Samedi 28 novembre 2020

Culture, restos, voyages...comment se détendait-on à Madras en 1969 ?

Par Alain Guillaume | Publié le 20/10/2020 à 12:10 | Mis à jour le 21/10/2020 à 09:58
Photo : Madras Club en 1969
 Madras Club souvenirs 1969

1969, Madras. Alain est un jeune étudiant parachuté en Inde à la fin de son cursus universitaire. Une expérience qui le marquera à jamais. Plus de 50 plus tard il partage ses souvenirs de Madras sur lepetitjournal.com, un régal !

 

Des moments de détente indispensables

Les moments de détente sont tellement bienvenus, surtout sous ce climat fatigant ! Certes la crainte de la chaleur ambiante, de la foule ou du bruit peut inciter à rester confiné chez soi au frais, et la bibliothèque de l’Alliance Française est très riche. Mais il existe tant de possibilités d’excursions, de découvertes, de sorties plus ou moins longues dans ce pays où nous avons l’occasion unique de vivre pour quelques années ! De belles plages souvent désertes s’offrent à nous à proximité. Il m’arrive d’aller très tôt le matin à Elliot’s beach avant le breakfast et la journée de travail. On peut passer la matinée du dimanche plus loin à Kovalong, ou un agréable week-end dans les tout récents bungalows de Silver Sands, au nord de Mahabalipuram.

 

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un weekend a Silversands, près de Madras
Un weekend a Silversands, près de Madras 

 

L’inscription au Gymkhana Club ou au Madras Club, plus cher et très sélectif, permet de profiter d’un endroit calme et d’une piscine bien appréciée par les enfants.

 

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Un dimanche au Madras Club en 1969...

 

En ville, nombre de restaurants proposent une triste cuisine "continentale" que n’auraient pas reniée les britanniques des années 1930. Une découverte pour certains est la cuisine chinoise. Le dimanche, nous optons pour l’excellent buffet du Connemara, très fréquenté, et bien sûr pour de bons établissements indiens (Je craque toujours pour le biriyani du Buhari’s ! ). Je suis – et reste encore – fidèle au New Woodlands d’Eliot road qui sert pour quelques roupies une cuisine du sud authentique et raffinée.

 

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Woodland's Thali 

 

Les cinémas ne nous offrent guère de ressources.  Les films en tamoul sont très populaires, presque tous les films occidentaux sont américains ou anglais, et la censure indienne ne badine pas avec la morale. Nos services culturels ont leur circuit de distribution, et l’Alliance Française offre souvent à ses membres un film français le mercredi soir, film dont nous nous faisons parfois une projection privée avant de le faire suivre à Calcutta. Elle propose aussi quelques concerts de musiciens classiques en tournée, parfois en association avec nos collègues allemands du Max Müller Bhavan.

La musique carnatique et le Bharata Natyam ont fait de Madras une capitale culturelle réputée. Les spectacles très fréquents et de qualité sont appréciés par un public cultivé et exigeant. Nos amis indiens ne manquent pas une occasion de nous faire découvrir cette culture, nous invitant parfois chez eux à un spectacle donné par une danseuse ou un musicien réputé. Passionné de musique classique, j’ai pris avant mon départ de France la précaution d’enregistrer mes disques favoris sur bandes magnétiques. Pour un prix raisonnable (et une bouteille de whisky), le technicien de l’Alliance me procurera un bon Grundig d’occasion. Dans la quiétude du soir, je savoure "L’Hiver" sur fond de croassements.

 

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Bouger en Inde

Les excursions plus lointaines de la journée ne manquent pas, Gingee, cascades de Kone Falls ou réserve ornithologique de Vedanthangal ; on emporte un pique-nique qu’on déballera bien au frais dans un Tourist Bungalow.

 

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Fort de Gingee, Madras en 1970

 

Les vacances sont souvent l’occasion de découvertes plus lointaines, qui ne manquent pas en Inde du sud. Fatigué par la chaleur de mes premiers mois, je m’offre deux semaines de congé de Noël à  Ootacamund ("Ooty") où je suis rejoint par une petite famille amie. Plaisir de marcher au frais en forêt ou dans les plantations de thé, vêtu d’un pull-over et, au retour, de jouir d’un feu de cheminée dans notre bungalow de l’hôtel Savoy. Pendant la canicule des grandes vacances (avril et mai), nombreux sont les résidents étrangers qui cherchent la fraîcheur de l’altitude (2000 m) à Kodaikanal ("Kody"), la station à la mode. Ils  côtoient des Madrasis aisés qui y possèdent une résidence secondaire et la vie sociale y rappelle l’époque du Raj.

 

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L'Hotel Savoy dans les années 70 

 

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Ooty, vue de la Doddabetta (à gauche), dans les plantations de thé (à droite)

 

Un vieux rêve me poursuit et je vais mettre ces vacances à profit pour le réaliser. André, professeur à l’Alliance, est comme moi passionné de montagne et d’alpinisme. C’est quelqu’un de solide et nous sommes grands amis. Pendant que sa famille retourne en France, nous nous offrons une longue escapade en Himalaya, soigneusement préparée depuis des mois. Nous nous envolons pour Calcutta, chaussés en montagnards. Accueillis par des collègues, nous découvrons cette immense cité sous tous ses aspects avant de rejoindre Darjeeling. Pendant une bonne semaine, nous allons parcourir à pied les crêtes de Singalila – "trek de Sandakphu". C’est une superbe randonnée qui se déroule vers 3500 m d’altitude, empruntant un sentier qui marque la frontière entre Inde et Népal. Les sacs à dos seront lourds de tout notre ravitaillement, aussi engageons-nous un porteur qui sera aussi notre guide. Adjeeba est un sherpa qui a participé à l’expédition française à l’Annapurna en 1950, et nous fêterons ensemble ce 20ème anniversaire.

 

Sandakphu trek, le Jannu et le Kangchenjonga
Sandakphu trek, le Jannu et le Kangchenjonga

 

Le paysage est grandiose et nous côtoyons en permanence les hauts sommets de la chaîne du Kangchenjunga (près de 8600 m, troisième sommet du globe). Très loin à l’ouest se profilent l’Everest et ses satellites. Continuer par les crêtes vers le Sikkim nécéssiterait de longues formalités. Nous redescendons donc à Darjeeling où Adjeeba nous fait rencontrer Tensing Norgay qui.a atteint le sommet de l’Everest en 1953. Je referai ce trek avec ma femme en 2008 et nous pourrons cette fois aller au Sikkim faire l’ascension du Goecha-La. Le retour de Calcutta à Madras, avec une étape pour visiter Bhubaneswar et le merveilleux temple de Konarak, s’effectuera par le train (9 heures + 29 heures). Arrivés fourbus à Madras Central à 7 heures du matin, nous nous ruons chez moi où nous attend ma fidèle servante Naomi ; elle a acheté pain, lait et beurre, et nous prépare un petit déjeuner réparateur. Un mois auparavant je lui avais donné notre date et heure de retour. André en est sidéré et tout ému !

 

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Alain Guillaume

En poste à Madras de 1969 à 1971 dans le cadre de la coopération culturelle. Passionné de l'Inde du sud qu'il a parcourue en tous sens, il y a effectué de nombreux séjours.
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