Inde, Tamil Nadu : 1000 roupies par mois pour les prêtres des petits temples hindous

Par Annick Jourdaine | Publié le 30/11/2021 à 01:01 | Mis à jour le 30/11/2021 à 01:01
des dévots dans un temple hindou

Dans le Tamil Nadu, le ministère régional en charge du culte a décidé d’attribuer aux prêtres des petits temples hindous (qui assurent un seul rituel par jour) une prime de 1 000 roupies par mois. Cela concernerait 12 600 temples sur les 38 615 répertoriés dans l’état. De quoi les remercier pour le service rendu pendant ces mois chargés en fêtes religieuses et compenser le manque à gagner des mois passés, pour cause de quarantaine et fermeture des lieux de culte. 

 

L’annonce de cette gratification nous amène à nous interroger sur le rôle, le statut et la rémunération de ces prêtres qui officient dans les grands et petits temples du Tamil Nadu.  

 

le temple de Mylapore à Chennai vu du ciel
Mylapore vu du ciel - @Joël Verany

 

Dans le Tamil Nadu, le monopole des Brahmanes mis en cause

Encore récemment, les prêtres des temples hindous, appelés Archakas ou Yajakas, appartenaient exclusivement à la caste des Brahmanes. Tous les Brahmanes ne pouvaient exercer la fonction. Il fallait qu’ils soient issus d’une famille sacerdotale et élus par leurs pairs. 

En 2010, le gouvernement du Tamil Nadu avait décidé que n’importe qui pouvait devenir prêtre, sous réserve d’une formation religieuse adéquate. L’opposition de la communauté brahmane avait bloqué le processus. En 2015, la Cour Suprême avait conforté la décision d’ouverture mais, à la suite, seules deux personnes non Brahmanes avaient été nommées. En août dernier, le gouvernement de M.K. Stalin a choisi de relancer l’affaire et d’affecter à un poste de prêtre plus de deux cent personnes déjà formées. 

 

Une révolution culturelle est en marche, d’autant que certains candidats à la fonction sont des femmes.

 

D’autres sujets mobilisent aussi aujourd’hui le personnel des temples. L’utilisation de la langue tamoule à la place du Sanskrit est encouragée par le gouvernement qui souhaite l’expérimenter dans une quarantaine de temples. Sur un autre plan, la question des rémunérations des prêtres est posée, la majorité d’entre eux se plaignant de salaires indignes. 

 

Quel est le rôle d’un prêtre dans un temple hindou ? 

 

un prètre regarde un dévot pratiquer un rituel dans un temple hindou

 

C’est un rôle à deux facettes.  

D’un côté, le prêtre doit prendre soin du Dieu. Pour les Hindous, le dieu du temple n’est pas une simple statue ; c’est une entité vivante qu’il faut accompagner pendant toute sa journée. Ainsi, le prêtre la réveille, l’habille, la nourrit et l’endort. Il est le seul autorisé à pénétrer dans l’espace intime du dieu et à le toucher. 

De l’autre côté, le prêtre est l’intermédiaire entre la divinité et les fidèles. Il aide ces derniers à faire leurs offrandes car lui seul sait quoi offrir et comment l’offrir selon les circonstances. Il assure les rituels quotidiens, mais aussi les cérémonies spéciales collectives comme la fête annuelle du Dieu et les cérémonies privées comme celles des mariages ou de l’annonce du prénom du jeune bébé (une douzaine de jours après sa naissance).

 

Le prêtre hindou est un technicien du culte. Ce n’est pas un guide spirituel. Ce statut est celui des gurus.

 

Un pouvoir contesté

Jusqu’à une période récente, les prêtres Brahmanes faisaient figure du « lettré » dans les villages où l’analphabétisme était généralisé. Aujourd’hui, ils sont souvent moins respectés. On leur reproche de monnayer leur statut et leur savoir est contesté. 

 

Temple Annamalaiyar a Thiruvannamalai Tamil Nadu Inde
Temple Annamalaiyar à Thiruvannamalai

 

Ainsi, la Cour suprême a été saisie d’une plainte d’un groupe de fidèles à propos de la façon dont les prêtres du célèbre temple de Tirupati (dans l'Andhra Pradesh, à la limite du Tamil Nadu) exécutaient les rituels. Selon ce groupe, les traditions n’étaient pas respectées. 

La Cour s’est déclarée incompétente, ne pouvant juger la qualité des rituels quotidiens qu’elle considère être du ressort des érudits religieux. « Comment une noix de coco doit être brisée dans un temple n’est pas à examiner par une cour constitutionnelle » a déclaré le juge en chef. 

 

La rémunération des prêtres hindous

La rémunération des prêtres hindous provient des dons des fidèles. La loi limite la part de ces dons utilisable pour le personnel à 40 % du total reçu par le temple. 

Dans le Tamil Nadu, la majorité des temples sont placés sous le contrôle du ministère régional, l’«Hindu Religous and Charitable Endowment Departement » (HR&CE). C’est lui qui établit la grille de salaires du personnel, en fonction de la taille du temple. 

En 1980, le salaire mensuel d’un prêtre était en moyenne de 175 roupies et deux tasses de riz. En 2010, il suivait une fourchette entre 3 000 et 9 000 roupies. Aujourd’hui, il serait proche des 20 000 roupies pour les grands temples. En parallèle, les officiants des petites structures gagneraient à peine 1 000 roupies. Ils se plaignent d’être payés « comme des balayeurs ». 

La crise sanitaire les a privés de salaire. En mai 2021, le gouvernement leur a accordé une aide de 4 000 roupies et 10 kg de riz pour les soutenir. Quatorze mille salariés des temples en ont bénéficié. 

 

Kapaleeshwarar Temple à Mylapore à Chennai
Kapaleeshwarar Temple à Mylapore à Chennai - @ Joël Verany

 

Le statut des temples dans le Tamil Nadu

Dès le XIXème siècle, les Britanniques se sont imposés comme administrateurs des principaux temples du Tamil Nadu. Un moyen non seulement de surveiller les courants de pensée mais aussi de prélever des impôts. 

Dans la continuité, le gouvernement régional contrôle aujourd’hui la grande majorité des temples de son territoire. 

On distingue les lieux de culte publics et les lieux de culte privés. 

 

Les lieux de cultes publics

Les temples publics sont ouverts à tous sans distinction de caste conformément à la constitution indienne. Au-dessus de 10 000 roupies de recettes par an, ils sont déclarés fondations religieuses publiques (public religious trusts). Le ministère des cultes, l’HR&CE, désigne leurs gestionnaires, composés d’une sorte de conseil d’administration et d’un fonctionnaire (executive officer). Celui-ci gère le budget et le personnel (dont les prêtres) et organise les fêtes du temple. Un « executive officer » peut être partagé par plusieurs temples. 

 

Temple Brihadeeswar à Thanjavur
Temple Brihadeeswar à Thanjavur

 

Les lieux de culte privés

Parallèlement aux temples publics, la loi indienne reconnaît également des temples privés réservés au culte d’une divinité de famille, de caste ou de communauté, et gérés par des individus privés. Contrairement aux temples publics, les temples privés ne sont pas exonérés d’impôts. Pour détourner la loi et être exonérés, certains d’entre eux créent une fondation caritative associée au temple.

 

Mylapore temple details
@Joël Verany

 

Les grands temples brassent annuellement de grandes quantités d’argent, alimentées par les dons des fidèles mais aussi par les revenus fonciers et immobiliers de leur patrimoine. La plupart des temples possèdent les terrains environnants et les boutiques qui y sont installées. Ils sont également propriétaires de terrains agricoles. 

 

En 2014, les temples du Tamil Nadu contrôlés par l’HR&CE possédaient plus de 160 000 hectares de terres louées à plus de 100 000 agriculteurs. 

 

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annick jourdaine

Annick Jourdaine

Annick vit à Chennai depuis septembre 2019. L'écriture est pour elle le moyen de prendre du recul et de digérer les émotions que ses yeux et oreilles grand ouverts sur le monde indien provoquent.
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