

Pour la deuxième fois depuis 2012, les Français de l'étranger seront représentés par 11 députés à l'Assemblée nationale. Les 4 et 18 juin 2017, les 173 477 Français inscrits sur les registres consulaires d'Europe du nord pourront élire un député parmi 15 candidats.
Qui succédera à Axelle Lemaire (PS), députée sortante de la troisième circonscription des Français de l'étranger ? À quinze jours du premier tour des élections législatives, Le Petit Journal est allé à la rencontre des candidats en campagne à Dublin. Notre deuxième portrait : Alexandre Holroyd, candidat La République En Marche !

LePetitJournal.com : Comment résumer votre parcours ?
Alexandre Holroyd : Je suis né en Suisse mais j'ai déménagé au Royaume-Uni quand j'étais tout petit. J'ai passé la plus grande partie de ma vie à Londres où j'ai été élève au lycée français. J'ai fait mes études entre Londres et Paris, des études spécialisées dans les institutions européennes. Je suis ensuite parti travailler 5 ans à Bruxelles, où j'ai travaillé et représenté des parties tierces auprès des institutions européennes. J'ai travaillé de très près avec la commission, avec le parlement, avec le conseil, et avec les représentations permanentes, qui sont les antennes des gouvernements à Bruxelles. Après, la boite de conseil en stratégie pour laquelle je travaillais m'a renvoyé à Londres pour monter une équipe semblable au Royaume-Uni. J'ai donc fait la même chose auprès de Westminster et Whitehall pendant deux ans.
Quel est votre engagement politique ?
Quand le Brexit est arrivé, j'ai été un peu traumatisé, ça m'a vraiment bouleversé émotionnellement, puisque je suis moitié Anglais, moitié Français. Pour moi l'Europe est une valeur cardinale de ma direction politique. Je me suis engagé à En Marche au courant de l'été de l'année dernière, je n'avais jusqu'alors aucun engagement en politique.
On a construit le mouvement de là. Emmanuel Macron est venu à Londres en février 2017, on a organisé un meeting. Je m'étais investi pour représenter le mouvement auprès de la troisième circonscription des Français d'Europe du Nord, vendredi 12 mai j'ai appris que je l'étais. On a fait en 24 jours ce que les partis traditionnels ont fait en 6 mois.
Pourquoi avoir choisi En Marche ?
Dans le même constat d'Emmanuel Macron, j'ai réalisé que le bipartisme ne marchait pas, pas du tout même, que la France avait besoin de réformes mais qu'on n'y arrivait pas, que ce soit successivement fait par des gouvernements de gauche ou par des gouvernements de droite. Il fallait une nouvelle alternative qui rassemble des gens - qui ont peut-être des petites différences sur des points de redistribution ou sur des points économiques - mais qui sont, par rapport aux différences qui existent avec les deux extrêmes, marginales.
Il fallait prendre, rassembler tous ces gens de bonne volonté pour pouvoir avancer. Je me reconnaissais dans le constat, dans le projet politique puisque je partage ses idées européennes. Il faut redonner de l'oxygène à l'économie française mais il faut mieux protéger les citoyens les plus fragilisés. Et enfin, je croyais à l'homme, je croyais qu'il était capable de porter ses idées jusqu'à la présidence> Moi je crois beaucoup à la politique du gouvernement, je ne crois pas beaucoup à la politique s'il y a une opposition systématique. Le Brexit a fait que je me suis engagé, c'est ce qui m'a poussé à démissionner pour m'engager entièrement à ça pendant six mois.
"Nous avons énormément de choses à apprendre des pays nordiques et de l'Irlande"
Pourquoi être député des Français de l'étranger ?
Je pense que nous avons énormément de choses à apprendre des pays nordiques et de l'Irlande qui a fait un travail fabuleux pour se remettre sur pieds après une crise dramatique. C'est incroyable de penser qu'à l'époque, l'Irlande était très dynamique mais qu'entretemps il y a eu une crise terrible et aujourd'hui je reviens et le dynamisme est là, il est de retour, la croissance est là, malgré une situation difficile à cause du Brexit. C'est impressionnant de voir se dynamisme et je pense que le modèle d'En Marche a été très inspiré de ce modèle de flexi-sécurité un peu à la scandinave. J'ai une vision du rôle de la députation un peu anglo-saxonne, un peu nordique. Il faut revenir en permanence dans sa circonscription plutôt que d'avoir un rôle purement national pour pouvoir se représenter cinq ans plus tard. C'est ce que j'aspire à faire, c'est beaucoup de valeurs pour moi, des valeurs que je partage dans cette circonscription et sur des sujets bien différents.
Pourquoi cet attachement à l'Europe du nord ?
Émotionnellement pour moi c'est très fort, cette circonscription c'est ma personne, je suis bi-culturel, j'ai passé toute ma scolarité au lycée à Londres. J'ai grandi dans cette circonscription, j'ai partagé à chaque stade de ma vie les différentes problématiques que les Français ont quand ils vivent à l'étranger. Les questions de l'éducation à l'école, puis celle universitaire. J'ai poursuivi mes études en Angleterre avant que les frais de scolarité des universités n'explosent. Après avoir été étudiant j'ai été professionnel à Londres donc j'ai encore retrouvé les mêmes problématiques.
Vos trois engagements pour les 173 477 Français d'Europe du nord ?
La première, qui concerne une partie des Français d'Europe du Nord, c'est d'être le porte-parole de leurs inquiétudes et d'avoir un rôle informel dans le cadre du Brexit pour essayer de travailler des trois côtés. Aux côtés du gouvernement français, en faisant partie de la majorité présidentielle pour essayer d'influencer la direction donnée au Conseil européen, essayer de travailler avec les officiels européens et essayer de trouver des points de compromis.
La deuxième concerne tout le monde, c'est la question de l'éducation. Il y a une diversité de problématiques en fonction des pays : des problématiques de coûts, de places, il y a des problématiques existentielles et pour cela il faut être à l'écoute des parents d'élèves, des services consulaires et travailler pour essayer de résoudre les problèmes de façons individuelle. Au Royaume-Uni il y a un problème de prix, donc il faudrait revoir l'attribution des systèmes de bourses scolaires pour que les gens aux revenus plus modestes puissent avoir accès à l'éducation française. Il faut sanctuariser le budget de l'AEFE (Agence pour l'enseignement français à l'étranger) car actuellement il ne fait que décliner. Mais les problématiques changent, notamment à Oslo où un lycée est actuellement en très grande difficulté, il faut lutter pour le garder ouvert. À Dublin, nous avons un très bel exemple de réussite d'un lycée franco-allemand par exemple.
Après, il y a la fiscalité : il y a eu un désaccord entre la France et l'Union-européenne sur l'imposition des Français de l'étranger concernant la CSG (La contribution sociale généralisée, un impôt destiné à participer au financement de la protection sociale). Le président de la République s'est engagé à réexaminer cet impôt. Je porterai la volonté de l'abroger car je pense qu'il ne va pas dans la bonne direction en ce qui concerne les accords européens. Seul un député au coeur de la majorité présidentielle peut porter ce message auprès des institutions.
"Chacun est un ambassadeur dans son pays respectif. "
C'est la deuxième fois que les Français de l'étranger sont représentés à l'Assemblée nationale, quels sont les enjeux de cette élection ?
Le premier enjeu est de prouver qu'il y a un véritable rôle pour les députés représentant les Français de l'étranger. Ma plus grande crainte est que le taux d'abstention soit tellement élevé que cela donne l'image qu'il y a un manque de légitimité des députés représentant les Français de l'étranger. Ce rôle a été créé il y a un peu plus de cinq ans, il faut le construire, faire ce travail de terrain et parler aux Français de l'étranger pour qu'ils comprennent vraiment qu'il y a une utilité profonde à avoir un député et il faut les encourager à voter le plus possible, à commencer par leur dire que les élections à l'étranger sont le 4 juin et non le 11 juin contrairement à la France métropolitaine. Je m'engage à tout faire pour installer le vote électronique, en prenant compte des risques sécuritaires, non seulement aux législatives mais aux présidentielles également. Je pense enfin qu'il y a une reconnaissance très claire de l'immense valeur ajoutée des Français de l'étranger. Chacun est un ambassadeur dans son pays respectif.
Elisa Mau (www.lepetitjournal.com/dublin) lundi 22 mai 2017
Propos recueillis le vendredi 19 mai 2017






















