Samedi 4 décembre 2021
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Stéphanie Guyader, Global Value et Customer management Senior Director chez Carlsberg

Par Joëlle Borgida | Publié le 29/09/2021 à 18:30 | Mis à jour le 30/09/2021 à 12:25
Stéphanie Guyader de Carlsberg

Rencontre avec Stéphanie Guyader qui travaille pour Carlsberg depuis un peu plus de deux ans. Nous nous retrouvons à quelques centaines de mètres de ses bureaux, au Carl’s pub dans le quartier de Carlsberg, en dégustant une Brooklyn Special Effect (bière sans alcool brassée bien entendu par Carlsberg).

 

Carlsberg est une société danoise, quatrième brasseur au monde, employant plus de 40 000 personnes. Son siège social est à Valby à Copenhague. Les principales marques de la compagnie sont Carlsberg et Tuborg, mais le groupe a également dans son portefeuille 1664, Jacobsen, Grimbergen, Brooklyn, Somersby ainsi que de nombreuses bières locales dont Tourtel et Kronenbourg en France.

Fondée en 1847 par Jacob Christian Jacobsen, Carlsberg fait partie du patrimoine industriel danois. Le nom de Carlsberg vient de « Carl » qui était le fils de Jacob et « berg » pour colline car la brasserie a été installée à l'extérieur de Copenhague sur une colline.

 

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

Je suis diplômée d’une école de commerce à Angers et suis originaire de l’ouest de la France.

Cela fait 25 ans que je travaille dans la grande consommation :

pour la moitié en France dans différentes entreprises comme Colgate Palmolive, Leclerc et Gillette qui a été rachetée ensuite par Procter&Gamble. J’occupais des rôles dans les ventes: j’ai commencé avec ma petite mallette en allant de supermarché en supermarché, je me suis trouvée à refaire des rayons à 4h du matin ; j’ai gravi les échelons : comptes clés, négociations avec les clients nationaux jusqu’à chez P&G où j’ai négocié avec Carrefour France pour les catégories de la beauté.

Procter a initié ma carrière à l’international, j’ai été nommée au siège Europe/Moyen-Orient/Afrique en 2008 pour la marque Pringles qui a été revendue finalement à Kellogg en 2011. J’ai alors pris la direction de la stratégie commerciale pour les Snacks. Je suis ensuite partie aux Etats-Unis en 2015 à la tête de la stratégie commerciale pour les produits surgelés petit-déjeuner Kellogg (gauffres Eggo, burgers Veggie MorningStar Farm…). Cela consistait à être la voix des ventes en interne et à aider les équipes marketing, supply chain et finance à préparer des plans commerciaux qui soient alignés avec la stratégie de nos clients. Je suis revenue en Europe en 2017 et j’ai pris la direction du Revenue Growth Management pour Kellogg Europe avec un focus plus spécifique sur la création de valeur commerciale.

 

Je suis arrivée il y a 2 ans chez Carlsberg où j’occupe le poste de Customer management et value management pour le globe. Le globe pour Carlsberg, c’est l’Europe de l’ouest, du centre et de l’est ainsi que l’Asie et cela correspond à 35 pays auxquels se rajoutent les pays où nous exportons.

J’aide à mieux gérer nos investissements (prix, promotion, structure des contrats, structure des assortiments) afin de créer davantage de valeur pour nos clients et pour Carlsberg.

Nos clients sont de deux types : les supermarchés, hypermarchés, discounters où les consommateurs achètent puis consomment en privé et les bars et restaurants où l’on consomme sur place.

 

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez actuellement, les tendances du marché ?

Nous avons une couverture géographique très diversifiée avec une position forte de n°1 ou 2 dans 25 pays en Europe et en Asie. La Russie, la Chine et la France (Brasseries Kronenbourg) sont des très gros marchés, ainsi que le Royaume-Uni, la Suisse et les pays historiques du Nord.

Les 18 derniers mois ont été compliqués bien sûr avec la fermeture des bars et des restaurants mais les résultats en première partie de 2021 sont bons.

Nous avons un portfolio de très belles marques offrant des bières de grande qualité. Nos centres de R&D font un travail exceptionnel en quête de perfection qui était déjà l’objectif fixé par le fondateur !

La bière c’est un produit social, festif qui existe depuis toujours, c’est un produit intéressant mais à consommer avec modération !

Parmi les tendances, on note le succès grandissant des bières sans alcool et des bières aux saveurs fruitées. Les bières de spécialité et artisanales (Craft) ont aussi de plus en plus d’amateurs : il s’agit de petite production avec un gout typique comme la Jacobsen au Danemark.

 

En tant que femme, est-ce que ça a été facile d’arriver à votre niveau ?

J’aurais dû commencer par dire que mon objectif principal dans la vie était d’être Maman. Nous avons 2 enfants !

Avec mon mari, nous avons essayé d’évoluer dans nos carrières respectives tout en construisant notre famille.

Est ce que c’est facile ? Pas du tout. Est ce que c’est possible ? Absolument ! 

Cela demande de l’organisation, du renoncement et d’être claire sur ses priorités!

On parle souvent de Work Life Balance et on imagine alors une balance à 50/50. Quand on a des responsabilités professionnelles importantes, ce n’est évidemment pas possible. Et puis chacun doit trouver son propre équilibre. Je parle quant à moi de Work Life Harmony : je ne passe peut-être que 10% de mon temps en famille mais avec 100% de présence, la qualité est beaucoup plus importante que la quantité. Il faut quand même être très bien organisé et il faut rester concentrer sur l’essentiel mais ça peut marcher même si depuis 10 ans je voyage beaucoup - sauf période Covid. A un moment, mon mari a décidé de faire une pause dans sa carrière et il a arrêté de travailler pour s’occuper de notre famille. Il a toujours été un soutien indéfectible, sans cela ça aurait été encore plus compliqué !

 

Il était hors de question de sacrifier ma vie de famille mais hors de question aussi de ne pas travailler ! J’ai l’habitude de dire : «

 Mon travail c’est mon hobby et ma famille c’est ma vie

En anglais, ça sonne mieux : my work is my hobby and my family is my life ! C’est un peu ça mais mon hobby me prend 90% de mon temps !

 

Il y a une chose qu’il faut absolument mettre de côté c’est sa culpabilité : il faut faire abstraction du regard de la société. Quand on se décharge de sa culpabilité, ça va déjà bien mieux. Jeune Maman, j’ai appris et j’ai fait au mieux, il m’a fallu quelques années pour comprendre que ce qui est important, c’est comment cela se passe au sein de sa propre famille.

 

J’ai toujours évolué professionnellement dans un milieu très masculin ; je suis consciente des codes, il faut observer, comprendre, ne pas chercher à imposer mais faire le caméléon et mettre de l’eau dans son vin (pas dans la bière !) et ça fonctionne très bien !

 

Je ne suis pas une féministe mais je défends le respect et l’égalité pour tout type de diversité. Ce n’est pas seulement aux femmes de défendre l’équité homme-femme, c’est un enjeu pour l’Homme avec un grand H.

 

Être émotionnelle dans le business par exemple c’est souvent considéré comme quelque chose de négatif, moi je ne trouve pas tant que cela reste positif et productif. L’émotion, ça vient de la passion !

 

Chacun mène sa barque un peu tout seul mais j’essaie avec l’expérience acquise d’être à l’écoute, d’être attentive à ce que chacun puisse s’affirmer en tant qu’individu et puisse progresser dans l’entreprise. Je pense aussi que les nouvelles générations arrivent avec un regard bien différent et avec plus de respect, ils vont faire évoluer les choses.

 

Est-ce que vous pouvez évoquer votre expérience WeQual ?

WeQual a pour mission d’aider les femmes à franchir le plafond de verre. Ils identifient des leaders mondiaux et leur potentiel à progresser au sein des comités exécutifs / conseils d'administration mondiaux.

Un concours est organisé chaque année par secteur géographique à travers le monde. 8 questions sont posées sur différents critères qui demandent pour y répondre beaucoup d’introspection, un vrai travail d’analyse de soi.

Un jury international de professionnels prend connaissance des réponses qui sont anonymes (pas de noms de personnes, ni d’entreprises) et sélectionne les finalistes par catégorie. Ces finalistes gagnent leur ticket d’entrée dans le réseau WeQual et pourront ainsi bénéficier du soutien de leurs membres.

 

J’y ai participé l’an dernier, cela a été une expérience très enrichissante. J’ai été nominée parmi les trois finalistes pour la catégorie Strategy Development.

 

 

Vous avez travaillé pour différentes entreprises très internationales, comment décririez-vous le management à la danoise ?

 

Ce qui est intéressant au Danemark, c’est de constater une culture moins hiérarchique. Cela favorise une plus grande fluidité dans les échanges au travail, une collaboration enrichissante au sein des équipes.

 

En revanche, si l’on regarde les chiffres, assez étonnamment, la proportion de femmes au niveau exécutif au Danemark est très bas.

Nous sommes pourtant dans une société égalitaire : dans les familles, il y a une vraie parité : les hommes s’occupent autant des enfants, des tâches ménagères mais nous ne retrouvons pas pour autant cet équilibre dans l’entreprise. Des femmes sont demandeuses et comme partout il est important de les aider et les soutenir dans leurs ambitions afin qu’elles soient convaincues que c’est possible.

 

La France est un pays précurseur, nous avons beaucoup de chance d’avoir un système de garde très développé, cela rend possible les doubles carrières au sein d’un foyer, ce qui n’est pas aussi facile aux Etats-Unis par exemple. La mise en place de quota fait aussi bouger les choses. A compétences égales, il faut absolument permettre aux femmes de pouvoirs accéder à des responsabilités qui étaient réservées aux hommes jusqu’à présent et ainsi élargir la palette de styles de leadership à la tête des entreprises.

 

 

Un grand merci à Stéphanie pour cet entretien. 

 

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Joelle

Joëlle Borgida

Directrice de la publication et responsable éditoriale. Expatriée de longue date et désormais installée à Copenhague, je partage avec les lecteurs de lepetitjournal.com mes découvertes danoises.
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