministérielles sectorielles, entre déclarations politiques, coopération et engagements des États.

 

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