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Mères et bébés indiens : on vous raconte la tradition et son évolution

Par Annick Jourdaine | Publié le 23/06/2021 à 01:00 | Mis à jour le 23/06/2021 à 11:43
une femme tient son enfant dans ses bras

Savez-vous combien de bébés naissent tous les jours en Inde ? plus de 77.000. Le chiffre reste imprécis car un pourcentage relativement important de naissances ne seraient pas enregistrées.

Grossesse, accouchement, premiers jours du nouveau-né, chaque étape fait l’objet de recommandations, d’habitudes et de pratiques qui nous surprennent, nous émeuvent et nous interrogent. Décryptage ! 

 

 

Mariée et mère, le statut de la femme indienne

La maternité dans le cadre du mariage confère à la femme indienne son véritable statut, de femme mariée et mère, la « kattukkalutti » en Tamoul. L’arrivée d’un enfant fait l’objet de règles et rituels particuliers, dès le début de la grossesse. La médecine ayurvédique considère même que ces règles s’appliquent dès qu’il y a projet de conception, c’est-à-dire dès le mariage. Rappelons que plusieurs étapes de la cérémonie du mariage traditionnel sont consacrées aux prières et vœux pour la fertilité du couple. Celui-ci a le devoir sacré de faire un enfant, particulièrement un garçon. Lorsqu’aucune grossesse ne vient, la stérilité supposée apparait comme la pire des choses. Elle est parfois interprétée comme la conséquence de fautes commises au cours de cette vie ou dans une vie antérieure. L’offrande des cheveux de la femme aux dieux pour traiter l’infertilité est une pratique encore courante à la campagne.

 

mariage indien plein de traditions

 

 

Une grossesse sous contrôle, depuis la fécondation jusqu’à l’accouchement

Faire naitre un enfant en bonne santé commence par « purifier la graine et la matrice ». Il est recommandé avant la fécondation de pratiquer des lavements, des purgations et de privilégier certains aliments comme les patates douces, les navets, les épinards, les huitres, le saumon et les figues.

L’approche holistique de la médecine indienne qui prend en compte la personne dans sa globalité associe systématiquement l’état d’esprit de la mère et le caractère du futur enfant. La mère doit être toujours positive, ne pas pleurer (l’enfant aurait alors des problèmes de vision). Elle ne doit pas lire d’histoires tristes et ne pas fréquenter ou rencontrer des personnes difformes ou disgracieuses. Pour les Hindous, l’âme existe dès la formation de l’embryon. Elle vient d’un être décédé qui se réincarne. C’est l’âme du mort qui choisit son embryon. Le bébé se souviendrait de ses vies antérieures dans ses trois premiers mois.

La médecine ayurvédique propose différents traitements préventifs et curatifs tout au cours de la grossesse. Pour les vomissements, des décoctions sucrées de gingembre et poudre de Bilva (Aegle marmelos, appelé aussi cognassier du Bengale) sont conseillées tous les jours mais jamais avant 10 heures du matin. Pour l’intelligence du futur enfant, la plante reine est le Brahmi (Bacopa monnieri ou Hysope d’eau). 

 

femme indienne enceinte enfants poids des traditions

 

Le Valaikappu en fin de grossesse : une cérémonie aussi importante que le mariage

Au septième mois de grossesse, se déroule le Valaikappu, la cérémonie des bracelets. Valaikappu est le terme Tamoul mais le même rituel existe dans la plupart des autres provinces sous des appellations différentes. Il s’agit d’annoncer officiellement la future naissance, de bénir la mère et l’enfant et d’éloigner les mauvais esprits. A l’origine, seules les familles brahmanes pratiquaient le Valaikappu. A partir des années 1990, la plupart des autres groupes, y compris des non hindous, ont petit à petit adopté la tradition. Aujourd’hui, beaucoup de familles célèbrent le Valaikappu dans une salle louée pour l’occasion et donnent à la fête autant d’importance qu’une réception de mariage. Le jour est choisi en fonction des astres et un prêtre organise les rituels. La femme enceinte est assise en face d’un brasero, entouré de bols de riz, sésame et ghee, symboles de prospérité et longévité. Des fleurs, des fruits, des noix de coco, des feuilles de bétel et de la pâte de santal complètent le décor. Les femmes amies et proches attachent les cheveux de la future maman avec une guirlande de fleurs. On récite des mantras et chante des textes qui font souvent référence aux héros de la mythologie hindoue. La future maman reçoit en cadeau un grand nombre de bracelets en verre, de toutes les couleurs. Le son provoqué par les bracelets doit apporter de la joie au futur bébé. Entendre leur bruit familier doit permettre de le rassurer au moment difficile de sa naissance.

 

fête hindou en Inde pendant le 7e mois de grossesse

 

Le bébé est là : sa naissance et les soins des premiers jours

Pourquoi aujourd'hui le taux d’accouchements par césarienne dépasse-t-il les 50 % en Inde ? Plusieurs raisons à ce chiffre hors norme ; Tout d'abord, la césarienne est source de profit pour les cliniques. Par ailleurs, dans un contexte où la péridurale est mal vue, la césarienne est une réponse à la peur de la douleur. Enfin, la césarienne permet une naissance à un jour et une heure déterminée, ce qui est important pour certaines familles hindoues attachées aux prédictions des astres. (NDLR : Si vous accouchez en Inde, n'oubliez pas de parler de votre projet d'accouchement à votre médecin )

 

accouchement par césarienne en Inde
Un accouchement par césarienne en Inde 

 

Quand la naissance arrive, il est bon de masser le ventre de la maman avec de l’huile de sésame. La tradition commande d’accueillir le nouveau-né en entre-choquant deux pierres l’une contre l’autre près de ses oreilles pour éveiller ses sens, en appliquant sur sa fontanelle un tampon imbibé de ghee et en l’enduisant d’huile de Bala (Sida cordifolia) pour protéger la peau et stimuler son système nerveux. 

 

une jeune maman et son bébé en Inde

 

Le cordon ombilical fait l’objet d’une attention particulière. Autrefois, il était brulé avec le placenta dans la cour de la maison. Aujourd’hui, un petit morceau est conservé dans un Thayathu, sorte d’amulette accrochée aux hanches de l’enfant, pour chasser les mauvais esprits. Un nouveau commerce se développe également autour du stockage des cordons ombilicaux des nouveaux nés. Moyennant beaucoup de roupies, des sociétés proposent de les conserver pour faire face à une éventuelle grave maladie, considérant les cellules souches du cordon comme une sorte d’assurance vie.

 

Thayathu, amulette contenant un petit morceau du cordon ombilical
Thayathu, amulette contenant un petit morceau du cordon ombilical

 

Traditionnellement, le premier repas du bébé est composé de miel et de ghee. Il tête ensuite le sein droit de sa mère. A son retour de la maternité, il reçoit son premier bain, enrichi d’essence de Ficus ou de Cinnamomum. Le corps des petites filles est enduit de poudre de curcuma. La maman devra attendre au moins dix jours après l’accouchement pour prendre elle aussi un bain. La date est fixée par l’horoscope. Auparavant, son corps n’est pas pur. Elle ne peut pas participer aux prières et se rendre au temple.  Le bébé est exclusivement nourri au lait maternel pendant les six premiers mois de sa vie. L’allaitement est encouragé au-delà de cette période. Il est possible aujourd’hui pour la maman de se soustraire à cette obligation sociale en achetant sur catalogue le lait d’une autre femme, choisie selon des critères de beauté et d’origine familiale. Le lait d’une belle femme bien éduquée est forcément de meilleure qualité !

 

Des taux de mortalité maternelle et infantile en forte régression mais toujours élevés

Aujourd’hui, plus de 80 % des accouchements en Inde se déroulent à l’hôpital. En 2008, le chiffre n’était que de 48 %. Le Tamil Nadu a toujours été en tête des états où les accouchements étaient les plus médicalisés. C’est à Chennai qu’ont été créées la première maternité et la première école de sages-femmes en 1844. Encore récemment, dans les zones rurales, les matrones se chargeaient d’accompagner les femmes à donner naissance. Leur savoir-faire se transmettait de mère en fille et mêlait des gestes de bon sens et l’usage de plantes et de formules rituelles pour écarter les démons et esprits.

 

une mère indienne avec son enfant

 

Le nombre de femmes qui décèdent à l’accouchement ou à ses suites a fortement baissé depuis 2010 (Aujourd’hui, un décès sur 7700 accouchements). Cependant, le taux de mortalité des nourrissons reste élevé, 28,3 pour 1000 naissances (soit 1 sur 35 naissances; ndlr ce même taux est de 2,4 en France). L’Inde reste donc encore parmi les pays du monde où les mortalités maternelle et infantile sont élevées. Les causes sont multiples, parmi lesquelles le mauvais état de santé et la malnutrition de nombreuses femmes, le manque de professionnels de santé qualifiés et dans certaines régions, la mauvaise gestion des services publics de santé. L’écart entre les conditions de naissance dans les zones rurales isolées et celles des cliniques 5 étoiles des grandes villes est énorme.

De la fécondation à l'accouchement, les traditions semblent évoluer doucement grâce aux progrès de la science et aux changements de mentalités. Longue et belle vie à toutes les mamans et leurs enfants en Inde ! 

 

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annick jourdaine

Annick Jourdaine

Annick vit à Chennai depuis septembre 2019. L'écriture est pour elle le moyen de prendre du recul et de digérer les émotions que ses yeux et oreilles grand ouverts sur le monde indien provoquent.
1 Commentaire (s) Réagir
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அலன் (Alain) ven 25/06/2021 - 15:15

Bravo et merci pour cet article très documenté et passionnant ! (au point qu'il a été aussitôt repris par le CIDIF !)

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