

Redécouverte dans les années 90, cette photographe et femme de lettres avant-gardiste n'a cessé de questionner le corps et l'identité. Le Jeu de Paume rend aujourd'hui hommage à celle qui a influencé toute une génération d'artistes
Claude Cahun, Autoportrait, vers 1929 (Crédit: RMN / Gérard Blot)
400 négatifs tout au plus, la plupart dispersés et inaccessibles. Voilà ce qui reste du travail de Claude Cahun (1894-1954), artiste singulière et longtemps méconnue. Autant dire que l'exposition que lui consacre le musée du Jeu de Paume est un évènement.
Née Lucy Schowb, dans une famille de la bourgeoisie nantaise, elle adopte dès 1917 le pseudonyme volontairement unisexe de Claude Cahun. Son truc ? Brouiller les cartes. "Masculin ? Féminin ? Mais ça dépend des cas. Neutre est le seul genre qui me convienne toujours", écrit-elle. Son sujet ? Elle-même. Pendant trente ans, Claude Cahun va accumuler les autoportraits, se servir de sa propre image pour mieux se jouer des genres et des codes.
Devant l'objectif, elle apparait en jeune fille studieuse ou coiffée d'un turban à la manière d'une cartomancienne. Mais très vite, l'ambigüité sexuelle et le dédoublement deviennent les thèmes majeurs de son travail. Elle pose tantôt en homme, tantôt en femme, en cheveux longs ou très courts. Performeuse avant l'heure, on la retrouve en haltérophile fardée, en aviatrice androgyne, en bouddha zen? En 1928, elle ira même jusqu'à se mettre en scène de profil le crâne et les sourcils rasés dans un autoportrait déroutant. Autant de métamorphoses qui lui permettent de partir à la quête d'elle-même. 
Une artiste militante
Aux côtés des autoportraits, l'exposition présente aussi ses photomontages, ses fameuses "mises en scène d'objets" et rend compte de son intense activité d'écrivain. Dans les années 30 et face à la montée des totalitarismes, l'artiste radicalise sa démarche, fréquente les grands disciples du surréalisme (Robert Desnos, André Breton, Henri Michaux) et soutient des groupes de l'extrême gauche intellectuelle. Dans ses photos dominent désormais le mannequin de bois, héros de ses "théâtres" sous globe de verre, et le personnage de la "poupée", symbole de la révolte et de la provocation.
Retirée sur l'île de Jersey avec sa compagne de toujours, la plasticienne Suzanne Malherbe, elle rejoint la Résistance pendant la seconde guerre mondiale. Le couple mène des actions contre l'occupation allemande. Pendant quatre ans, Claude Cahun va confectionner des tracts, parfois accompagnés de photomontages exhortant les soldats nazis à déserter. Elle échappera de peu à l'exécution. Artiste inclassable, femme atypique, révolutionnaire, libre, son travail fait aujourd'hui l'objet d'un véritable engouement et à ouvert la voie à bien d'autres artistes comme Francesca Woodman ou Cindy Sherman.
Sophie Djouder (www.lepetitjournal.com) vendredi 22 juin 2011
Infos pratiques
Jeu de Paume, 1, place de la Concorde, 75008 Paris
Jusqu'au 25 septembre
De mardi à vendredi de 12h à 19 h.
Samedi et dimanche de 10h à 19h.
Nocturne le mardi jusqu'à 21h.




































