Romain Riche au coeur des énergies renouvelables pour EDF au Moyen-Orient

Par Marie-Jeanne Acquaviva | Publié le 22/05/2022 à 17:42 | Mis à jour le 23/05/2022 à 10:56
Romain Riche à Dubaï

Un coup d’œil sur le monde des énergies renouvelables en pleine croissance, ici aux Émirats, grâce à une rencontre avec Romain Riche (Head of Asset Management, Operations and Maintenance, chez EDF Renouvelables). Ce jeune expat est enthousiaste de participer à cette évolution historique, le changement fondamental entrepris par un pays se reposant traditionnellement sur les hydrocarbures, mais qui se lance avec passion et professionnalisme dans le développement des énergies de demain.

 

 

Lepetitjournal.com/dubai :Quelles sont vos impressions des Emirats, en particulier dans votre profession, qu’est-ce qui vous a attiré à Dubaï ?

 

Romain Riche : Je travaille dans les énergies renouvelables depuis longtemps et j’en ai fait ma passion. Lors de l’Exposition Universelle de Milan en 2015, j’avais été impressionné par la maquette de leurs méga fermes solaires qu’ils prévoyaient de construire, cela m’intéressait. Dubaï démarrait un projet solaire de grande envergure en 2017, et c’est bien ce qui m’a poussé à réaliser ma première expatriation en plus pour mettre en œuvre mon expertise des énergies renouvelables. Pour moi c’était une expatriation qui avait du sens professionnellement et culturellement aussi. Vivre et travailler dans un pays en pleine croissance, avec de grands projets de développement durable, comme Masdar City à Abu Dhabi ou les projets de DEWA à Dubaï.

Actuellement, je suis basé à Dubaï et je suis en charge des projets en opération dans toute la région Moyen Orient et l’Egypte.

 

Pour les néophytes : qu’est ce qui est classé comme énergie renouvelable aujourd’hui ?

 

Ce que l’on appelle les énergies renouvelables en général c’est l’éolien, le solaire et l’hydraulique. L’Éolien concernant plutôt l’Arabie Saoudite et Oman s’y prêtant mieux en termes de vent, il n’y avait qu’une seule éolienne sur Bani Yas Island, lorsque je suis arrivé aux Emirats.

Contrairement à cela, le solaire était en plein essor à Dubaï et Abu Dhabi. L’entreprise au sein de laquelle je travaille : EDF Renouvelables est une entreprise verticalement intégrée qui participe activement à la transition énergétique des pays dans la région en fournissant des solutions bas-carbone via le développement, la construction et l’exploitation-maintenance de centrales solaires et éoliennes.

 

Concrètement il s’agit de quels projets à Dubaï, quelles sont leurs spécificités ?

 

En 2017, dès mon arrivée, nous avons commencé à construire la centrale solaire au Sud d’Al Qudra, Mohammed Bin Rashid Al Maktoum Solar Park. C’est un projet à très grande échelle sur lequel EDF Renouvelables est aussi exploitant. Notre force c’est d’apporter une expertise forte de plus de 20 années d’expérience en Europe ou aux Etats Unis et de s’associer avec des acteurs locaux comme Masdar et DEWA. La spécificité de l’environnement (le sable, les chaleurs extrêmes) a nécessité d’adapter techniquement le design des centrales solaires pour optimiser leur performance. Des innovations ont été mises en place, comme par exemple le nettoyage à sec des panneaux solaires, en utilisant des robots. Ces robots brossent la pellicule de sable qui potentiellement diminuerait la capacité de production, sans risquer d’abîmer ou de rayer la surface. D’autres équipements sont adaptés à ces températures (matériaux spécifiques), au sable (tenue à l’abrasion) ou à la corrosion.  C’est un peu similaire aux voitures qui sont « GCC spec ». De la même façon nos centrales sont conçues et adaptées aux risques que peuvent poser les très fortes chaleurs.

 

Ce sont ces centrales qui alimentent Dubaï et Abu Dhabi ?

Toutes les grandes centrales produisent de l’énergie qui est ensuite distribuée sur le réseau électrique pour alimenter les consommateurs publics et privés. À Dubaï par exemple on travaille aussi sur des stations urbaines, des panneaux sur les toits, sur les ombrières des parkings, c’est-à-dire vers une production qui soit décentralisée et consommée localement. C’est un pas de plus vers l’autonomie énergétique.  L’énergie solaire produite à Dubaï représente actuellement 12% de la consommation de la ville. Savoir bien ajuster la demande avec la production, c’est un vrai défi pour les gestionnaires de réseau. Pour aider dans cette démarche, nous proposons des solutions de stockage sur nos centrales renouvelables.

 

Votre sentiment sur le développement de ces énergies renouvelables au Moyen Orient aujourd’hui ?

 

Aujourd’hui c’est une croissance exponentielle : Il y a une vraie volonté de développer ce secteur dans un pays qui a toujours été gros consommateur et gros producteur d’énergies fossiles. Être acteur de cette transformation massive est très motivant. C’est une transition énergétique vécue en temps réel. L’horizon 2050 des Émirats veut que 50% de leur énergie soit propre en CO2, incluant 44% de renouvelables et 6% de nucléaire. C’est un défi absolu, mais cela démontre bien cette volonté vers un objectif ambitieux, sur les prochaines décennies. Et la différence est désormais visible : cinq ans en arrière, la question que l’on posait était plutôt « Quel type d’énergie va-t-on installer ? », alors qu’aujourd’hui la question est « Nous installerons du renouvelable. Quelle puissance mettrons-nous ? »

La région nous permet finalement de déployer notre portfolio et savoir-faire, en nous permettant d’installer des centrales solaires (Al Dhafrah PV2 , MBR Phase 3, Jeddah en Arabie Saoudite), des barrages hydrauliques (la STEP Hatta), et toutes ces solutions sont applicables  dans la région, avec l’éolien plus particulièrement en Arabie Saoudite (Dumat Al Jandal, comprenant 99 turbines est le plus grand parc Eolien dans la zone Moyen Orient avec une puissance de 400MW, permettant de fournir de l’électricité bas-carbone à plus de 70,000 foyers saoudiens). Le marché est vraiment très dynamique. Aujourd’hui, il y a environ 4 GW de capacité solaire aux Emirats pour une capacité électrique totale de 40 gigawatts ( soit 10%). Le plan actuel est d’augmenter cette capacité renouvelable de 4 à 9 gigawatts à horizon 2025, à 20 GW à horizon 2030, puis enfin près de 40 GW à horizon 2050 (soit 44%).

 

Quelles sont les innovations techniques dont vous avez été le témoin, celles qui vont marquer le futur des énergies renouvelables dans les prochaines années ?

 

Les innovations des dernières années sur le solaire ont notamment étaient marqués par l’utilisation de tracker (suivi du soleil pendant la journée) et de panneaux bifaces (production augmentée par la face arrière sur lesquels les rayons du soleil sont reflétés).

Aujourd’hui et dans le futur, les innovations sont surtout axées sur le stockage avec les batteries et plus particulièrement sur l’hydrogène qui permet de stocker et consommer de l’énergie ultérieurement, c’est très prometteur. L’avenir se construit avec une production renouvelable (solaire, éolien) couplé à des équipements de stockage, dont l’hydrogène. Le stockage thermique existe également : ce sont ces grands champs de miroirs concentriques qui renvoient les rayons du soleil sur une tour. Dans cette tour il y a un soluté de sel fondu dans le réservoir qui fait monter la température, produit de la vapeur et donc de l’électricité par turbine. C’est ce qu’on appelle le solaire à concentration par opposition au solaire photovoltaïque.

 

Aujourd’hui vous avez un peu de recul sur votre expatriation, quels sentiments vous lient à Dubaï, qu’y appréciez-vous le plus ?

 

Pour moi cela était une découverte totale, et j’ai la chance d’avoir un poste très gratifiant : c’est passionnant comme je le disais d’accompagner un pays historiquement très « hydrocarbure », avec une telle volonté de transition vers le renouvelable. Il y a une certaine fierté d’être au cœur de cette transition, de voir l’impact concret des décisions gouvernementales et du fruit de notre travail, d’être acteur du changement.

J’apprécie aussi de découvrir les étudiants locaux, d’aller à leur rencontre pour les sensibiliser à ces nouvelles énergies. Je suis membre élu d’une association (MESIA – Middle East Solar Industry Association) qui promeut le développement du solaire dans la région MENA, et nous facilitons le dialogue entre tous les acteurs du secteur, entreprises, autorités locales, institutions financières, associations etc…

Quand je parle à des jeunes universitaires, ils sont unanimement passionnés et impliqués. La nouvelle génération a vraiment changé sa perception du changement climatique et de la transition énergétique. Cela fait partie des surprises que j’ai aimé découvrir en même temps que je découvrais le pays. J’ai également été témoin de l’extraordinaire ouverture et tolérance au quotidien et qu’on ne soupçonne pas depuis l’Europe.

 

Ce que j’aime également ici à Dubaï, c’est de pouvoir profiter de la culture locale – avec des activités dans le désert, me plonger dans l’histoire des vieux quartiers comme Bastakiya, jouer au foot avec des amis et collègues locaux et profiter de toutes les activités que Dubaï peut offrir… c’est cela mon Dubaï.

 

 

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