

En 2010, le Brésil a été le pays à rapatrier le plus de joueurs ? 135 au total ? et notamment des stars comme Deco ou Ronaldinho. Pré-retraite ou nouveau départ ? Si certains moquent leurs envies de carnaval, les explications semblent avant tout financières
"A chaque fois que je venais à Rio, on me disait de me faire transférer ici, parce que mon âme est carioca. Ils avaient raison. Je suis très heureux, je suis né avec la samba dans le sang et ici c'est le royaume du divertissement. J'aime la musique et le mélange, je voudrais que ma maison soit toujours remplie de gens", a récemment déclaré Ronaldinho.
Arrivé l'année dernière à Flamengo, provoquant l'ire de son club formateur, Grêmio, qui ne lui pardonnera sans doute jamais cet affront, Ronaldinho semble heureux là où il est. D'autant plus que ses potes Ronaldo et Adriano (ce dernier venant d'arriver aux Corinthians de São Paulo) ont promis de venir écumer les plages cariocas aux prochaines vacances. Voilà qui n'est pas sans rappeler de mauvais souvenirs à Carlos Alberto Parreira, sélectionneur du Brésil lors de la Coupe du Monde 2006, qui avait bien eu du mal à les empêcher de faire la fête les veilles de match.
Mais cela ne s'arrête pas là : l'année dernière, 135 joueurs sont revenus au pays, dont 10 au seul club de Flamengo. Et pas n'importe lesquels, puisqu'il s'agit de joueurs tels que Roberto Carlos, Deco, Fred, Robinho, bientôt rejoints par Juninho, l'ancien lyonnais, qui va s'engager avec Vasco de Gama. Le championnat brésilien regorge d'anciennes gloires revenues au pays. Ainsi, quand Corinthians et Fluminense luttaient pour la tête du Brasileirão, les chocs voyaient s'affronter Ronaldo et Roberto Carlos d'un côté, Deco et Fred de l'autre. Avantage aux seconds.
Pré-retraite?
Ce qui impressionne le plus, c'est la moyenne d'âge des revenants : 29 ans. A bientôt 38 ans et après une pige en Ouzbékistan, Rivaldo vient de s'engager avec le Sao Paulo FC. En France, son âge aurait fait reculer tout le monde. Pas au Brésil. "Rivaldo sera le cerveau de notre équipe", a affirmé joyeusement Paulo César Carpegiani, coach de son équipe d'accueil.
Pour quels résultats? Si on ne peut pas encore jauger le niveau de Rivaldo, on peut s'interroger sur le succès de ceux qui ont jadis semé la terreur dans les défenses européennes. Sur le plan sportif, le bilan est mitigé. Si Fluminense a bel et bien été champion, Fred a raté une grande partie de la saison à cause de blessures, et Deco, à court de condition, était cantonné au banc des remplaçants ; pendant ce temps-là, son concurrent au poste de meneur de jeu, Conca, empochait le titre de joueur de l'année. Aux Corinthians, Ronaldo a fait parler son sens du but lorsqu'il a joué, ce qui n'était pas si fréquent, alors que Roberto Carlos, 40 ans, est resté indéboulonnable dans son couloir gauche. Enfin, Ronaldinho a réussi à gagner le championnat carioca avec Flamengo, et même si son niveau de jeu est resté plus que moyen, c'est lui qui fait gagner la finale d'un coup-franc victorieux.
C'est plus sur le plan économique que ces transferts rapportent. Le président des Corinthians, Andres Sanchez, ne s'y est pas trompé en misant sur le fait que la venue de Ronaldo remplirait sans doute plus les caisses que les filets adverses. Et à raison : le chiffre d'affaires a augmenté de 44% avec l'arrivée d'El Fenomeno, tous les supporters de Corinthians ont son maillot sur les épaules.Le résultat a été sensiblement le même pour Flamengo, surtout lorsqu'on voit que chaque but de Ronaldinho est fêté tel une victoire en finale de Coupe du Monde, et qu'un char lui a même été dédié pour le carnaval.
Une explication : la crise économique européenne
Si les raisons sportives ne manquent pas pour expliquer leur retour au bercail (relancer sa carrière pour Robinho, reconversion dans l'encadrement pour Ronaldo et Juninho), il faut aller chercher du côté des finances européennes pour comprendre l'ampleur du phénomène. Ces dernières années, avec une situation économique bien plus favorable aux pays émergents, et l'impact de la crise économique sur les marchés occidentaux, les clubs européens ont du fermer leur porte-monnaie. D'autant plus lorsque le real a atteint un taux record, ce qui a permis aux clubs brésiliens, au contraire, bien plus de folies.
"Il y a aujourd'hui un important flux de joueurs en raison de la crise économique, qui a obligé les clubs européens à faire des ajustements dans leurs comptes", affirme Luiz Gonzaga Belluzzo, économiste, ex-secrétaire en politique économique du ministère du Travail et actuel Président du club de Palmeiras. "Les comptes en banque réduisent la marge attribuée aux recrutements et la vente de joueurs étrangers, c'est un peu le coup de main des athlètes pour alléger la masse salariale", complète-t-il. Le phénomène se fait également ressentir en volley.
Une parfaite illustration de ce phénomène est le cas de Robinho, qui est revenu jouer pour Santos pendant 6 mois l'année dernière. Acheté 42 millions d'euros par Manchester City en 2008, le joueur a été prêté sans aucun coût pour le club brésilien. De cette manière, le club anglais fait quant à lui une économie, pour 6 mois, de 5,25 millions d'euros en salaire. D'autant plus que Robinho n'a pas eu l'effet marketing d'un Cristiano Ronaldo ou d'un Kaka au Real.
On le voit, le phénomène satisfait des deux côtés. Les clubs font des économies sur des joueurs qui, avouons-le, avaient des difficultés à continuer à être dominants en Europe. Quant aux joueurs, ils se refont une santé dans un championnat au niveau moins soutenu, et dans lequel ils sont de véritables stars. Ainsi, Ronaldinho espère réintégrer la Seleção en jouant pour Flamengo, tout en bénéficiant d'un salaire (30.000 euros par jour). "Ronaldinho a ce qu'il mérite, on parle là de quelqu'un qui a un talent hors du commun", commente son copain Ronaldo, qui est lui devenu recruteur pour les Corinthians. Qui sait, peut-être suivront-ils ensuite le même chemin que Bebeto ou Romario, devenus politiciens et élus députés.
Lucas ROXO (www.lepetitjournal.com - São Paulo) jeudi 28 avril 2011
Le onze de départ des rapatriés brésiliens :
Ronaldo - Alex Silva, Edmilson e Roberto Carlos; Corrêa, Juninho e Robinho; Adriano, Vágner Love, Fred e Ronaldinho
























