

Installée à Buenos Aires, où elle est née, Nora Iniesta a vécu trois ans à Paris, "sa seconde ville". Cette artiste plasticienne et créatrice d'objets de design a été invitée en France en février dernier pour réaliser une présentation sur l'histoire de l'art argentin. En prolongement de ce travail, elle propose ici de découvrir trois ?uvres essentielles, réalisées par des artistes profondément marqués par les mouvements picturaux outre-Atlantique
(Pesadilla de los injustos d'Antonio Berni, MNBA)
Pesadilla de los injustos o La conspiración del mundo de Juanito Laguna trastorna el sueño de los injustos, d'Antonio Berni : ce diptyque de grandes dimensions (3 m X 4 m) a été peint par l'artiste en 1961, une vingtaine d'années avant sa mort, en 1980. Il a été exposé pour la première fois à la galería Witcomb dès l'année de sa conception. En novembre dernier, le Museo Nacional de Bellas Artes a acquis ce tableau auprès de la fille de Berni. L'?uvre appartient à la série Juanito Laguna (1960-1978) qui raconte l'histoire de l'enfant éponyme, né dans une villa miseria du Bajo Flores. Cette zone a longtemps accueilli des décharges à ciel ouvert, fouillées par des malheureux en quête de matériaux à revendre. "De fait, pour réaliser l'?uvre, Berni a mêlé à la peinture des produits de rebut qu'il a collectés à Flores même, lors d'un travail d'observation sur deux ans, avec prise de photos et notes", raconte Nora Iniesta. Avec Juanito, "Berni montre un monde sans équité ni échelle humaines". Et de conclure : "Ainsi naît la figuration narrative, qui succède au formalisme dans les années 60".

Ce tableau datant de 1892 se trouve également au Museo Nacional de Bellas Artes. De grandes dimensions (1,86 x 2,92 m), il montre un groupe d'Indiens repartant au galop après une attaque, emmenant une captive. A l'époque, pas de galerie ni de salle ad hoc où exposer la toile : elle est donc visible au public depuis la vitrine? d'une quincaillerie ! C'est la première fois que le peintre Angel Della Valle (1852-1903) consacre une ?uvre au thème des Indiens, et ce, en perspective de la 4e Rencontre de la découverte de l'Amérique, à Chicago, en 1893, et alors que les récits de la Conquête du Désert (1879-1885) sont encore frais. Après avoir étudié avec Antonio Císeri à Florence, Della Valle a débuté sa carrière dans sa patrie d'origine comme portraitiste. "Il est aujourd'hui considéré comme le premier artiste du mode de vie proprement argentin, avec sa pampa, ses chevaux et ses gauchos", souligne Nora Iniesta.

Ernesto de la Cárcova (1866-1927) expose pour la première fois ce poignant tableau, Sin pan y sin trabajo, à El Ateneo, en 1894, une organisation qui, à la fin du 19e siècle, s'efforce de diffuser la production artistique et littéraire argentine. Débuté à Paris et achevé à Buenos Aires, Sin pan y sin trabajo est imprégné du réalisme populaire qui marque alors l'art italien. De la Cárcova a en effet étudié plusieurs années en Italie. Dans ce tableau, il offre, en accord avec ses convictions socialistes, une saisissante vision de la misère ouvrière, "doublement carencée, en pain et en travail : on dirait la reprise du slogan de la Révolution française", selon Nora Iniesta. Premier directeur de la Academia Nacional, Ernesto de la Cárcova est aussi le fondateur de la Escuela Superior de Bellas Artes. L'?uvre a été acquise en 1906 par Eduardo Schiaffino, directeur, à l'époque, du Museo de Bellas Artes.
Barbara VIGNAUX (www.lepetitjournal.com - Buenos Aires) avec Nora INIESTA mardi 11 mai 2010
Ces trois ?uvres sont à voir au
Museo Nacional de Bellas Artes
Libertador 1473
Du mardi au vendredi de 12h30 à 20h30 $
Samedi, dimanche et jours fériés de 9h30 à 20h30
Plus d'infos : http://www.mnba.org.ar
Nora Iniesta, son parcours et sa production : http://www.norainiesta.com


































