L’association Français du monde (ADFE) a publié le Baromètre Français du monde 2026, réalisé auprès de 25 688 répondants répartis dans 162 pays. L’enquête révèle les préoccupations des Français de l’étranger : la retraite arrive en tête des inquiétudes, suivie désormais par la crise géopolitique, qui devance le coût de la vie en forte progression. Au-delà de ces priorités, le baromètre met en évidence une communauté de plus en plus exposée aux différentes problématiques sociales et internationales.


Parmi les principales préoccupations exprimées par les Français de l’étranger, la retraite arrive en tête. Elle rassemble à elle seule une série d’inquiétudes liées aux droits sociaux, à l’âge de départ et à l’anticipation de sa situation à long terme. La géopolitique s'impose comme seconde inquiétude, avec les nombreux conflits diplomatiques internationaux qui ont lieu en 2026. Les coûts de la vie, continuant d'augmenter, inquiètent toujours plus les citoyens Français résidant à l’étranger. Suivi par l'accès à l’enseignement qui devient de plus en plus compliqué, notamment financièrement.
Sur plusieurs thématiques, la perception de la France dégringole, de la politique migratoire à la politique étrangère, bien que le rayonnement culturel demeure valorisé au sein des répondants. Les résultats du baromètre montrent également que plus de 42 % des répondants n’envisagent pas un retour en France.
Retraites : un système en France qui inquiète
Selon l’étude, la retraite et les droits sociaux constituent la première préoccupation exprimée, avec 40,3 % des répondants concernés. Depuis septembre 2026, l'âge légal de départ à la retraite est de 64 ans, en France. Une inquiétude qui paraît légitime, lorsqu'on sait que l'âge de départ à la retraite était de 61 ans en 2005. Les projections du Conseil d’orientation des retraites montrent un scénario qui fait réagir. Si le système s’ajuste uniquement en repoussant l’âge de départ, la tendance grimpe fortement, avec un âge moyen estimé à 64,4 ans en 2030 et jusqu’à 67 ans en 2070.

Les données administratives confirment une difficulté d’anticipation des droits. Ces chiffres montrent un problème concret : beaucoup d’expatriés n’arrivent pas à préparer correctement leur retraite à l’avance, lors de leur expatriation. Parmi les répondants âgés de plus de 45 ans, 51,9 % n’ont engagé aucune démarche de retraite. Parmi ceux ayant initié des procédures, 41,2 % signalent des obstacles, principalement liés au manque d’information (42,6 %), à la complexité des accords internationaux (36,7 %) et aux délais de traitement (34,5 %).
Des Français de l’étranger impactés par les crises mondiales
Aujourd'hui, la France est impliquée dans plusieurs conflits internationaux, tels que la guerre en Ukraine ou la crise actuelle au Moyen-Orient. Cela intensifie les inquiétudes des Français de l’étranger, qui voient leur quotidien affecté par ces guerres (inflation, stabilité). La situation géopolitique occupe 36,2 % des réponses, suivie par le coût de la vie (30,6 %) et l’accès à l’assurance maladie (25,1 %). Avec une augmentation des prix qui touche la majorité des pays. Les expatriés ne sont pas épargnés. Les données indiquent une augmentation nette de l’impact des crises globales sur le quotidien. 47,1 % des répondants déclarent des effets concrets des bouleversements internationaux, tandis que 15,7 % évoquent un impact fort. Le coût de la vie progresse fortement dans la hiérarchie des inquiétudes, passant de 12 % en 2019 à 30,6 % en 2026.
Les préoccupations varient selon les zones géographiques. Selon les réponses de l’étude, les Français installés en Europe centrale et en Suisse expriment surtout des inquiétudes liées à la stabilité internationale. Ceux vivant en Espagne et au Portugal sont davantage sensibles à l’inflation. Enfin, ceux établis en Afrique du Nord, en Afrique de l’Ouest et au Proche-Orient se préoccupent principalement de l’accès aux soins et à la scolarité.
Perception de la France : Une image de la France en net recul
L’indice global de perception de la France révèle 44,7 % d’opinions négatives contre 29,4 % d’opinions positives. L'enquête base ces chiffres sur huit dimensions : le rayonnement culturel et francophonie, la politique étrangère, la défense des droits humains, le soutien aux Français de l’étranger, la gouvernance et démocratie, la politique climatique, l’attractivité économique et la politique migratoire .Sur les huits compétences, seul le rayonnement culturel et francophonie détient la moyenne avec 50,8% des personnes avec une opinion positive.

À l’inverse, la politique migratoire (9,8%) enregistre le niveau le plus faible, suivie de l’attractivité économique, de la gouvernance démocratique (23,8%) et du soutien aux Français de l’étranger (24,9%). Une majorité relative de 51,8 % estime que la France ne défend pas efficacement ses intérêts à l’international. Cette perception confirme une dégradation progressive observée depuis les premières éditions du baromètre.
Un accès à l’école française à l’étranger jugé inégal
L'un des enjeux majeurs qui apparaît comme un pilier est l’enseignement français à l’étranger. 44 % des répondants déclarent ne pas connaître les dispositifs éducatifs français (comme l’AEFE ou les associations FLAM). Parmi les personnes informées, 72 % jugent l’accès financièrement difficile, tandis que 78,3 % des familles scolarisées expriment une inquiétude sur l’évolution des frais. Pour les familles choisissant un établissement français du réseau AEFE, les frais de scolarité varient généralement entre 5.000 et 10.000 euros par an, en fonction de plusieurs facteurs comme le niveau (primaire, collège ou lycée), la localisation, et les bourses attribuées.
Étudier à l’étranger en 2026 : ce qu’il faut savoir avant de se lancer
Les données soulignent une installation durable des Français hors de France. 61,8 % résident à l’étranger depuis plus de onze ans et 43,4 % disposent d’une double nationalité. L’attachement à la nationalité française, c’est-à-dire le lien d’appartenance et l’identité ressentie vis-à-vis de la France, reste très élevé, avec une moyenne de 4,34 sur 5, malgré une forte intégration dans les pays d’accueil. Dans le même temps, 42,1 % des répondants déclarent exclure un retour en France. Les principaux facteurs associés à cette position concernent la qualité de vie perçue dans le pays de résidence (52,2 %), l’attachement au pays d’accueil (48,7 %) et la perception négative de la situation française (43,5 %). Installés sur le long terme, souvent à double nationalité et majoritairement sans projet de retour, les Français de l’étranger incarnent une relation à la France devenue plus lointaine, mais toujours profondément présente. Une France quittée sans être quittée : c’est le paradoxe démontré par ces données.
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