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FLORENCE GILLET – Coach en psychologie de la nutrition 

Par Marie-Jeanne Acquaviva | Publié le 09/02/2019 à 17:26 | Mis à jour le 09/02/2019 à 17:52
FLORENCE GILLET PORTRAIT HR

Janvier et ses régimes variés sont derrière nous, et grâce à notre article « réconciliez-vous avec la Detox » vous savez tout maintenant sur comment aborder une nouvelle année dans la légèreté certes, mais sans se faire du mal. Pourquoi ne pas aller plus loin et se pencher sur ce qui profondément conditionne notre rapport à la nourriture et au corps ? Sans entamer pour autant 15 années de psychanalyse pure et dure, pourquoi ne pas pousser la porte par exemple d’une personne remarquablement bienveillante, à la poursuite d’une mission simple et lumineuse : casser le cycle de la diabolisation et de la conformité obligatoire des apparences, et transmettre aux générations futures un rapport au corps apaisé.

Rencontrez avec nous Florence Gillet, la bonne fée qui vous fera changer de regard sur les miroirs.

 

 

Lepetitjournal.com/dubai : Florence, vous êtes coach en psychologie de la nutrition, comment cette vocation vous est-elle venue ?

 

FLORENCE GILLET - De mon expérience personnelle, car j’ai traversé environ une dizaine d’années de désordres alimentaires divers, qui ont commencé vers mes 25 ans. Je pratique alors énormément de sport et je ne mange pas assez. Je suis influencée - comme tant d’autres - par la mentalité des magazines féminins, et je suis dans le contrôle extrême et l’insatisfaction permanente. Pour régler en outre des problèmes d’acné j’ai aussi été mise sous pilule contraceptive très jeune. Or quand je décide d’avoir des enfants et que j’arrête la pilule, je me rends compte que je suis en aménorrhée (c’est à dire que mon cycle a disparu). C’est le signal que mon corps est en mode « survie », je suis en dessous de mon poids d’équilibre. À l’époque je suis déjà installée à Dubaï et le médecin que je consulte ne me propose que deux alternatives : soit je reste sous pilule et j’oublie mon désir d’enfant, soit j’ai recours à la fécondation in vitro.

 

Ce n’est pas la voie que vous allez choisir ?

 

Non, je décide d’effectuer des recherches car je ne peux pas croire qu’il n’existe aucune solution moins radicale. Et plus naturelle. Au fil de mes recherches je découvre que tout simplement en ralentissant le sport de manière drastique et en mangeant à ma faim, je récupère mon équilibre, et mon cycle. J’ai la chance de tomber enceinte rapidement et successivement de deux enfants adorables mais très rapprochés en âge (rires) les quelques années de la petite enfance qui se suivent sont donc un peu des années “en apnée”,  comme c’est le cas pour beaucoup de mamans : des années où l’on manque de sommeil, ou l’on ne pense que très peu à soi et presque pas à son corps qui est devenu un outil entièrement dédié aux bébés : il les nourrit, il les porte, les console… c’est une autre dimension.

 

Puis les enfants grandissent, c’est la vie, et vous continuez à approfondir vos recherches sur le rapport au corps ?

 

Oui, je découvre que je souffre d’une maladie auto-immune (le syndrome d’Hashimoto) à la faveur de recherches autour de l’acné. Car depuis mon adolescence c’est aussi quelque chose avec lequel j’ai du composer, comme j’ai passé des années à essayer de le contrôler par la force, avec plus ou moins de succès, et que je découvre que la nourriture et l’aspect de la peau sont intimement liés, je vais m’engouffrer dans le “manger sain” à fond. Jusqu’à une forme d’orthorexie : c’est-à-dire un rapport à la nourriture où l’on perd totalement confiance dans ce que l’on  mange, où rien n’est jamais assez “sain” assez “pur”, où il faut “manger parfait” ou pas du tout. C’est un désordre alimentaire qui fait beaucoup de dégâts et dont il est très difficile de sortir.

 

Votre apprentissage ne se fait pas sans douleur, comment parvenez-vous à retrouver une forme de paix alimentaire?

 

Après quelques années d’orthorexie, ma santé décline encore, et ma peau ne réagit pas bien du tout à la restriction. Je continue mes recherches et je tombe sur les travaux du Professeur Linda Bacon qui prône une façon toute différente d’écouter son corps, et dont la théorie “health at every size” (que l’on peut traduire par “la santé à toute taille”) résonne en moi. Le principe de cette approche réside dans le fait de tout simplement retirer totalement la notion de “poids” de l’équation. Elle se concentre sur le fait de s’accepter tel que l’on est, peu importe ce que dit la balance, de reconnaître la diversité naturelle des corps, et de se reconnecter aux signes instinctifs de faim et de satiété. Elle prône également d’atteindre un meilleur bilan de sante grâce à des pratiques centrées sur le bien-être et non sur la contrainte: bouger de manière non punitive, afin d’apporter de la joie - et aussi de conserver des pratiques de mouvement régulières à long terme sans se lasser - mais aussi ne pas oublier sa santé mentale par exemple.

 

C’est assez révolutionnaire?


Complètement ! Mais cette approche est ancrée dans le constat que plus de 90% des régimes sont inefficaces sur un période de 3 à 5 ans et qu’ils encouragent dès lors la pratique du fameux  yo-yo, qui provoque l’effet inverse de celui désiré: il augmente le poids à long terme, et peut causer des soucis cardiovasculaires, des attaques, du diabète et des dérèglements immunitaires. La « santé à toute taille » est aussi le fruit de découvertes récentes : par exemple il existe aujourd’hui des études qui montrent que des personnes en surpoids connaissent typiquement une longévité plus importante que des personnes dont le poids est juste en dessous de la moyenne. On se rend compte que l’ensemble des messages conscients et inconscients glorifiant la minceur à tout prix avec lesquels nous avons vécus ces dernières décennies, cette culture des régimes qui démonise les corps non-minces, est non seulement totalement irréaliste mais aussi néfaste et sans véritable fondement scientifique. Par ailleurs, la grossophobie (cette peur de grossir) nous affecte tous, peu importe si nous rentrons dans la « norme » ou pas. Cette mini révélation fut ainsi à la base de ma guérison de l’orthorexie, et de mon envie de guider d’autres personnes vers une meilleure connexion aux sensations du corps, vers l’acceptation de soi, et vers une relation plus harmonieuse à la nourriture, dénuée de jugement moral.

 

Mais toutes ces recherches vous changent profondément, pas seulement dans le soin que vous portez à votre apparence, mais jusque dans vos convictions?

 

Le problème du poids ce n’est pas tant le poids mais la stigmatisation qui l’accompagne. On a tendance à définir la santé par la pratique d’une forme de nutrition et d’exercice, mais c’est trop réducteur. Prendre soin de soi doit se concevoir d’une façon holistique, englobant le mental, les émotions, le rapport à la nourriture. Car nos pensées et nos peurs ont un impact énorme sur notre métabolisme, il est temps d’en prendre conscience. Et puis c’est aussi l’occasion - en tout cas cela l’a été pour moi - de prendre du recul profondément sur le sens du mot féminisme et de trouver sa place dans le monde en transmettant un message que je veux solaire et positif, où l’apparence n’est pas toute-puissante. Notre corps est avant tout un instrument exceptionnel, pas une vulgaire décoration. C’est un outil, au sens le plus noble du terme, un outil qui peut énormément et un outil d’une délicatesse incroyable…mais ce n’est pas une fin en soi.

 

Dans quelle mesure?


Eh bien, je viens d’une carrière de 15 ans dans la communication, dont plusieurs années dans le monde du luxe en particulier. J’ai adoré mon travail mais il est indéniable qu’il s’accompagnait d’une “taxe” silencieuse: impossible de l’exercer sans se conformer à un carcan à la fois physique - on attend d’une responsable de communication qu’elle soit toujours impeccablement habillée, coiffée, maquillée - mais aussi (et presque surtout) moral : non seulement cela touchait mon apparence, l’apparence que je croyais devoir maintenir, mais aussi mes valeurs : est-ce que j’étais vraiment cette jeune femme docile ? Il faut croire que non ! (rires) Bien entendu c’est un métier qui m’a aussi beaucoup appris : une aisance à communiquer, à écrire, à présenter. Et tant mieux, car cela me permet de servir aujourd’hui la cause de l’acceptation du corps avec efficacité !

 

Le fait d’exercer au Moyen Orient, dans un melting pot culturel tel que Dubaï, qu’est-ce que cela apporte à votre approche?

 

Au-delà des fonctions instinctives de faim et de satiété, le rapport au corps est culturel. Il n’est pas inné mais construit par des valeurs, des croyances, qui nous sont transmises par nos familles, nos cercles sociaux, nos amis. Donc bien entendu même si le diktat de la minceur est aujourd’hui globalisé pour des raisons commerciales évidentes, les communautés philippines, orientales, libanaises, européennes et américaines ne vont pas y répondre de façon similaire, chacune va y intégrer ses propres habitudes, règles et standards de beauté. Ce qu’il y a en revanche de commun à toutes les personnes vivant à Dubaï (ou ailleurs), c’est une forte pression sociale, en particulier chez les jeunes mamans de par exemple « retrouver leur corps d’avant la grossesse » au plus vite. Parfois cette intention peut se transformer en réels troubles du comportement alimentaire, qu’il est possible de transmettre - souvent inconsciemment - à la génération suivante, qui observe puis reproduit les mêmes mécanismes. Mon travail avec les parents est d’arrêter ce cycle générationnel néfaste. En rétablissant l’harmonie dans leurs relations avec la nourriture, les parents font le même cadeau à leurs enfants, et peuvent susciter en eux une image corporelle confiante.

 

Quelle est votre réponse ? Finalement beaucoup de souffrance cachée?

 

Mon mantra c’est “you do you”, chacun fait ce qu’il veut, ce qu’il peut avec sa vie et son corps. Je ne pose aucun jugement. Mais pour ceux qui se trouvent dans une spirale négative par rapport à leur image corporelle, je propose une solution bienveillante et positive pour faire la paix avec son apparence de manière durable, et retrouver un équilibre avec la nourriture, afin de pouvoir le transmettre à ses enfants.

 

Aujourd’hui vous avez la chance d’exercer un métier riche de sens, et qui vous apporte visiblement autant que vous apportez aux autres, qu’est-ce qui dans la ville où vous l’exercez prend part à votre équilibre, et constitue votre Dubaï ?

 

Ce que j’adore à Dubaï, c’est que tout le monde travaille dur toute la semaine, mais qu’en un instant dès qu’on quitte notre lieu de travail, on peut avoir la sensation d’être en vacances au détour d’un lieu, d’un paysage, d’une promenade. J’ai aussi le grand privilège d’avoir de nombreux amis proches qui sont installés à Dubaï à long terme, comme moi, et que je côtoie depuis plus de 10 ans. Dans une culture expatriée de l’impermanence, c’est une chance et cela m’apporte beaucoup de confort.

 

florence gillet

 

Pour rencontrer Florence et en savoir plus :

 

Florence Gillet

Coach en psychologie de la nutrition

Beyond Body Image FZ LLE

www.beyondbodyimage.com

Instagram & Facebook @byond.bodyimage

florence@beyondbodyimage.com

 

 

2 Commentaire (s)Réagir
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Marie mar 12/02/2019 - 10:30

Une approche positive et une formidable leçon de vie !

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Commentaire avatar

Varsovie dim 10/02/2019 - 09:13

Article très intéressant et émouvant. Bravo !

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