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FRANCOPHONIE – La Fondazione Primoli à Rome

En 1928 est créée la Fondazione Primoli, du nom de son fondateur, le comte Joseph Primoli, photographe et bibliophile remarquable. Elle est  l'une des plus anciennes fondations italiennes de Rome dont le but est de promouvoir les relations culturelles entre l'Italie et la France, notamment dans les domaines de la littérature et des études modernes. Afin de découvrir ce phare biculturel, la rédaction a rencontré son président, le professeur Massimo Colesanti.

Lepetitjournal.com : Comment est née la fondazione Primoli ?

Portrait du comte Primoli (Rome, 1851 – Paris, 1927)

La famille Joseph Napoléon Primoli s'était installée à Paris en 1853 où elle demeura jusqu'en 1870. Suite à la chute de l'Empire elle rejoignit Rome. Ainsi le jeune comte reçut une éducation française. Surnommé Gégé, il passa sa jeunesse à la cour de Napoléon III, où il se lia spécialement à l'impératrice Eugénie et au prince Napoléon Eugène. A Paris, il fréquentait le salon de sa tante, la princesse Mathilde Bonaparte, où il rencontra presque tous les écrivains les plus célèbres de son temps, tels Alexandre Dumas fils, Renan, Flaubert, Théophile Gautier, les frères Goncourt et François Coppée. A Rome, sa vie mondaine, son talent de collectionneur et sa passion pour Stendhal et pour la photographie firent de lui une sorte de célébrité. Il fut notamment l'ami, le confident et le conseiller de Gabriele d'Annunzio.

Le Palazzo Primoli

La Fondation est hébergée dans le Palazzo Primoli, situé Via Zanardelli. Le  bâtiment fut acheté par le comte Luigi Primoli en 1820. En 1901, la demeure du comte devint le salon mondain et littéraire le plus prisé de la capitale : c'est là qu'il photographiait la société du temps du roi Humbert Ier. Les artistes, les hommes de lettres ainsi que la nouvelle génération de journalistes et d'écrivains italiens de l'époque, participaient sans aucune hésitation aux rencontres organisées par le comte. En outre, le comte reçut en séjour dans son palais Guy de Maupassant et Sarah Bernhardt.

La même année, le comte chargea l'architecte romain Raffaello Ojetti, de transformer le petit palais en une demeure aristocratique de style néo-seizième siècle. Ainsi le noyau originel du bâtiment fut englobé dans une nouvelle construction dont les appartements publics, tels que le Grand salon et  la Grande bibliothèque, offraient  une vue sublime sur la rive du Tibre, sur le Castello Sant'Angelo et sur le nouveau pont, achevé en 1891, et consacré à Marguerite de Savoie première reine d'Italie, ainsi que  sur le quartier appelé les "Prati di Castello" ou "Prés du Château".

Le quartier des Prés du Château

Édifié entre 1970 et 1879, Prati est un quartier "umbertino", du nom du roi savoyard Umberto, dont le schéma radial sera aussi accepté par Marcello Piacentini, le célèbre architecte de la période fasciste, qui planifie le quartier de l'exposition universelle de Rome (EUR).

En fait, prévoyant l'Exposition universelle de 1911, le Comité Nathan, conçoit une première urbanisation de ce quartier avec une structure viaire à schéma radial. De plus, bien des bâtiments de ce quartier seront réalisés en style parisien éclectique, tel que le Villino Roy, situé Via Crescenzio.

Massimo Colesanti : Parler de la fondation, c'est parler du comte Primoli. En fait, la Fondation a été créée en 1927 par le testament du comte, et le 8 mars 1928, elle a été constituée en personne morale par le Décret Royal n° 942. Le comte Joseph Napoléon Primoli, arrière-petit fils de Joseph et de Lucien Bonaparte, se définissait "d'esprit français et de cœur italien". En fait, il a toujours vécu entre deux cultures, deux pays : la France, où il reçut son éducation, et l'Italie, où il anime un salon mondain. Il fut une personnalisé importante aussi bien de la haute société romaine que parisienne. Il ressentait fortement l'appartenance à la famille impériale, dont il représentait la branche romaine. Pour ces raisons, à la fois affectives et généalogiques, il décida par testament de créer une Fondation dans son palais de Rome. Par ailleurs, pour présenter les Bonaparte sous un aspect intime, il décida aussi de constituer le Musée Napoléonien avec la collection de témoignages les plus divers concernant la famille impériale. Des documents, des tableaux, des sculptures et des objets personnels, rassemblés par le comte, célèbrent la prospérité économique de l'Empire. Après sa mort, ce musée fut légué à la ville de Rome. Il est aujourd'hui administré par la mairie.

La Fondation semble inactive depuis près de deux ans. Avez-vous prévu un plan de relance des activités culturelles ?

Bien sûr. La Fondation est maintenant orientée vers les évènements aussi bien nationaux qu'internationaux afin de se développer, de faire peau neuve, mais toujours dans le domaine de recherche interdisciplinaire consacré au mouvement des lettres et des arts en France et en Italie. Je vous avoue qu'à l'occasion d'Expo 2015, nous organiserons une exposition de photographies, presque toutes prises par le comte Primoli, et en partie par son frère Luigi. La Fondation dispose d'un exceptionnel fonds photographique, qui comprend environ 15.000 plaques et photographies. Au travers de ses voyages, en Albanie, en Grèce, en Italie et en France, le comte vous dévoilera au travers de ses photos, la Rome mondaine, les célébrités italiennes et françaises, la présence à Rome du cirque de Buffalo Bill au quartier des Prés du Château en mars 1890, et  notamment la Paris de 1889, lors de l'Exposition universelle, quand la Tour Eiffel fut inaugurée. En outre, à l'automne, nous prévoyons une exposition d'estampes, d'affiches, de gravures, de livres et d'autres documents évoquant l'histoire de l'entrée en guerre de l'Italie en 1915 aux côtés de la France. 

Pouvez-vous nous en dire davantage à propos des bourses d'étude octroyées par la fondation ?

Les bourses d'étude représentent le cœur de la genèse et de l'évolution de cette Fondation. A sa manière le comte Primoli a été un mécène, toujours prêt à encourager et subventionner aussi bien les jeunes talents que les vieilles célébrités. Malheureusement, pour des raisons financières, le pensionnat de la Fondation a été supprimé. Mais elle assigne chaque année, en collaboration avec le ministère des Affaires étrangères italien et l'Ambassade de France en Italie, un certain nombre de bourses d'études à des citoyens français pour l'Italie et à des citoyens italiens pour la France. En outre, une bourse d'étude de 5.000 euros, pour un séjour de 5 mois à Rome, est octroyée par la Commission interne de la Fondation Primoli. Peuvent présenter une demande de bourse d'étude les jeunes chercheurs de moins de 35 ans qui ont l'intention de mener des études ou des recherches à Rome, sur des sujets concernant la littérature, l'histoire, la civilisation, l'art italien ou français, des Lumières à la première guerre mondiale. 

Aujourd'hui, l'évolution des bibliothèques est un constat évident : elles sont de plus en plus informatisées. Ces évolutions technologiques ont-elles touché la bibliothèque de la Fondation ?

Actuellement, la bibliothèque Primoli dispose d'un catalogue informatisé et fait partie du SBN, le catalogue collectif de l'Italie. En outre, nous avons déjà digitalisé l'archive photographique qui est maintenant disponible en ligne.

La Semaine de la langue française et de la Francophonie, fête cette année son 20e anniversaire, du 14 au 22 mars 2015. Que pensez-vous de cette initiative et de la place du français en Italie et à Rome en particulier ?

A Rome, l'Institut français-Centre Saint-Louis a préparé un programme garni pour la Semaine de la langue française et de la Francophonie. Le festival Francofilm, comme les autres activités proposées, est une initiative très efficace permettant de découvrir la culture française et francophone. Cependant, en tant que professeur émérite de littérature française à La Sapienza, je dois admettre que la langue française a perdu du terrain. En ce moment, le français n'est que la troisième langue choisie par les étudiants de l'université.

Propos recueillis par Gianluca Venturini (Lepetitjournal.com de Rome) – vendredi 20 mars 2015

 


Via Zanardelli, 1


L'ensemble des espaces de la Fondation sont visitables sur demande.

Horaires d'ouvertures de la bibliothèque:
Du lundi au vendredi de 09h à 16h30.

Crédits photos : Fondazione Primoli

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